ENTRÉE UN FRANC
nière enfin pour annoncer l'ouverture au Salon de la Plume, de l'exposition de son œuvre.
M. Boutet DE Monvel, comme M. Boùisset, a le culte du bébé, mais il a plus profondément et plus sûrement encore pénétré dans sa pleine intimité. 11 a pris part aux premiers jeux de l'enfant, il a été ému de ses premières larmes, il a partagé ses joies.
Avec une vivacité d'expression que personne, dans ce genre spécial, ne semble posséder à pareil degré, M. Boutet de Monvel, simplement et sans grande recherche, il n'y parait pas au moins, a gardé, dans son oeuvre, la grâce naïve de ses modèles. On ressent, au milieu de l'atmosphère où vivent ses petits personnan-es, une impression profonde de béatitude et de calme.
Quoique cela soit difficile à admettre, on peut avoir oublié que M. Raoul Pu<^no a composé la musique de la Petite Poucette et que MM. Ordonneau et Hennequin en ont écrit le livret: il est moins admissible qu'on ignore que M, Boutet de Monvel a dessiné une affiche délicieuse pour annoncer la mise en vente de la partition.
On doit encore au même artiste une œuvre, d'un joli effet, pour la Pâte dentifrice du docteur Pierre
M. Brun a composé quelques pièces agréables pour les Compagnies de chemins de fer. Elles occupent une bonne place parmi ces placards ensoleillés qui se multiplient chaque jour davantage.
Je ne vois à citer de Inique les affiches de la Compagnie de Lyon pour Cannes l'hiver et Y Hiver h Nice, et de la Compagnie du Nord pour Stï in l- \ \t lery-en - 1 \i ux .
M. Brun a fait aussi deux placards pour le Grand hôtel du Parc d ( \innes et pour la Bourboule.
Le talent de M. Caran d'Ache est fait d'observation fine et précise.
Dans l'illustration du livre ou de l'album où il est d'une rare fécondité,
il brille d'un vif éclat et a peu de rivaux plus heureux que lui. mais sa
E.BIARD OT Editeur, 22. Place de la Madeleine. PARIS
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Fac-similé d'une affiche dessinée pai Adolphe Willette. (Bel fond, imp.)
plume se prête difficilement au dessin de l'affiche, .qui exige une certaine largeur d'exécution.
11 en a pourtant dessine quelques-unes : pour l'Indépendance belge. La vie d'hiver: — pour Pierrot S0IJ.1I: — pour une Chemiserie spéciale; — pour deux de ses albums : Fantasia et nos Soldats du siècle. Sa dernière œuvre est sûrement sa meilleure, il l'a composée pour l'Exposition russe du Champ de Mars. Elle représente un cosaque solidement campe sur un cheval d'un dessin irréprochable; dans le fond s'enlèvent en silhouttes noires, des cavaliers dont la masse se perd dans le lointain. Le jour où M. Caran d'Ache abordera résolument le grand placard illustré, il v sera remarquable.
11 n'est pas. de notre temps, d'artiste qui se soit emparé autant que M. Jules Chéret de l'affection du public et l'ait aussi sûrement conquise; il n'en est aucun qui ait, à un même degré, préoccupé les fervents de l'art.
Fixés sur son œuvre considérable, les regards des critiques ont été partout bienveillants, tous ont admiré sans reserve les facultés décoratives de ce brillant dessinateur, de cet idéal pastelliste qui s'est formé en dehors de toute école et est reste sans rival.
Sur son talent primesautier, tout a été dit. Se dégageant hardiment du convenu, il a créé une idéalité nouvelle: son œuvre est une chanson alerte, vive, lumineuse et qui ne l'ait naître dans l'esprit que des pensées joyeuses et saines. Pour ceux qui ont tenté de la raisonner et l'ont bien vue, elle a laissé derrière elle une impression d'exquise délicatesse: elle leur est apparue comme puisée aux sources les plus pures du goût français.
Au nombre de ceux qui l'ont étudiée et se sont pris de passion pour l'art que personnifie Jules Chéret, je ne veux citer que trois noms éminents : Huvsmans. Roger .Marx et Louis Morin. Ceux-là. dont on ne saurait mettre en doute l'absolue compétence, ont retrouvé chez lui l'évocation de Watteau, de Fragonard, de Tiepolo, de Goya. C'est là une parente éloignée qui n'est pas sans faire honneur à notre contemporain:
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LES AFFICHES ILLUSTRÉES (iR86-i895). 47
il y a, en effet, de fugitives traces de ces maîtres aimés dans les productions de Chéret, mais, en quoi importe-t-il qu'il procède de Watteau ou de Goya? Son talent si personnel étant fait à la fois d'inspiration et d'étude, il est évident qu'il a dû maintes fois rencontrer Fragonard sur sa route et que son admiration a dû souvent s'arrêter, s'attarder même sur Tiepolo. Comment pourrait-il en être autrement? L'important était que Chéret restât luimême , et il l'est bien resté.
11 a pris dans l'art, tel que nous le concevons aujourd'hui, une place si supérieure, que plusieurs de nos peintres en renom ont ressenti, sans d'ailleurs trop s'en défendre, son indéniable influence. C'est un hommage rare et mérité. N'est-il pas vrai que sa palette est magique, fascinante? Quand on songe que c'est par la combinaison de trois ou quatre couleurs, rarement de cinq, qu'il arrive, comme sans efforts, aux extraordinaires effets qu'il obtient, on reste confondu. Ce n'est pas cependant sans un labeur persévérant que Chéret a
Fac-similé d'une affiche dessinée par Caran d'Ache. (Hérold, imp )
,:. LES AFFICHES ILLUSTRÉES (1886 il
été amené à transformer plusieurs t'ois sa manière, il lui a fallu un profond amour de l'art aussi bien qu'une conscience inlassable, mais aussi, qu'il y a loin de sa première affiche pour Orphée aux Enfers, publiée en [858, qu'il y a loin aussi de ses anciens fonds dégradés qui étaient déjà remarquables, aux vigoureuses taches bleues ou rouges sur lesquelles reposent maintenant ses personnages et qui sont si bien à leur place qu'on ne comprendrait plus leur absence.
