‹ Les affiches illustrées (1886-1895) Ouvrage orné de 64 [i.e. 72] lithographies en couleur et de cent deux reproductions en noir et en couleur d'après les affiches originales des meilleurs artistesChapitre 33 sur 241 · IMPRIMERIE CHAIX · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE CHAIX

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Tout ce qu'a produit Adolphe Willette, tout ce qu'il produit encore, est empreint de la grâce la plus pure. La femme est son modèle préféré; pour elle, son crayon n'a que des caresses. Ne vous y trompez pas cependant : ce culte des formes féminines qui est la caractéristique du talent de l'artiste, ne vise pas seulement à la beauté, il n'est pas uniquement prétexte à une conception aima- fr* ^rL7n77ïTv> Vr\^ r> Tl 1 Tmi 1 ^

ble. Fidèle traduction de la nature, il atteint plus haut et <| cache une pensée toujours accessible à ceux qui croient à la haute mission de l'art en ce bas monde.

Quand Willette a quelque chose à dire, il le dessine et il est toujours compris. Son œuvre est d'un poète, pleine de jeunesse et de fraîcheur et d'une singulière intensité de vie: un peu triste parfois, mais d'une tristesse communicative à laquelle nul ne cherche à se soustraire puis- TQU quelle est un charme de ^ CQNCERT DES^ÏBASSADEURS

plus. Elle émeut autant Fac-similé d'une affiche des&ince par Adolphe Willette.

... . (Imp. par le Courrier français.)

qu elle captive.

Si l'on prend Willette à ses débuts au Chai noir, si on le suit du Courrier français à son ravissant journal Le Pierrot, on a son existence d'artiste retracée tout entière, et on constate que cette existence utile et bienfaisante a été consacrée à un idéal qui est l'art dans ce qu'il a de plus séduisant toujours, de plus élevé quelquefois.

Willette n'est pas seulement un dessinateur parfait, il est encore un lithographe de la plus grande valeur. Avec un pareil ouvrier, la lithogra-

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phie serait assurée de retrouver l'éclat de ses plus beaux jours; il suffirait pour eela qu'il le voulût.

Voyez en effet ce chef-d'œuvre qui a été pour tous les artistes une sorte de révélation : L'Enfant prodigue.

Est-il parmi les plus belles pages écrites ou peintes de [ces dernières années, chose plus adorable?- En est-il une traitée plus amoureusement et qui laisse une impression plus douce et plus profonde, une émotion plus saine et plus vive?

L'Enfant prodigue! Quel joli titre et combien a dû jouir l'artiste. quand il a montré cet intérieur modeste où se revoient enfin, après une douloureuse séparation, trois êtres faits pour se comprendre et s'aimer!

Pierrot le père, assis tristement à la table boiteuse, la tête dans les mains, songe à l'absent toujours remette. L'absent, il est là. il est revenu: il implorerait bien son pardon, mais il n'ose. La vieille mère l'accompagne, l'enfant a joint ses mains et s'est agenouillé. Ya-t-il jeter au père qui pleure silencieusement, un suprême appel? Non. cet appel est inutile: l'image du >< petit » s'est reflétée dans la glace familiale, le père voit cette image, les cœurs bondissent, les bras s'ouvrent, tout est oublie.

Cela esta la fois simple et poignant et d'une exquise sensibilité.

Willette n'a point souvent recours à la couleur, le noir lui suffit; il en obtient tantôt les effets les plus doux, tantôt les affirmations les plus énergiques. 11 semblerait que la chromolithographie le trouble quoiqu'il y soit maître. Les affiches de ['Événement parisien, de ['Elysée Montmartre, du Courrier français sont charmantes, sans aucun doute, la dernière surtout, mais je ne sais trop si je ne leur préfère pas celles qui les ont suivies. Dans celles-ci. il n'y a aucune supercherie, c'est le crayon seul qui a lait son office, et l'on sait s'il est à la hauteur de sa tâche.

La verve extraordinaire de l'affiche du Nouveau Cirque ne vous a-t-elle pas frappé? C'est encore le Willette des premières années, des délicieux Pierrots du Chat noir. Il y a là toute une suite de scènes désopilante^ où l'auteur a laissé à la folle du logis, la bride sur le cou.

Ce type de Pierrot qui réapparaît sans cesse dans son œuvre pour notre

plus grand plaisir, lui a fourni ses plus belles compositions: il le cajole avec des soins de grand frère.

