S A LO N
0p -Société Française ^/iMÏS DESERTS
Le Prix de Là Seuserip'.ion en fixe À CE1TT FRANCS
ni même par son auteur. M. Adrien .Marie.
Ce placard a été dessiné pour les représentations de Clèopâtre.
La scène capitale du drame, l'immense talent qu'y déploya la tragédienne, les splendeurs mêmes de la mise en scène, n'ont inspiré au dessinateur qu'une composition banale.
Etendue sur un lit de repos, vêtue d'une robe étrange où l'Egypte n'a rien à voir, appuyée sur des coussins, Cleopâtre écoute le rapport du messager qui doit lui donner des nouvelles d'Antoine. Elle semble indifférente et l'on ne s'explique guère l'attitude rampante de l'esclave qui se tient accroupi au premier plan prêt à fuir une colère improbable. Deux des femmes de Clèopâtre sont auprès d'elle. Comme fond, un coin d'Egypte. Est-il besoin de dire qu'on y voit des pyramides se profilant sur un ciel étoile? M.Adrien Marie a fait encore, pour l'Eldorado, un portrait en pied de Mme Marguerite Derly.
Fac-similé d'une affiche lithographiée par Maurou, d'après Loc-Olivier Merson. (Lemercier, imp.)
M. Maurou est sûrement l'un de nos plus brillants lithographes. 11 y
a longtemps que l'affiche a fixé son attention : on lui en doit plusieurs dont l'exécution remonte déjà assez loin : Ascanio; - la Mascotte; — Serment d'amour; - Gillette de Narbonne ; — le Grand-Mogol ; - Le
Rêve. En ce qui concerne ses dernières productions, je n'admire pas sans reserves le Champignol malgré lai. où la photographie me semble jouer un trop grand rôle, mais je trouve originale et d'un effet gracieux celle qu'il a composée pour {'Exposition des artistes français aux ( ■hamps-Élysées en il* p.
M. Maurou a également lithographie, d'après une jolie œuvre de M Lue-Olivier Merson, l'affiche de la Société française des Amis des arts.
Je ne connais pas M. 1.. Mayet, mais je ne puis oublier un tableauannonce qu'il a exécute pour Y Imprimerie Bataille. Ce tableau, bien compris, d'une couleur pimpante, me donne le vil" regret de ne pouvoir mentionner quelque autre œuvre du même auteur.
Le nom de M. Lucien Métivet est bien connu de tous ceux qui suivent les mouvements de l'art à notre époque. Il a illustré avec esprit, nombre d'études contemporaines ou de romans dont il a double la valeur: il a collaboré au Courrier Français, il collabore au Journal A m usant. Les affiches qu'il a faites pour Iji Femme enfant, de Catulle Mendès; pour Georges et Marguerite (général Boulanger); — pour le journal l:i Famille] — pour la Gwendoline; — celle qui porte ce titre énigmatique : .1 l'hygiène, seront recueillies avec empressement.
Au-dessus de celles-là. bien au-dessus, il en existe trois autres qui classent M. Métivet parmi nos artistes les plus originaux. Ce sont : Les Joyeuses ( "ommères de Paris, dont la composition bien vivante est excellente de tous points: une Eugénie Buffet, qu'il a faite pour les Ambassadeurs. C'est la fille, la fille triste, grelottante, miséreuse, dont l'attitude résignée serre le cœur encore plus qu'elle ne le soulève. Cette œuvre est de celles qui font songer et laissent derrière elles un profond sentiment de pitié.
'. BOUDET, Editeur
Imprimerie CHAIX
LES AFFICHES ILLUSTRÉES (i886-i8g5). 9i
M . Métivet a dessiné une autre Eugén ie Buffet. C elle-là est la chanteuse interlope, la cigale des marchands de vins, le boute-en-train des hôtels meublés. Les mains dans les poches, un foulard négligemment noué autour du cou. elle recherche les rues noires, les carrefours déserts où rôdent, en quête d'aventures, des personnages dont le costume ou la coiffure révèlent le hideux métier. Au milieu de ce monde, elle se sent chez elle et jette effrontément au vent une romance sentimentale ou une chanson ordurière, au choix de l'auditoire qu'elle s'est improvisé.
Ces trois dernières affiches touchent de près à la perfection, elles font honneur à celui qui les a conçues et a su en faire des documents fidèles pour l'histoire.
