‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 89 sur 126 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

pas encore, mais on verra bien... il y a autre chose.

PHILIPPE, très sérieux et très calme.

Il y a mon divorce, Hélène. Croyez- vous donc qu'il m'en coûterait de vous l'offrir? Qu'aurais- je ici à vous opposer... une femme irréprochable évidemment, et dont jamais je ne me suis plaint, mais la femme du premier mari rencontré, un être fidèle et quotidien comme la fille de service qui entre chez moi tous les matins. Elle ne parle pas à la troisième personne, voilà tout. Je sais qu'il y a là-haut, dans ma maison, des enfants qui sont les miens. Ils sont beaux, ils ressemblent à leur mère. Ils pleurent facilement comme elle, dissimulent un peu et comprennent avec effort... sont-ce les enfants que je devais avoir? Je leur dois ma protection attendrie, comme à leur mère, je ne puis leur disputer cette affec-

tion humaine qui nous relie fatalement. Mais que toute ma vie se termine là, non, non ! Ils n'ont pas cette puissance de limitation. Le seul droit qu'ils n'aient pas sur moi est de me dispenser mon entière félicité ! Je fus tout ce qu'ils exigèrent, mais que je puisse être au delà, sentir et vouloir au delà, ils ne peuvent m'en demander compte. En quoi seraient-ils frustrés ? Quelle main trahirait-on pour accepter d'une autre ce que jamais elle n'offrit.... Et pourtant, Hélène, je n'ose pas. Je tremble devant les actes qui affirmeraient ce droit, et moins pour les autres que pour vous.... Ah ! les hommes sont inventeurs de beaux pièges, et les plus grands gibiers y restent comme les petits. Si je vous parlais comme je le dois, je vous éloignerais d'abord, et je vous conseillerais le dépaysement à tout prix, fût-ce par nn mariage.

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