Dans ses compositions actuelles, le trait noir a disparu, il est remplace par le bleu, qui en donne l'illusion et rend l'ensemble plus harmonieux et plus chaud. Rien ici n'est abandonne au hasard. Chéretest prodigieusement artiste !
11 est si parfaitement sûr de son crayon, qu'il n'a jamais recours aux effets libres ou faciles: la vulgarité lui est inconnue, les difficultés le tentent. Ses Parisiennes aux chairs nacrées, secouées par une gaieté de bon aloi, sont purement délicieuses, leurs ajustements sont des merveilles de goût; rien n'est ravissant comme ses danseuses, elles sont si naturellement légères dans leur jupe de gaze, qu'elles paraissent ne poser sur le sol que pour s'élancer au delà. Princesses de féeries, lumineuses et troublantes étoiles, elles ont de bien humain les veux brillants, le sourire quémandeur et la jambe bavarde: il est vrai que cela suffit.
Que dire de ses bébés roses et joufflus dont la bouche fine sollicite le baiser et dont il semble qu'on entend éclater la joie bruyante?- Que dire aussi de ses Pierrots ahuris, innocentes victimes de ses Colombines traîtresses?- Que dire encore de ses Clowns étonnants, de son Auguste, qui sont plus beaux et plus vrais que nature?- Comme tout ce monde-là vit et s'agite, se démène et se heurte, tombe, se relève, et se livre sans cesse à des prouesses nouvelles I
D'ailleurs, le théâtre et tout ce qui y touche a toujours séduit Jules Chéret: c'est là qu'il a conçu ses plus belles compositions, son talent est fait pour la lumière factice et un peu criarde de la rampe. Les bruits de l'orchestre, le scintillement des costumes, les splendeurs de la mise en scène, il voit tout cela et s'en emotionne plus qu'aucun des spectateurs; il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque par le recueillement, par la force de la
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Fac-similé d'une affiche dessinée par Carloz Schwabe. (Lemercier, imp.]
5o LES AFFICHES ILLUSTREES (1886-169.5).
pensée, il le reproduit assez fidèlement pour en donner la sensation radieuse et durable.
Et ce n'est pas tout. Si Jules Chéret n'était pas un puissant coloriste, s'il n'était pas un lithographe de la grande école, au moins l'égal des meilleurs et des plus expérimentes, il lui resterait encore la haute et légitime satisfaction, j'allais dire : la gloire, d'avoir créé à Paris une industrie bien moderne, étonnamment prospère, où presque tous nos imprimeurs l'ont suivi et sont, après lui, passés maîtres.
Cela n'est pas un mince mérite.
De l'artiste ou de l'imprimeur, lequel vivra le plus? Ce sera sans contredit l'artiste, mais il serait injuste cependant que l'avenir oubliât ce que le pays doit à ce bon Français qui lui a assuré à la fois honneur et prolit. Car, il n'y a pas inconvénient à le répéter, c'est à lui, bien à lui qu'appartient la publicité d'art: les progrès immenses qu'elle a réalisés viennent de lui et la plus grande part de ses succès doit lui être attribuée.
Non tout à fait à lui seul pourtant, car Chéret a eu presque dès ses débuts et a formé lui-même, nous savons avec quels soins, un collaborateur dont il a toujours proclamé le zèle et le dévouement. Ce collaborateur modeste et sur s'appelait M ad ARE; il est mort au mois de novembre 1894; j'ai déjà cité ce nom autrefois et je veux encore le rappeler, non pas aux artistes qui le connaissent et l'apprécient, mais au public qui l'ignore. C'est à Madaré que Chéret doit la lettre toujours si originale et si pimpante de ses affiches. Je ne vois à Paris aucun artiste qui puisse être comparé à Madaré et je me fais un sincère plaisir et un devoir véritable de l'écrire.
J'avais pensé donner ici la liste des affiches dessinées par Jules Chéret depuis 1886, mais j'ai reculé devant l'aridité et surtout devant l'inutilité de cette besogne; cette liste n'aurait pas été lue ou n'aurait pas présenté l'intérêt que j'aurais désiré qu'elle eût. J'ai donc pris une résolution héroïque : celle de publier, à la lin de ce volume, le catalogue général des (eu vies murales du maître. Je m'efforcerai de rendre ce travail agréable aux admirateurs de Chéret. et utile à ceux qui recherchent ses compositions adorables.
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LES AFFICHES ILLUSTRÉES (i886-i8g5). 5i
M. Alfred Choubrac a presque renoncé au placard mural pour se porter vers le costume théâtral, où ses succès ne se comptent plus.
Son œuvre est trop considérable pour qu'il soit possible d'en publier ici la liste. L'art dramatique, le roman et l'industrie lui doivent une égale gratitude ; pour eux, il a dessiné, d'une main alerte et d'un esprit toujours prêt, plus de quatre cents affiches. La plupart sont bonnes '.
à conserver, elles ont pénétré plus que bien d'autres dans les milieux popu- laires. Je veux rappeler :
Pourle théâtre de la Gaîté : La Fée aux Chèvres; — Voyage de Su zelte ;
— Le Petit Poucet:
— Aventures de M. de Crac; — Dix jours aux Pyrénées: Josepha: — La Fille du tambour-major.