MÉNINGITE
traitée par le D' Blacliez, a été également considérée comme une méningite. — Le troisième a succombé à l'âge de trois jours, sans que la cause de la mort ait pu être déterminée. » — Et de même pour cent autres cas au moins.
Donc le fait est patent. Inutile d'insister.
Eh bien, que sont toutes ces méningites des enfants bérédo-syphilitiques?
Les unes, certes, sont des méningites spécifiques, dérivant directement de la syphilis, et caractérisées par des lésions spécifiques. Nul doute à leur égard, de parl'anatomie pathologique. Celles-ci d'ailleurs, ne sont pas en question.
Mais n'est-il que des méningites de cet ordre? N'en est-il pas d'autres qui dérivent de l'influence générale de la syphilis, sans être syphilitiques d'essence, de nature? Voilà la question qui se pose, qui s'impose même, dirai-je.
Or, je suis persuadé, pour ma part, qu'un certain nombre des méningites qui se produisent sur les sujets hérédo-syphilitiques ne sont que des manifestations indirectes de la diathèse, des manifestations d'ordre tout à fait banal, vulgaire, et non des méningites issues de lésions spécifiques. Et cette conviction, je l'emprunte surtout à deux raisons que voici.
C'est, d'abord, que les méningites en question se montrent absolument et radicalement réfractaires au traitement spécifique. Prodiguez leur du mer-
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
cure et de l'iodure à toutes doses; peine perdue! JNon seulement ces deux remèdes, même associés, laissent mourir les enfants ; mais, de plus, ils ne produisent même pas ce qu'ils produisent fréquemment dans les véritables méningites spécifiques alors même qu'ils ne les guérissent pas, c'est-à-dire des améliorations passagères, des éclairs d'accalmie, des effacements provisoires de tels ou tels symptômes. Non, rien de tel, et pas même cela! Ils restent absolument inertes.
C'est, en second lieu, que les autopsies ne révèlent dans ces méningites aucune lésion cT ordre décidément spécifique. Ce qu'on y trouve n'a rien que de banal : des épaississements, des opacités de méninges, des sulfusions séreuses, du piqueté cérébral, etc., etc. Mais rien autre, rien qu'on n'observe aux nécropsies de méningite vulgaire. En un mot, l'estampille syphilitique y fait défaut; et, n'étaient les antécédents connus de l'enfant ou de sa famille, personne ne songerait, de par les données anatomiques, à mettre en cause la syphilis comme origine possible de telles lésions.
Tout est donc permis comme interprétation de ces curieuses méningites de l'hérédo-syphilis.
Eh bien, je crois qu'il est légitime de faire pour elles ce qu'on fait, par exemple, pour le tabès et pour la paralysie générale où l'on ne rencontre non plus aucune lésion d'ordre spécifique, et de les considérer comme des états morbides qui, bien qu issus de la syphilis comme origine^ ne compor-
HYDROCÉPHALIE ET MENINGITE.
tent rien néanmoins de syphilitique comme nature .
Interprétées de la sorte, ces méningites deviendraient alors des affections parasyphiLitiqaes. — Eli bien, m'est avis de les accepter comme telles.
Je n'abandonnerai pas ce sujet sans présenter encore une remarque relative aux deux grandes aff'ections dont je viens de parler, remarque digne de trouver place ici en tant que confirmation indirecte des considérations précédentes.
L'hydrocéphalie et la méningite sont tellement reliées comme effets à Ihérédo-syphilis comme cause qu'il est habituel, absolument habituel, de les voir figurer côte à côte dans les tables mortuaires des ménages syphilitiques d'où sont issus plusieurs enfants. Et de plus, elles y figurent non moins fréquemment en compagnie des manifestations les plus usuelles et les plus caractéristiques de l'hérédosyphilis, à savoir : avortement, accouchement prématuré, mort avant ou peu après la naissance, stigmates divers d'infection héréditaire, etc.
A ce point de vue j'aurais quantité de témoignages à produire. Je citerai seulement, à litre de spécimens, les quelques observations suivantes :
Obs. I (personnelle). — Père et mère sypliilltlques.
Première grossesse. Enfant hydrocéphale ; mort. Seconde — Enfant mort de méningite.
AFFECTIONS PAHASYPHILITIQUES.