Encore un nouveau venu, on pourrait presque dire : un nouvel arrivé. M. Georges Meunier est attaché à la maison Chaix en qualité de dessinateur. Sa première affiche pour le Papier à cigarettes Job était intéressante; elle révélait, comme couleur et comme dessin, une intention originale et neuve. Tout d'abord, le voisinage l'avait quelque peu détourné de sa voie; hanté, comme beaucoup de commençants, par le désir de se rapprocher de Jules Chéret, il avait abdiqué sa personnalité et s'était jeté dans limitation des procédés du maître. M. Georges Meunier l'a vite compris et le voici maintenant plus sur de lui.
Il a publié jusqu'à ce jour les affiches suivantes : Palais du Vélodrome d'Hiver. Les Touaregs; — Nouveau Cirque. Pirouette-Revue; — Folies Bergère. La belle Chiquita; — Vichy. Source Lardy. Pastilles de Vichy; — Bullier; - Cheminées russes; — La Dépêche publiera, le i5 janvier, la Marâtre, par Xavier «de Montépin; — Pastilles au miel Pritnet; — Théâtre de l'Opéra. Bal Masque: -- Otard-Dupuy et Cie, Cognac; - - Nouveau Cirque- America; — Digestif 0. Lafon; — Cognac Larronde frères; — Liqueur sève de fine-champ a gne; — L'excellent. Consommé de viande de bœuf; — Trianon-Concert; — Jardin de Paris, montagnes russes nautiques: — Cavoitr ( Hgars; — Lox.
Sainl-Jean-du-Doio-t est, sur le bord de la mer, non loin de Roscoff.
un des plus délicieux coins perdus de la Bretagne bretonnante, où le mouvement et la vie des stations balnéaires n'ont pas encore pénètre.
Inconnu des touristes il va quelques années, ce lieu calme et poétique est en passe de devenir célèbre. 11 a suffi pour cela que plusieurs artistes. en quête d'études nouvelles, vinssent y chercher le repos. Parmi eux, M. Moreau-Nélaton, le petit-fils de l'illustre chirurgien, y a reçu une hospitalité dont il a voulu consacrer le souvenir en dessinant une affiche qui me paraît être l'une des plus jolies que nous ayons vues depuis longtemps.
Amoureux de la Bretagne, M. Moreau-Nélaton la voit comme il faut la voir et la peint avec une exquise délicatesse de touche. Sa composition est d'une simplicité extrême: à peine indiquée par des tons éteints et rêveurs, elle rappelle par sa physionomie générale, moins la couleur, les œuvres tantôt éloquentes et tantôt naïves de nos anciens imagiers.
Au premier plan, saint Jean, couvert de grossiers vêtements de bure, offre sa main à baiser à une femme bretonne agenouillée devant lui. Dressé sur ses pieds, un agneau familier s'appuie caressant sur la robe du saint. Au fond, sincère et bien étudie, un paysage domine par une vieille église. C "est celle qui conserve pieusement l'unique richesse du pays : l'un des doigts de l'Evangéliste.
Il ne semblait pas que les jolis ouvrages de M. Louis Morin, dont il s'est toujours réserve à la fois l'illustration et le texte, aient prépare celui lettre, ce dessinateur délicat, à l'exécution de placards muraux. On lui en doit deux pourtant: l'un est une annonce de librairie pour SOB livre : Le Cabaret .in puits sans yin. De celui-ci, je n'ai qu'un mot à dire : c'est une petite affiche d'intérieur où se retrouve le charme coutumier de la plume incisive de l'auteur.
L'autre est plus important: c'est une véritable affiche pour laquelle M. .Morin. renonçant au trait mordant qui le caractérise, se livre à la lithographie pure et présente, sur un fond d'un bleu pâle, un défilé de personnages s'eiilevant en noir: cette affiche a été faite pour le Musée Grévin, qui montrait alors des ombres dahoméennes.
. Tous les
Jeudis grande fête
Samedis * Dimanches BAL
Fac-similé d'une affiche dessinée par Georges Meunier (Chaix, imp.)
,q LES AITI' III S H.l.l STRÉES 1886-1
En tête du défilé, Béhanzin apparaît rcvctu d'attributs bizarres, la tête couverte d'une couronne surmontée de plumes immenses. Juché à dos d'éléphant, sur un trône ressemblant fort à une chaise de cirque, le roi est suivi d'amazones montées sur des autruches ou des girafes. Le cortège qui l'accompagne est interminable et se perd dans l'immensité, au milieu du ciel. L'affiche a pour titre : Au Dahomey, Ombres Je Louis Morin.
