CHAPITRE VI
La retouche des agrandissements.
La mise en valeur des agrandissements peut s'obtenir facilement à l'aide de quelques retouches sommaires indiquées par M. Sacré, dans le Bulletin belge.
« Depuis quelques années, on a pu constater que les agrandissements jouissent d'une grande faveur auprès des praticiens et des amateurs.
Faire d'un petit phototype négatif très net, bien détaillé, un agrandissement bien proportionné, donnera toute satisfaction pour la profondeur et l'ampleur.
Mon but n'est pas d'indiquer ici par quels tours de mains on obtient les meilleurs résultats.
Mais plus d'un praticien sait n'avoir jamais obtenu un phototype négatif qui n'a pas dû être quelque peu amélioré, à plus forte raison un agrandissement. Donc il faut presque toujours améliorer un tant soit peu, ou, en d'autres termes, retoucher.
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En règle générale, lorsque par suite d'un négatif plus ou moins défectueux, ou prévoit un travail sérieux de l'épreuve, il faut choisir un papier au bromure à bonne couche et pas trop la durcir par un long séjour dans le bain d'alun, le grattoir et la gomme à encre ayant à remplir un rôle important dans le travail.
Essayons de décrire une chose qui évidemment gagne, pour être bien comprise, à être démontrée pratiquement de visu.
Il y a quatre méthodes pour retoucher les agrandissements :
1° Le pointillage, retouche par série de points ou petites stries ;
2° Retouche par hachures, genre de travail du graveur ;
3° Retouche par teintes plates, genre lavis (aquarelle) ;
4° Retouche à l'estompe et aux crayons noirs Conté ou lithographiques (genre des dessinateurs).
Avant de commencer le travail de la retouche, on doit apprendre à voir et reconnaître les défectuosités de l'épreuve et à déterminer quel genre de retouche sera nécessaire, quel correctif il faudra apporter aux imperfections qu'on se propose de corriger, sans dépasser les limites du bon goût et du sentiment artistique.
Voici à peu près le matériel qu'il faut pour la retouche sur papier ; un morceau de bonne encre de Chine, de noir d'ivoire, ds la teinte neutre ou bleue, de la teinte sépia foncée, du rouge brun, du blanc de Chine (pas du blanc d'argent qui a l'inconvénient de noircir), une série de trois pinceaux en martre, ou ceux habituellement
LA RETOUCHE DES AGRANDISSEMENTS
employés par les aquarelles (à choisir avec beaucoup de soin), de la gomme à effacer l'encre, de la gomme arabique en poudre, quelques godets, une paire do palettes ou des morceaux de verre opale ou de porcelaine, un blaireau, de bons grattoirs ou bistouris, un vaporisateur, une bouteille contenant un fixatif à base d'alcool, de la pierre ponce bien tamisée, une bonne loupe, deux morceaux de peau de chamois, une éponge tîne ou ordinaire, des pointes ou punaises, une planche à dessiner, un chevalet de peintre avec appuie-main, quand on désire être entièrement à l'aise.
Si l'on veut retoucher d'après le procédé des dessinateurs, on complétera avec un tube de bonne terre d'estompe, des crayons Conté et autres, même les crayons gras lithographiques, des morceaux de pastel noir, teinte neutre ou bleue, sépia rouge, brun foncé, etc., des estompes en cuir et en papier de différents formats, de l'ouate, etc.
Si l'épreuve a passé par le virage au sel d'urane, on se procurera les teintes nécessaires pour la retouche de ces planches, terres du rouge brique au brun chaud.
Cette longue nomenclature des objets nécessaires ne doit pas effrayer, on les possède plus ou moins.
D'autre part, avec un peu d'habileté manuelle, on se passe de bien des choses quand le travail de retouche est de peu d'importance.
Une fois la méthode de travail décidée, l'agrandissement est bien collé sur bristol de force conforme à la grandeur de l'épreuve, et on le fixe avec des pointes ou punaises sur une planche à dessiner.
En général, s'il y a un travail de peu d'importance à
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effectuer, je recommande un ponçage de l'épreuve avec la poudre de pierre ponce tamisée.
Avec un papier très rugueux, on peut s'en passer ou être très prudent dans son emploi.
Son but est triple : par son emploi, on nettoie parfaitement l'épreuve, on diminue certaines grandes ombres et teintes, et l'épreuve devient mate, grainée, ce qui permet une retouche plus facile. Voici comment on procède :
La planche à dessiner sur laquelle l'épreuve est fixée, doit être mise à plat sur une table; on distribue une certaine quantité de pierre ponce tamisée sur l'épreuve, puis, avec la paume de la main droite ou les doigts, on commence, par une série de frottages réguliers et en cercles, à parcourir l'épreuve, appuyant et tournant plus ou moins fort et plus ou moins longtemps, suivant le travail qu'on désire faire et le résultat à obtenir. Sur les parties où il y a des empâtements noirs, l'on amènera davantage de pierre ponce et l'on continuera le frottement avec prudence.
