‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 74 sur 126 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

REAL, irrité.

C'est la rançon de ta vie d'ascète. L'heure est venue de la payer.

PHILIPPE

Je l'ai cru d'abord. J'ai voulu me lasser, écœurer le désir en moi, j'en ai pris le moyen. Je suis revenu éclairé. Ces rencontres-là, quel que soit leur moment, sont à jamais les maîtresses de l'heure.

REAL, navre.

A ce point-là, Alquier 1 [

Que veux-tu? J'ai retrouvé les yeux, le ( 131 )

regard de nos meilleurs jeunes gens, l'intelligence, la vraie, et l'attention anxieuse de ceux qui nous comprennent. J'ai connu la jouissance des chefs à prestige auprès d'un aide de camp de valeur. Et c'étaient des yeux de femme, de l'être qui nous est promis... le souffle qui haletait à ma parole sortait des lèvres qui attendent notre baiser. Et ce jeune piège vivant fait pour le cœur, l'esprit et la chair, je l'avais à chaque réveil et jusqu'à la nuit dans la pièce où je vis, sous mon souffle, à portée de ma main. Et le pire, Real, qu'on nous pardonne à nous qu'on appelle supérieurs, j'avais le sentiment de l'être exceptionnel que pour elle j'étais aussi. Je me troublais de l'émotion même qu'elle me devait, de ce que l'amour pouvait être en nous... Si les derniers d'entre les hommes se recherchent, sont des sources d'émotions l'un pour l'autre, comment ne pas défaillir dans cette atmosphère où deux créatures parfaites se perturbent par la loi seule de leur attraction?

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