Je recommande cette pièce amusante à ceux qui lisent les livres de .M. Morin et qui apprécient comme il convient, son talent nerveux, toujours si plein d'inattendu.
La dernière affiche parue en [894 a ete dessinée par un jeune artiste hongrois, M. Mucha.
L'auteur n'a pas cherche un succès facile en reproduisant quelqu'une des scènes à sensation du drame de M. Sardou : Gismonda. Pour lui. comme pour nous, peut être comme pour M. Sardou lui-même. Gismonda c'est Sarah. rien que Sarah. et en conséquence il a peint l'inimitable tragédienne, seule, dans une sorte de fresque aux tons éteints, archaïque tout juste assez pour donner prétexte à de jolis motifs de décoration et pourtant assez moderne pour être un très bon portrait de la grande artiste. 11 l'a vêtue de la robe qu'elle porte au dernier acte, cette étrange robe aux plis rigides, tout raidis par les lourdes broderies et dont l'ampleur sur les épaules fait paraître petite la tète déjà si délicieusement fine. Le profil s'enlève sur un fond byzantin où le nom de Sarah Bernhardt lui fait comme une auréole, parmi des bleus adoucis et des ors discrets.
L'une des mains serre la croix grecque qui pend au cou de (iistnonda. l'autre tient toute droite la Palme des Rameaux.
Cette affiche, absolument remarquable, est la première de M. Mucha. nouveau venu dans l'illustration contemporaine.
l.e nom de NobLOT est oublie aujourd'hui. Élève de l'Ecole des Beaux-Arts, dessinateur agréable et d'une réelle modestie. Noblot a été emporte en pleine jeunesse et en plein progrès, il v a de cela quatre ans environ.
de LotUS
ear
Ballet- Pantomime en 2 Tableaux
de M.ARMAND SlLVESTRE
Musique de M.L. DESORMES Mise en Scène de M".1
Ses deux premières affiches pour la Loterie de Bessèges^ imprimées en noir, avaient fait sensation. Ce succès très franc l'avait ému, il se prit vite d'une belle passion pour la publicité artistique. Son dessin, tout d'abord froid et manière, se ressentait trop de ses études primitives et se prêtait mal à l'affiche: il le comprit et tenta de lui donner plus de vigueur. C'est ainsi qu'il produisit une série nombreuse de compositions parmi lesquelles une affiche pour la Revue du Xouveau-C irque : . 1 Li Cravache . est certainement la meilleure.
Lesautresnemanquent ni de goût ni de savoir: je citerai les suivantes :
Supplément littéraire de la Lanterne: — Miss Géraldine; — Nouveau ('irque. Les lions : — Hippodrome. Jeanne d'Arc:
— Yvette Guilbert :
— Isabelle Chinon :
'—Jardin d'Acclimatation. LesSomalis; -- Grand bal de l'Orphelinat des Arts: — Grandes fêtes du parc de la Tète d'Or, à Lyon; — Jardin Parisien: — Kam Hill : — Les deux Camille; — Hippodrome. Néron.
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Fac-similé d'une affiche dessinée par Robid.n (H. Robelin. imp.)
M. Gaston Noury est un jeune. C'est, je crois, à La Plume qu'il a
fait ses premières armes: actuellement il est l'un de nos plus agréables illustrateurs.
M. G. Noury a dessiné cinq affiches. La première est tout à l'ait charmante: c'est elle qui a annoncé les fêtes données en [892 au Jardin
des Tuileries, pour les
pauvres de France cl
Russie.
La seconde est moins connue, il n'en a ete placarde qu'un petit nombre à Pari-- :
ce sont surtout les voitures-réclames qui l'ont popularisée. Je ne sais plus exactement quel est son titre , mais elle a ete faite pour unSalon de Coiffureel représente une jeune femme coiffant un officier.
C'est pour l'Exposition de La Plume que M. Noury a compose sa troisième at'li-
Fac-flimilé dune afiiehe dessinée r" l< ce Ochoa (Champenois, imp.) C|1(J . c\e\iX tètes de
jeunes femmes. C'est une petite estampe de tournure bien parisienne.
Les dernières qu'il ait publiées appartiennent : l'une à un bouquiniste du quai Saint-Michel : M. Didier: l'autre à un marchand d'affiches et de dessins de la rue Racine : M, Arnould.
Si j'avais à juger les affiches de M. G. Noury, je dirais quelles visent trop au job et qu'elles ne l'atteignent pas toujours: j'aimerais au crayon de leur auteur plus d'énergie et de franchise.