Ce travail fait, on enlève de l'épreuve toute la pierre ponce en excès avec un blaireau, puis on fait un tampon avec de la peau de chamois et on en frotte l'épreuve entièrement.
C'est un nettoyage complet de la poudre fine en poussière grise qui recouvre l'épreuve.
Si l'on a une vue quelconque dont on veut compléter le ciel ou en faire un nuageux, augmenter certaines valeurs, rendre moins clairs et moins crus l'eau, le terrain, etc., on prépare dans le couvercle en carton d'une boîte vide un mélange de terre d'estompé, de noir d'ivoire, de pastel de tons divers appropriés et un peu de pierre ponce.
LA RETOUCHE DES AGRANDISSEMENTS
On mélange le tout intimement ; on essaye le Ion sur un morceau de papier blanc, et l'on ajoute plus ou moins de différentes couleurs, jusqu'à obtention de ton ou couleur absolument conforme à celui de l'épreuve.
Suivant l'habileté manuelle, avec le bout des doigts, la paume de la main, avec une estompe ou avec de l'ouate, on prend de la couleur ainsi mélangée, on la frotte avec prudence aux endroits voulus en tournant régulièrement la main dans le même sens, et tenant bien compte de l'éclairage de l'épreuve modèle.
Ce travail fait, on pose la planche sur le chevalet ou debout et Ton regarde l'effet produit. Si on le juge insuffisant on recommence la même manœuvre, mais il faut être prudent de crainte de pousser au noir et de donner de la lourdeur. Si l'on avait dépassé le but, on prendiait un peu de poudre de pierre ponce sans mélange de couleur et l'on frotterait sans trop appuyer sur les places trop noircies.
L'effet est immédiat, mais il faut avoir soin de ne pas trop fatiguer l'épreuve. Avec la gomme à effacer l'encre et une touffe d'ouate propre, on peut arriver parfois au même résultat. C'est au travailleur de juger.
Si, après inspection, on est satisfait, avec un bout de gomme à effacer on commence par faire les lumières là où elles doivent être, en diminuant les teintes suivant l'intensité et le relief à obtenir. Le grattoir joue le même rôle si l'on sait le manier avec prudence et habileté.
Ces opérations terminées, on] passe au fixage de ce premier travail. On met la planche de nouveau sur la table, on introduit le tube du vaporisateur dans la bouteille contenant le fixatif, on se met [à certaine distance, et l'on souffle en se déplaçant de façon qu'une
line buée inonde entièrement l'épreuve. Mais on évitera que de grosses gouttelettes ne se forment et tombent sur l'image.
Gomme le lixatif est à base d'alcool, il s'évapore et sèche très vite.
Avant de continuer l'explication de la retouche qui doit suivre le travail du fixage, je crois devoir dire un mot du portrait.
On doit, d'après les indications ci-dessus, les bien grainer, surtout le fond qui, par un traitement habile, fait gagner beaucoup de relief.
On le rendra un peu plus foncé du côté éclairé de la ligure.
Certains praticiens préfèrent refaire entièrement le fond artificiellement. Je ne l'admets que lorsque le fond du petit négatif est très défectueux, et pour les reproductions.
Dans ce cas, on contourne aussi exactement que possible le petit négatif avec une couleur opaque qui, dans l'agrandissement, donnera naturellement un fond blanc uni. On fait alors un fond comme on le désire, et l'on ne doit pas craindre même de frotter la couleur un peu dans les contours du corps, afin d'éviter une auréole blanche.
Avec la peau de chamois propre on enlève avec prudence les parties dépassées.
La gomme élastique remplit le même office.
Quand on juge ce travail préliminaire terminé, on fixe comme j'ai décrit plus haut.
Pour les paysages ou autres sujets, commence maintenant la retouche réelle, soit au pinceau, soit au crayon et au grattoir, suivant le travail qu'on s'est proposé.
LA RETOUCHE DES AGRANDISSEMENTS
D'abord on attaque l'épreuve au grattoir dans les parties oij la pierre ponce n'a pas eu assez d'action.
On fait valoir à nouveau certaines lumières, on relève les détails, on fait disparaître les stries et les points noirs et l'on diminue les empâtements.
