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LES JACQUES

r ar les chemins brûlés, les champs plats, les saulaies, Longeant la berge des étangs, crevant les haies, Défonçant les ravins boueux, trouant les bois, Tournant les murs, louchant vers la crête des toits, Faisant voler autour de lui l'eau des rivières, La poudre des labours, la bourbe des tourbières, Le loup trotte, suivi de ses neuf louveteaux, Le loup Jacque, à travers le val et les coteaux, Sautant les rus, sautant les rocs, le loup se sauve!... Au vent la langue rouge, au vent l'oreille fauve, Plein de faim, plein de soif, suant, le pauvre loup Trotte, galope, loin des hameaux, loin de tout, Plus loin encor, pour être encor plus loin des êtres, De tous les êtres, loups et ducs, manants et reitres, Chiens et bœufs, clercs et gueux, des bourgs et des châte Il fuit, maigre, entraînant ses maigres louveteaux, Jusqu'au soir, et, le soir, s'arrête hors d'haleine.

Du haut de la montagne, il regarde la plaine.

Elle est déserte, triste, hostile. Le couchant Allume, dans les trous des bois, son œil méchant; La terre ne sait plus créer, et se résigne, Comme une aïeule; ses flancs, que gonflait la vigne, Sont pelés; ses moissons se haussent en tremblant; Elle a peur; le printemps, comme un hiver, est blanc, Dur : on dirait que Dieu l'arrose avec des larmes ; Le sel des larmes l'a brûlé; les hommes d'armes, Brutes, l'ont en passant déchiré jusqu'aux os; Il ne saigne plus; et, sous leurs grêles roseaux, Les sources, ayant trop pleuré, se sont taries. Tout meurt. La sauterelle a rongé les prairies, Et la peste a rongé les villes ; les vivants Ont rongé les fémurs des trépassés; les vents Ont balayé ce qui voulait sortir de terre, Et rien n'éclôt, sinon cette fleur solitaire Dont l'ombre tue, et dont le calice effrayant, Entre l'homme et le ciel, s'épanouit, ayant Pour tige sa montagne et ses tours pour corolle, Le donjon, fleur qui parle et dont chaque parole Fait germer du silence à l'entour de sa voix...

Alors, le maigre loup hurle par quatre fois, Terrible, vers les quatre horizons de la plaine Qui frémit, et tandis qu'il lui grogne sa haine, Les louveteaux fiévreux saignent, l'écume aux flancs.

23O L ESPOIR DU MOXDE

Le vieux père a pitié des louveteaux sanglants :

Tous les neuf, il les fait tourner vers la patrie,

Et les ayant fouettés de sa queue, il leur crie :

« Aussi loin que vos yeux pourront voir, regardez !

Regardez le ciel vide et les champs dénudés!

Pauvres Jacques, ô mes rejetons, pauvres bêtes,

Vous n'avez là ni sœurs ni frères, et vous êtes

Seuls, et vous n'aurez là d'asile ni d'espoir

Qu'en la mort, aussi loin que vos yeux pourront voir ! »

L'OISEAU T>E F%.JL<ÏLCE

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