IMPRIMÉES PAR CHARLES VERNEAU
C'est à M. Jules Chéret qu'appartient l'idée première des Placards décoratifs, qui ne sont ni des estampes ni des affiches, mais qui procèdent
lampe murale dessinée r:lr Besnarb (( h. Verneau, unp.)
à la lois de l'un et de l'autre. En octobre [891, M. Chéret dessinait et MM. Chaix imprimaient, pour la maison Th. Pattey, dont le siège était
alors au n" 16 du boulevard .Montmartre, quatre compositions ravissantes qui sont reproduites dans ce livre et qui représentent : la Musique, la Danse, la Pantomime et la Comédie.
LES AFFICHES ILLUSTREES (i886-i8g5). 179
De ces compositions je ne dirai rien, sinon qu'elles sont parfaites et qu'elles ont ouvert aux dessinateurs une voie nouvelle qui n'a pas été suivie peut-être, avec toute la persévérance désirable.
M. Charles Verneau et M. Moreau-Xélaton ont été les seuls qui aient compris tout le parti qu'on pouvait tirer, pour l'ornementation intérieure des habitations, des Placards décoratifs.
Le nom de M. Charles Verneau est souvent cité dans ce livre et ce n'est pas sans raison: il est un fervent de l'affiche illustrée. Sa qualité de maître imprimeur l'a mis à même d'en exécuter de fort belles: M. Ogé, son collaborateur habituel. MM. Willette. Steinlen, Moreau-Xélaton, Métivet, Rov. lui doivent quelques-unes de leurs plus remarquables productions.
La réputation de M. Ch. Verneau était bien établie lorsqu'il eut. au mois de juillet 1894, la pensée de faire lithographier par quelques- uns de nos artistes les plus aimes, une série de compositions d'une belle exécution. M. Verneau a appelé cette série l'Estampe murale. Dans sa collection dont les épreuves sont tirées avec soin . sans aucune lettre, quinze sujets existent déjà; on y trouve les œuvres suivantes, auxquelles je donne des titres fantaisistes, mais qui permettront cependant de les reconnaître.
Leur majeure partie aurait peut-être gagné à être livrée au coloriste: M. Verneau l'avait juge ainsi d'ailleurs, puisque les compositions de MM. Boutet de Monvel, Duez et Raffaëlli ont été revêtues de teintes douces et tranquilles qui n'atteignent et ne modifient en aucune façon l'attitude de la lithographie. Je regrette qu'il n'ait pas été donné suite à ce premier projet.
Voici la liste des Estampes murales de M. Ch. Verneau :
Besnard. — Baigneuses. Voilées à tous les regards, trois femmes se livrent aux plaisirs du bain. Deux de ces femmes sont nues, l'une d'elles est accroupie, l'autre est debout: au premier plan, la troisième, à demi vêtue d'une étoffe flottante, a couvert sa tête de larges feuillages.
Cette lithographie de M. Besnard est purement délicieuse. L'auteur y a montré, une fois de plus, un dessin impeccable, une finesse incompa-
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rable de tons, une distinction parfaite. La couleur puissante qui caractérise habituellement ses œuvres, lui faisant défaut ici, il a donné à cette composition pleine de souplesse, une atmosphère calme et reposante qui enveloppe les chairs transparentes de ses figures.
Cette pièce marquera dans l'histoire de la lithographie renaissante.
Boutet de Monvel. — Sirènes. Deux sirènes s'abandonnent voluptueusement aux caresses de l'onde.
Voilà certes une page d'uneextrême délicatesse d'exécution. Son auteur est rompu à toutes les difficultés du crayon lithographique, on le sait, et ses sirènes n'apprendront rien à personne.
H. P. Dillon. - \.a F<>irc au pain d'épice. Au loin, la foule se presse, quelques Parisiens regagnent la ville. Le soleil jette ses dernières lueurs et projette sur le sol. l'ombre des promeneuses. Au premier plan. accompagnée d'un vieillard, une chanteuse, guitare en main, sollicite la charité des passants. M. Dillon manie le crayon de main de maître; l'étude des illustrateurs du XVIIIe siècle semble avoir laisse en lui des traces ineffaçables, hausses productions, il a gardé la grâce maniérée des modèles du grand siècle et cette grâce, il l'a retrouvée même à la foire au pain d'épice.
Duez. — Ait bord Je la mer. Accoudée à l'extrémité du môle une femme suit de ses veux rêveurs quelques voiles perdues dans 1 espace.
C'est une simple étude, mais elle donne bien la pensée de l'immensité: les voiles qui fuient à l'horizon laissent une impression de poésie persistante.
Eugène Grassi r. -- Jeanne d'Arc. Couverte de son armure, entourée de guerriers, la Pucelle tient de sa main gauche les rênes de sa monture, et porte de la main droite, l'étendard fleurdelisé.
La Jeanne d'Arc de M. ( nasset est fort belle, son attitude guerrière est doucement tempérée par l'extrême limpidité de son regard : 1 aveugle confiance de l'homme d'armes placé près d'elle est clairement écrite sur la figure brutale du soldat. Peut-être aurais-jc voulu une composition plus complète, semblable à celles que M. Grasset a maintes fois dessinées sur
Estampe murale dessinée par Rochegrosse. (Ch. Verneau, imp.)