Un bon grattoir bien aiguisé, manié avec prudence et en connaissance de cause, fait merveille, mais dans des mains inhabiles il produit des défauts irréparables. C'est au retoucheur de bien voir là où il est à employer.
Le moment est venu maintenant do préparer sa palette. On frotte vivement un morceau d'encre de Chine préalablement mouillé d'eau pure sur un morceau de porcelaine ou de verre opale; suivant la teinte de l'épreuve, on mélange intimement avec un peu de noir d'ivoire, de teinte neutre ou bleue, du brun foncé, une pointe de brun rouge, etc.
On prépare sa palette avec beaucoup de soin et l'on ne commencera le travail qu'après avoir essayé sa couleur sur une feuille de papier blanc. Le ton doit être absolument celui de l'épreuve. Si la retouche n'est pas considérable et qu'on trouve inutile le ponçage, on ajoute un peu de gomme arabique en solution à la couleur de la palette; on se place, avec l'épreuve à retoucher, de telle manière que l'on n'ait pas d'ombres portées et l'on fixe devant soi la petite épreuve originale.
On peut se passer d'un chevalet, en faisant reposer sur les genoux la planche sur laquelle est fixée l'épreuve et en l'appuyant sur les bords d'une table. Dans ce cas, il est indispensable d'avoir comme sous-main une feuille de papier blanc propre pour préserver l'épreuve, autrement elle deviendrait grasse et repousserait toute retouche. Le travail sur chevalet se fait avec appuie-main,
à la manière des peintres. Pour un grand travail, on peut se reculer de temps à autre et mieux juger ainsi de l'effet produit.
On se mettra à la besogne avec calme, sans trop se presser. On traitera l'épreuve par la méthode choisie et dans laquelle on se sent le plus capable.
On prendra très peu de couleur au pinceau, et l'on en enlèvera l'excès en essayant sur du papier blanc ; le défaut des commençants est d'en prendre toujours trop.
Si l'on a donné trop de noir, on enlève la couleur avec un autre pinceau plus gros rempli d'eau. Une fine petite éponge remplit le même rôle. Mieux vaut trop pâle et revenir sur son travail jusqu'à valeur exacte du ton. Il faut harmoniser, rester transparent, éviter d'être lourd et empâté.
Si le grattoir n'a pu faire certaines lumières, on emploiera le blanc de Chine, mais on aura soin de n'en pas abuser.
Quand on juge le travail de retouche terminé, on passe au t coup de force », pour employer le terme d'atelier.
Il consiste à passer avec un bon pinceau trempé dans une solution pas trop forte de gomme arabique un peu alcoolisée sur les grandes ombres et sur les autres parties de l'épreuve où on le juge nécessaire. Gela donne de la vigueur, du relief et fait ressortir davantage. Mais l'on n'abusera pas trop de la gomme arabique pour ne pas faire de besogne vulgaire et par trop visible.
Au bon goût de chacun de juger jusqu'à quel point on peut pousser la retouche de l'œuvre pour ne pas la fatiguer. Un conseil, c'est de ne pas tomber dans l'excès.
Si l'on a affaire à un portrait, on aura toujours une
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bonne petite copie sous la main pour la consulter et se guider, et cela est aussi très utile pour le paysage.
On diminuera un peu l'éclat des yeux; on observera bien les lumières et les ombres, ainsi que leurs directions; on adoucira certaines parties trop noires et trop dures; on soignera la valeur du fond et les habillements, etc.
Je le répète, il faut harmoniser et tâcher de donner au portrait du relief, de la vie, et conserver surtout la ressemblance.
Mais ce qu'il est avant tout nécessaire de connaître et de bien connaître, c'est l'anatomie du visage, ce qu'ignorent malheureusement le plus grand nombre de ceux qui pratiquent la retouche du portrait.
Pour terminer, un mot sur le genre dit : photo-dessin. Il est indispensable de faire subir à ces épreuves le traitement que j'ai indiqué par la pierre ponce tamisée. Ces planches grainées retiennent mieux la terre d'estompé, les crayons noirs Conté et lithographiques. On traite le fond et les parties trop claires par le mélange de couleurs appropriées qui a été décrit, puis on fixe sur le travail définitif au crayon.
Quand on connaît un peu le dessin, on donne libre allure à ses sentiments et on arrive à faire un photodessin parfait. Inutile de dire que gomme à encre et grattoir jouent ici un rôle important.
Pour l'emploi des crayons gras lithographiques, il faut une sûreté de main très grande pour arriver à un résultat; par cette méthode, les erreurs sont plus difficiles à corriger, le grattoir seul peut les enlever.
Le résultat d'un travail pareil bien compris est admirable et peut passer pour une lithographie.