Pour l'affiche de Roizefils, costumier, il en a fait un, armé de pied en cape, qui élève un pied vengeur jusqu'au bas du dos d'un Arlequin entreprenant. C'est un petit dessin sans prétention, mais bien amusant.

En septembre 18.89. Willette a posé sa candidature lors des Elections législatives. Il l'a fait par une affiche qui est restée l'une de ses meilleures. L'artiste pousse un cri retentissant: il est antisémite et il le proclame. « Le Judaïsme, voilà l'ennemi », dit-il. L'allure du Gaulois qui vient de trancher la tète du Veau d'or est d'une superbe expression. L'ensemble de la composition, au sommet de laquelle le Coq gaulois, personnifié par un jeune guerrier, sonne la charge, est la perfection même. Willette s'est personnellement représenté dans cette affiche auprès d'un travailleur.

Voilà bien le placard politique, comme je le rêve.

L'Exposition internationale des produits du commerce et de l'industrie qui eut lieu, en 1890, dans la Galerie Rapp, au Champ-de-Mars, a été pour Willette l'occasion d'un succès nouveau. Il a compose pour elle une affiche remarquable : guidant une charrue à laquelle se sont attelés de délicieux amours nus, l'Industrie remue le sol. préparant des récoltes abondantes. Cela a un bel aspect de grandeur.

Je soupçonne fort Willette d'avoir quelque tendresse pour le Cacao Van Houten. Il a composé pour lui deux bien jolis placards. Le premier a été imprimé par M. Charles Verneau. Il a paru peu de temps après le procès d'où le Cacao est sorti vainqueur. C'est tout un drame : un méchant hidalgo (le Chocolat) a juré la mort d'une belle Néerlandaise (le Cacao Van Houten); un instant encore et le crime est accompli, mais la loi veille et de sa main puissante arrête le bras de l'assassin. Le second placard est encore une Néerlandaise, calme dans son joli costume national ; celui-ci a été imprimé par M. Belfond. Tous deux sont coloriés, mais de simples teintes plates, d'une pâleur distinguée, qui laissent aux dessins leur finesse et leur grâce.

Au mois de juin 1890, une Société d'artistes lithographes a organisé,

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au profit d'un monument à élever à Charlet une Exposition de sea œuvres.

!J<uir cette Exposition, Willette a composé une affiche. Du premier coup, il a trouve la maquette du monument lui-même : dans la partie gauche de sa pierre, il a placé le buste de Charlet reposant sur un tonneau enveloppé de paves pris à la rue. Près de ce buste, un vieux grognard arme salue militairement celui qui a chanté sa gloire, il donne la main à un homme du peuple, giberne au côté, qui. lui aussi se découvre devant l'image du caricaturiste, combattant de [83o.

La partie droite du dessin est occupée par un délicieux gamin, chemise ouverte, bras nus. bonnet de papier en tète : c'est la lithographie moderne qui rend hommage à l'ancien et lui présente l'arme qui lui a été léguée et dont elle a la garde : un porte-crayon.

La Revue déshabillée est de M. Jean d'Arc, elle est un peu aussi de Willette qui en a dessine les costumes et l'a dotée d'une fort jolie affiche. Si j'en juge par cette affiche, la Revue justifie son titre : sur la scène, une jeune femme vient de laisser tomber son dernier voile, il ne lui reste plus à enlever que l'un de ses bas noirs et c'est ce à quoi elle est occupée sous l'œil interesse d'un souffleur qui est l'amour et d'un chef d'orchestre masqué qu'il est facile de reconnaître : c'est le Courrier Français.

La Censure a trouve cette affiche trop «deshabillée ». elle la interdite. Willette lui en a substitue une autre que je trouve un peu plus libre que la première. Dans cette affiche, l'agréable commère a remis sa chemise, mais, ce léger vêtement un peu étoile, ne gêne ni le souffleur, ni le chef d'orchestre, ni la commère elle-même.

L'interdiction qui a frappe le premier dessin était inutile, je n en bénis pas moins la Censure, puisque grâce à ses susceptibilités exagérées, nous avons deux dessins de Willette au lieu d'un seul.

J'allais oublier l'affiche que Willette a dessinée pour la Salle des i \tpucines : elle est charmante, cela est bien entendu, et j'aurais regrette qu'elle ne figurât pas dans ce court tableau que je me suis efforcé de rendre complet.

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