LES AFFK [IES ILLUSTRÉ] - 1886 i8q5 .
l'anneau Jécoratif, pai Mori m Nèlaton. (Ch. Verneau, impj
cette époque admirable, mais telle qu'est celle-ci, elle me semble fort importante.
M u ru 1: Leloir.
— Sous l.i tonnelle. I ,e verre en main, une jeune femme vêtue (.l'une robe Pompadouret un jeune homme en culotte courte, bicorne en tète, devisent gaiement.
Au deuxième plan, un couple amoureux s'est éloigné des deux bavards.
M. Maurice Leloir est un charmant aquarelliste :
l'eau-forte l'ayant tente, il en a produit d'aimables, le voici promu lithographe : il laissera là. comme ailleurs, le souvenir d'un esprit amant dejolies choses
Alex. Lunois.
— La Ch 11 le du
jour. La nuit est venue , les rares maisons de pécheurs s'éclairent.
Seule , assise à l'extrémité de la jetée, une femme voilée rêve.
Cette étude est d'une grande sincérité. M. Limois Y montre avec netteté, l'impression de tristesse émue qui saisit, en présence de la mer, à la fin du jour,
Luc - Olivier Merson. — L'Enfant prodigue.
C'est une nuitd'été, tout sommeille encore, au moment où l'enfant prodigue touche au but de son voyage. Il a devant lui l'humble toit qui l'a vu naître, où ila vécu ses plus douces années; à demi nu, brisé de lassitude, accablé de misère.
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Panneau décoratif, par Moreau-Nélaton. (Ch. Verneau, imp.)
i:;, LES Al FI( HES ILLUSTRÉES 1886 1895;.
il a fléchi les genoux, le repentir a pénétré son âme. Un rayon de lumière qui s'échappe de la maison paternelle jette sur lui une pâle clarté. L'enfant est attend 11.
Pour exprimer le desespoir du prodigue, M. L.-O. Merson a trouvé l'un des gestes les plus justes qu'il soit possible d'imaginer. La douleur
muette de l'enfant est profondément vraie, il s'en faut de peu qu'on ne l'éprouve soi-même.
Cette idée qui consiste à placer son héros .
seul, sur une terre dénudée, entouré de chaumières qui semblent inhabitées, est une idée supérieure.
L'exécution lithographique de eette œuvre, l'une des meilleures de la collection, est la perfection même.
Ogé. Sans Mère.
Couvert de haillons, l'enfant est en pleine campagne. L'abandon dans lequel il vit, l'épouvante: il a pose sur le sol le lourd panier qu'il portait. La ville est encore loin, il sonne qu'il v a là des enfants auxquels rien ne manque, ni affection, ni gîte. Dans l'eelaireie d'un ciel sombre, il aperçoit, navrante et délicieuse apparition, une jeune mère couvrant son lils de baisers.
Ogé. Sa Majesté la Femme Assise sur un trône royal, la femme se tient droite, nue. dans les plis rejetés de son manteau d'hermine. Les lignes souples de son corps se détachent sur une large pièce d'or:
Estampe murale dessinée par Su mi 1 .. (Ch. Verneau, imp.)
O BOIDET. Kditei-ii
Imprimerie CHAIX
LES AFFICHES ILLUSTREES (1886-189S). i85
ses pieds indifférents s'appuient sur l'Amour qu'ils écrasent. Tandis que devant elle montent, dans la fumée de l'encens, les ombres de la Folie, du Crime et de la Mort, la femme fixe au loin quelque impossible rêve, de ses yeux énigmatiques, aux pupilles de chat.
Je l'ai dit ailleurs, M. Ogé est certainement un lithographe de premier ordre, un artiste de grande valeur. Ses deux compositions sont remarquables, leur dessin est irréprochable, mais il règne, dans l'une comme dans l'autre, un sentiment de désespérance qui n'est pas sans laisser une pénible émotion.
Raffaelli. - - Le Chemineau. Une courte pipe a la bouche, le bonnet de loutre à la main, il va droit devant lui. avant au-dessus de sa tète quelques feuillles d'arbre qui se confondent avec le ciel.
M. Raffaelli. par de simples traits ou de simples lignes jetés comme au hasard, avec une prodigieuse habileté, arrive à donner à ses figures une intensité de mouvement et de vie bien particulière; c'est ainsi qu'il a fait le Chemineau.
Rochegrosse. - - L' 'Anarchie. Dans un paysage âpre et nu, sous un ciel d'orage, une femme médite, un livre ouvert sur les genoux; appuyée des deux coudes sur ce livre, ses mains soutiennent son pensif visage. Assise sur une colonne brisée, repliée sur elle-même, elle a posé ses pieds sur une croix renversée; sa robe sombre traîne sur un monceau de ruines où sont confondus, dans un dédaigneux abandon : la lyre du poète, une statue brisée, le drapeau en lambeaux, une couronne, une épée.
Derrière elle, près de l'usine délaissée, gronde la révolte d'un peuple en fureur, sur lequel tombe des livres lancés à travers l'espace.
Par de violentes oppositions savamment ménagées, à la manière des grands lithographes de l'époque romantique, M. Rochegrosse a produit une œuvre d'un saisissant effet, impressionnante au plus haut point.
Steinlen. — Poules et Coq au perchoir. C'est le moment du repos; tout le monde dort.
Je ne crois pas que jamais, dans aucune de ses compositions,
M. Steinlen ait été plus sur de lui. Il faut admirer cette pièce sans réserve
aucune: il est impossible d'obtenir avec la pierre lithographique des