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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VI

contre le roi d'Angleterre, était rentré à Béziers pour y jouir des bienfaits de la paix. Mais à peine de retour , les malheurs d'un neveu attaqué par ses ennemis l'obligent de venir à son secours. 11 part donc à la tête d'une première armée , composée de l'élite de la jeunesse de Carcassonne et de Béziers ; une seconde armée le suit de près. Mais voilà qu'un bourgeois de Béziers, confiant dans le nombre de ses concitoyens, cherche querelle à un noble chevalier qui marche avec lui et lui enlève sa bête de somme. Le chevalier est dans l'impossibilité de se défendre au moment où il reçoit cette injure si grave. 11 s'adjoint donc bientôt après tous les chevaliers de l'armée, offensés dans sa personne , et escorté d'eux, il se présente devant Trencavel. Tous les chevaliers déclarent qu'ils vont quitter l'armée, si le bourgeois ne subit pas le châtiment de son insolence. Le vicomte, pour les apaiser, livre l'imprudent. Celui-ci ne subit qu'une peine légère, mais déshonorante. La ville de Béziers en est indignée, comme si le déshonneur d'un seul retombait sur tous. Au retour de' Trencavel, tous, en habit de deuil, le supplient de lever, comme il lui conviendra, le déshonneur qui a été infligé à toute la ville. Trencavel, naturellement bon, promet de réparer volontiers ce qu'il a permis pour apaiser les chevaliers. De concert avec les principaux citoyens de la ville, il fixe le jour

de la réparation. Tout est maintenant tranquille. L'église de la Madeleine a été choisie pour la cérémonie. Au jour fixé, le vicomte, suivi du cortège des nobles, entre, le premier, dans l'église, où il attend l'arrivée des citoyens , auxquels , en présence de l'évêque , il doit donner satisfaction. Ils arrivent enfin. Alors celui qui avait été outragé, s'approchant du vicomte :

« Voici , lui dit-il , l'homme malheureux et fatigué de la vie, qu'on a voulu forcer à vivre dans le déshonneur. Que Votre Seigneurie me dise si elle est disposée à lui rendre l'honneur qu'il a perdu, et sans lequel il ne veut ni ne peut vivre. »

L'illustre guerrier lui répond avec bonté : — « Je suis tout disposé à m'en tenir à ce que les grands et les citoyens ici présents désireront , comme je l'ai promis. »

— ■ « Vous diriez bien, reprend le bourgeois, si notre honte pouvait être réparée par vous en nous livrant l'honneur d'un autre. Comme maintenant vous ne pouvez pas réparer notre honneur dans la mesure de notre honte, ce n'est que par votre sang que peut être expiée notre offense. »

A ces mots, les citoyens les plus résolus saisissent l'arme qu'ils ont cachée jusque-là sous leurs vêtements, se précipitent sur le vicomte et sur ceux de sa suite , et le massacrent devant l'autel (1).

(1) Voir Pièces justificatives , N° 9.

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