DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE X. k~l
que la peste de cette erreur s'est accrue dans la Gascogne et les pays voisins. Aussi voulons-nous, par votre zèle et par celui des autres évêques, nous opposer à ce mal, avec d'autant plus d'énergie qu'il y a plus à craindre contre les âmes naturellement sincères, et que par le malheur d'une corruption générale, les fidèles ne soient souillés de cette contagion, qui lentement s'étend comme un chancre » (1).
L'Eglise souffrait en même temps d'un autre mal , de ce mal qui s'attache à l'homme partout où il est et dont Grégoire VII, avec la persévérance de son puissant génie, avait travaillé à l'affranchir : l'amour des biens de la terre, acquis par le cumul des dignités ecclésiastiques. C'était au reste, nous l'avons vu, le prétexte dont les hérétiques se servaient pour condamner l'Eglise ; alors comme toujours , le spectacle du faste de tels dignitaires de l'Eglise scandalisait les âmes , affaiblissait leur foi et les entraînait souvent loin de la vérité et du bien. Innocent III, ce même mois d'avril de l'année 1198, écrivait encore à l'archevêque d'Auch, qui déplorait ces malheurs : « Les dignités et les autres bénéfices ecclésiastiques ont été établis par la piété des fidèles, pour être assignés à des personnes sûres qui doivent
(1) Innoc. P. P. III , Jlegestorum , lib. i, epist. lxxxi.
faire dans les églises un service continuel de dévotion. Mais quelques-uns, qui ne craignent pas de changer Tordre établi par l'Eglise dans l'intérêt du bien et delà piété, s'adjugent plusieurs archidiaconats ou d'autres dignités. C'est ainsi qu'ils trompent l'Eglise dans l'obéissance qui lui est due et qu'ils donnent le scandale le plus grand. Aussi, vénérable frère, nous vous accordons, par l'autorité des présentes, le pouvoir d'en avertir ceux qui possèdent plusieurs archidiaconats ou plusieurs dignités ; qu'ils aient à opter entre telle et telle dignité; s'ils s'y refusent, vous les en priverez ; s'ils sont contumaces, vous les frapperez de la censure ecclésiastique » (1).
Le pape écrivit dans le même sens pour ceux qui possédaient en même temps plusieurs abbayes ; et dès-lors on put voir que les deux seules préoccupations de son règne seraient de maintenir l'unité de l'Église menacée par l'hérésie, et la rigueur de la vie apostolique, affaiblie même dans les meilleurs par la mollesse , le luxe et les richesses.
Nous avons vu quelle influence l'erreur avait acquise sur le rivage oriental de l'Adriatique. Cependant elle rencontra, même dans ce pays, un grand adversaire, Bernard, évêque de Spalatro, qui fit saisir plusieurs hérétiques, les excommunia, les
(4) Ibid. epist. lxxxii.