ACTE II, SCÈNE II
M°ie SPIRE.
Je ne sais... Il y en avait de bien séduisants. Il y en eut même d'illustres. Pour être tout à fait franche, il y en eut un dont j'aurais souhaité être le plus bel amour. [Se troublant un peu.)Om, il y a une vie dans laquelle j'ai voulu durer, et pour cela [avec un léger effort) j'ai voulu être celle qui lui aura manqué. [Passant vite.) Alors est venue la troisième phase.
PHILIPPE
Laquelle ?
M"^e SPIRE.
Le fatalisme. Le besoin surérogatoire de ne pas déranger ce qui est, de ne pas toucher au passé. Un jour, en m'arrêtant devant la vie, j'y ai vu comme dans un miroir une jeune
femme paisible et très droite. Si un peu de buée voilait bien l'image, il a suffi de mon gant de passante pour tout éclaircir. Maintenant c'est un souvenir que je garde et auquel je tiens. (Avec entrain et légèreté.) Connaissez-vous cela, Philippe, cette brusque adhésion au passé qui, en un jour de décision, nous conquiert à jamais?
Ah! mais non. A mon avis, il vient une heure où, quel qu'ait été le passé, on le remet en observation et l'on étudie les résultats de l'expérience.
^me SPIRE, essayant de rire.
Je vous répondrai en statue. Si vous lisiez les manuels ou consultiez les professeurs de beauté, ils vous apprendraient qu'il faut