‹ Les ailes qui montent [microforme]Chapitre 1 sur 6 · EN VOUS SOUHAITANT UNE BONNE ANNÉE · texte numérisé non relu

EN VOUS SOUHAITANT UNE BONNE ANNÉE

Les vers qui suivent n'ont plus leur raison d'être, tant le maréchal Foch a précipité la fin de la guerre tant il a victorieusement rapproché les perspectives

du désarmement universel.

Cependant, “LES AILES QUI MONTENT" ont entrevu la réalisation, sans doute lointaine encore mais probable, d'un rêve de paix durable entre civilisés.

A ce titre, l'idée restera longtemps dans l'ac-

tualité des préoccupations humaines.

À ce titre je l'offre à mes amis, en les priant de l'agréer à l'égal d'un souhait, exprimé pour que l'année 1919 leur soit légère. pour que la résurrection du calme leur soit douce et riante, pour que les seules

émotions à venir soient joyeuses.

Je formule mon vœu dans cet esprit, je le prolonge au delà de la salutation traditionnelle: ‘Bonne

et heureuse année, bonne et heureuse Paix!"

JULES TREMBLAY 102, Avenue Russell, Ottawa, Canada.

Rémi Tremblay,

poète, Vétéran de la guerre de Sécession } et de l'invasion fénienne, Capitaine en retraite, ce Poème est affectueusement dédié en témoignage d'admiration filiale, JT.

Toi qui vois tout, Toi qui sais tout, Dieu de lumitre,

ais que la Paix revienne un jour en ma chaumière!

Je ne me sens plus jeune, et mon bras est moins [prompt,

Quand il lui faut tenir pour ceux qui sont au front

Tous mes fieux sont partis. La mère se fait vieille.

Elle pleure en secret, la nuit, et se réveille

in proie au cauchemar des deuils perpétués,

Qui ciament dans son cœur: ‘ Tes enfants sont tués!"

Moi, je me sais plus fort, et je lui dis! Espere!

Mais elle me répond:

Elle, c'est la Maman, et toutes les mamans Entretiennent leur foi de pleurs et de tourments. Elle réve tout haut des maux qu'elle devine,

Et voit sur les talus que le canon ravine

Fondre les bataillons, dans la foudre emportés Aves ses fils, hélas! nos fils, déchiquetés!

Si mes enfants tombent la-bas, c'est pour la France. Ils ont pour eux la Gloire, et j'aurai la navrance: Mais je ne croirai pas en avoir fait assez,

Malgré le poids des ans et mes membres lassés, Aujourd'hui, je suis seul, la tâche me dépasse; Mes pas rhumatisants franchissent moins d'espace, En creusant le sillon, et ma débile main

Tremble, pour maintenir l'attelage en chemin.

Le soc est lourd, l'effort est dur, la terre avare.

Dans mon vieux bas de laine où l'argent se fait rare.

Quand je plonge la main les mailles se défont:

La Misère en grugeant s'est fait un nid au fond. En attendant qu'un soir le dernier sou s'en aille, Je songe à nos soldats jetés dans la bataille,

Et qui comÿtont sur nous, les femmes et les vieux Pour imposer au sol un tribut onéreux.

Je ne veux pas qu'on sache, au pays des tranchées,

Combien j'aurai de pain. en comptant les bouchées,

üis-toi, tu n'es qu'un père! ”

LES AILES QUI MONTENi 1:

Lorsque viendra l'hiver et le dernier faisceau,

Ca: j'aurai tout donné pour le supréme assaut!

Toi qui vois tout, Toi qui sais tout, Dieu de lumiére,

Fais que la Paix revienne un jour en ma chaumiere!

.. Et je fus transporté par delà les sommets Qui dominent la vie et percent les nuages:

Je franchis les éthers où l'âme se soumet, Et là, tout près de Dieu, loin des humaines rages,

Je regardai le Monde; et je criai: ‘Pitié!

l'es peuples, des troupeaux enjugués à la guerre, Ramenaient l'Homme aux temps du crime, amnistié Par la force du glaive et du fiéau Misère.

Hagards, ils répandaient leurs flots precipites. Vaguant par millions en cohortes funèbres,

Dans les débris en feu iles croulantes cités:

Et pour calmer l'horreur de leurs fronts en téncbres, Lourds du sang répandu dans le sac et le viol,

Ils jalonnaient la route où passait leur sadisme, Avec la torche incendiaire et l'alcool,

Et les pires d'entre eux, en gage d'héroïsme, Portaient un Aigle Noir sur une croix de fer.

Ces meutes d'un césar réclamaient pour égide

L'uide d'un Dieu clément, et volaient à l'Enfer

Le secret meurtrier d'une vapeur viride,

Pour détruire d'un coup les êtres et les champ

Atin que le Césert assurât la conquete, d Et livrät tout un monde en ruines aux camps

Ces peuples, ces soldats, la Folie à leur tete,

Croyant avoir au bras le bouclier de Thor,

Atfrontaient, chef bajssé, la mitraillante averse

Qui creusait devant eux les couloirs de la Mort:

Et comme un blé müri que le faucheur renverse,

IIS tombaient foudroyés; mais d'autres sSurgissaient,

Dans l'étroite vallée où sont agonisantes

Les cruautés d'hier, qui déiàa s'épuisaient;

Où, sans pouvoir venger leurs détresses cuisantes, y (iinissent les blessés et se taisent les morts;

Où tous les doigts crispés déchirent les tuniques. Comme pour découvrir en un dernier effort,

Le venin, dans les cœurs, des huines sataniques. ‘el un déferlement de fléaux surhumains.

Issant d'un gouffre noir et grossis dans les flammes, Ils roulaient derrière eux les empires germains,

Poussés au suicide—hommes, enfants et femmes

Avec le bruit pesant d'un trône qui s’abat. ï:

Dans les foyers éteints d'immenses incendies,

Dans les villes en pleurs où la foule se bat, @

Dans les écrasements des sombres tragédies

LES AILES QUI MONTENT lo

Qui sur les bords du Rhin les jettent terrassés, Ces peuples vantelants clament dans leur colère Leur menace au césar:

’as plus loin! C'est assez!

L'âme du Monde meurt! Il ne faut plus de guerre!

Il arrive trop tard, le mot Humanité, Le zèle sans drapeau, le rêve sa is patrie, Quand les ruines ont dans leur infinité Repoussé hors des lois la nation flétrie, Qui veut jusqu'à l'abime aveugler son Destin. Toujours plus loin, plus bas, l'Orgueil humain retombe, Et met la conscience au-dessous de l'instinct: Il entre, sans la voir, dans la vaste hécatombe, Où sont les passions des siècles entassés, Où sont les conquérants avec la barbarie, Les dols, les trahisons, les serments transgresses, Et toutes les hideurs des âges de tuerie; Son vieux dogme guerrier que l'Amour haïssait, Pousse à ia déchéance et n'entend plus les âmes; Le Sacrilège dit: ‘Roi du Monde! Qui sait! ds Et sur l'œuvre de Dieu pose ses mains infâmes:; Il réveille le fauve à Potsdam endormi, Et lui crie:

—En avant! La Terre est au pillage!

La proie est au plus fort! Le Droit est l'Ennemi!

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