Obs. II (pcrsonnello). — Père syphilitique ; mère saine. Première grossesse. Enfant hydrocéphale; mort. Seconde — Enfant mort de méningite. Oiis. III (personnelle). — Père syphilitique; mère saine. Première grossesse. Avortement.
Seconde — Enfant hydrocéphale ; mort. Troisième — Enfant mort de méningite. Obs. IV (personnelle). — Père syphilitique; mère saine. Première grossesse. Enfant mort en naissant. Seconde — Enfant mort de méningite. Troisième — Enfant hydrocéphale, survivant. Obs. V (personnelle). — Syphilis douteuse chez le père; mère syphilitique.
Première grossesse. Fausse couche.
Seconde — Fausse couche.
Troisième — Enfant mort-né.
Quatrième — Enfant hydrocéphale ; mort. Obs. VI (personnelle). — Père syphilitique: mère saine.
Première grossesse. Enfant syphilitique et hydrocéphale ; mort.
Seconde — Enfant vivant; mais stigmates
de syphilis : déformations crâniennes; malformations dentaires, etc.
Obs. VII (Haase). — Père et mère syphilitiques.
Première grossesse. Accouchement prématuré. Seconde — Accouchement prématuré. Troisième — Accouchement prématuré. • Quatrième — Enfant hydrocéphale; mort. Cinquième — Enfant mort peu de temps après
la naissance.
Sixième — Enfant scrofuleux, peut-être' syphilitique.
Obs. VIII (pr Pinard). — Père syphilitique; mère saine. Première grossesse. Fausse couche.
Seconde — Fausse couche, Troisième — Deux enfants : l'un hydrocéphale, mort ; — l'autre n'ayant vécu que quelques minutes.
HYDROCÉPHALIE ET MENINGITE.
Obs. IX (P'' Pinard). — Père syphilitique; mère saine. Première grossesse. Fausse couche.
Seconde — Fausse couche.
Troisième — Fausse couche.
Quatrième — Enfant hydrocéphale ; mort.
(Ici, traitement du père.) Cinquième — (Traitement de la mère.) Enfant
vivant et indemne.
Obs. X (Clouston). Père syphilitique; mère saine. Douze grossesses.
Ti'oisième grossesse. Enfant hydrocéphale; mort. Cinquième — Avortement.
Sixième — Enfant vivant, mais stigmates
d'hérédité syphilitique :
dents typiques d'Iiutchinson ; infantilisme. — ^ Epilepsie. — Vers l'âge de quinze ans, démence paralytique.
Septième — Avortement.
Huitième — Avortement.
Onzième — Enfant sourd-muet, épileptique
et hydrocéphale.
Douzième — Enfant mort de méningite.
Et ainsi de stiite.
Eh bien, est-ce qu'une telle association de symptômes n'est pas caractéristique, dénonciatrice, démonstrative? Est-ce qu'elle n'atteste pas en pleine évidence le lien pathogénique qui rattache à l'hérédo-syphilis l'hydrocéphalie et la méningite? Estce qu'elle ne confère pas à ces deux aflections l'estampille de la syphilis, et n'est-ce pas là pour l'une et Fautre un véritable cachet dJ origine?
AKI-liOTIONS l'ARASYPHlLlTIQUES.
TABES COKGÉNIAL SPASMODIQUE.
(Syiiclrome de Lit lie. J
Une manifestation étrange, presque extraordinaire, qui s'observe quelquefois dès le plus jeune âge, a reçu le nom de tabès congénial spasmodique ou syndrome de Little [Congénital spastic rigidity oflimbsy.
Sommairement, elle consiste en ceci : un état de contracture habituelle des muscles volontaires ; — contracture toujours prédominante sur les membres inférieurs; — affectant aussi le plus souvent les membres supérieurs , quelquefois encore les muscles de la face et du cou; — et respectant au contraire les muscles dont le fonctionnement dépend moins de la volition que d'un réflexe médullaire.
Avec addition d'un état exagéré des réflexes tendineux, cette contracture constitue à elle seule toute la maladie. Car, à cela près de la spastic rigidity des muscles, suffisante pour gêner et limiter les mouvements, mais non pour les abolir, on n'observe aucun trouble des autres fonctions. Santé générale restant indemne; — intelligence intacte;
I. On en trouvera une excellente description dans le livre de M. le D' Ma rie sur les Maladies de la moelle (8° et 9' leçons).