MAISON DE SANTE DES D" TOKARSKY ET STRELTSOV
Au D"" Herzog, le fondateur de la maison, succéda le D"" Sabler, puis un médecin écossais, le D"" Becker; à la mort de celui-ci la maison passa sous la direction de son fds et du D"" Krassowky. De 1882 à 1897 elle a appartenu à M""" V® Becker, une femme d'un grand mérite, et au D' Korsakoff, aujourd'hui professeur de psychiatrie à l'Université de Moscou. Dans cette maison, M. Korsakoff a eu tout une pléiade d'élèves qui lui font le plus grand honneur. Parmi eux nous citerons : le D"^ Bagenoff qui a été plus tard interne à l'asile Sainte-Anne à Paris ; M. Serbsky, privat-docent à l'Université de Moscou, un des habitués du Congrès annuel des médecins aliénistes et neurologistes de langue française, enfin les directeurs actuels.
L'établissement est situé rue Krasnosselskaïa (M. Becker); il contient 36 places — 16 pour hommes et 20 pour femmes. Le personnel comprend, outre les deux directeurs, deux médecins adjoints : les D" A. -P. Petrov et M™« E.-B. Protopopov, une aide-médecin. M™'' A.-E. Lazarev.
Les infirmiers et infirmières sont dans la proportion de 1 pour 5 malades. En 1896, il a été traité 35 malades dont 1 est décédé. Parmi les pensionnaires, il y a un certain nombre de chroniques.
L'établissement comprend plusieurs pavillons séparés, bâtis en bois comme la plupart des maisons des faubourgs de Moscou. Ces pavillons n'ont qu'un rez-de-chaussée, en sorte qu'en cas d'incendie la
fuite est facile. Un seul pavillon a un étage ; on y accède par un escalier tout en fer.
Le pavillon des tranquilles affecte une disposition très commode qu'on trouve dans presque tous les asiles allemands de construction récente : au centre, une grande salle de réunion et tout autour des chambres à coucher. La plupart des chambres sont très confortables.
La maison possède un assez vaste jardin planté d'arbres au fond duquel se trouve un chalet.
L'éclairage se fait au mo^^en de lampes à pétrole fixées par un bracelet.
Le chauffage se fait au bois, ce qui constitue une grosse dépense.
La maison est très bien tenue, 1' « open-door » et le « no-restraint » absolu y sont appliqués.
MAISON DE SAXTÉ
DE M. LE D"" TH. -A. SAVEI-MOGUILEVITCH, A MOSCOU
{Diévitchié Polé, rue Pogodinskaïa)
L'établissement du D' Th. -A. Saveï-Moguilevitch a été fondé en 1885. Destiné aux aliénés et aux simples névropathes, il présente bien le caractère d'une maison de santé et non d'un asile ; on y reçoit surtout les sujets atteints de maladies aiguës susceptibles de guérison ; les malades incurables y sont rares : en effet, le plus souvent, dès que l'incurabilité d'un pensionnaire est reconnue, on le transfère dans un asile public ou dans un autre asile privé.
Le nombre des entrées varie de 60 à 80 par an;
la population habituelle est de 30 à 35 malades. En 18.96, il a été traité 108 malades dont 8 sont morts.
Bien que la maison soit destinée aux maladies mentales et aux maladies nerveuses, il y vient cependant fort peu de névropathes proprement dits. L'existence d'une section pour les nerveux n'en est pas moins d'une grande utilité. Nombre de familles, en effet, qui ne se décideraient jamais à faire entrer leurs malades dans un asile uniquement consacré aux aliénés, les placent volontiers dans une maison où sont soignés les nerveux. Les aliénés eux-mêmes, au moins une certaine catégorie d'aliénés, n'éprouvent pas pour une maison de ce genre la même répugnance que pour un asile de fous ; car, s'ils repoussent avec indignation toute imputation de folie, ils acceptent très bien d'être atteints d'une maladie purement nerveuse.
La section des nerveux aide donc à dissiper les préjugés et les préventions qui existent encore dans le public contre les établissements d'aliénés.
L'hôpital situé dans l'enceinte de la ville occupe une superficie de 3,500 mètres carrés ; il comprend sept bâtiments séparés par des jardins. Dans sa construction on s'est attaché à réaliser les conditions suivantes :
1° Possibilité de classer les malades par catégories: calmes, semi-agités et agités;
2° Possibilité de séparer, dans chacun de ces groupes, les personnes d'une situation sociale et surtout d'une culture intellectuelle différente ;
3° Donner aux malades la plus grande somme de liberté compatible avec leur genre de maladie ;
4° Éviter tout ce qui pourrait rappeler l'amena-
gement d'une caserne ou d'une prison ; se rapprocher au contraire le plus possible du type des habitations ordinaires et pour cela proscrire absolument toutes les dispositions spéciales telles que : grillages aux fenêtres, cellules aux murs capitonnés, etc.
Des sept bâtiments de l'asile, deux sont réservés au personnel, — bureau et appartement du directeur dans l'un, appartement des médecins et de l'intendant dans l'autre ; les cinq autres sont destinés aux malades. Les infirmiers ont leur logement dans les sous-sols. Cette multiplicité des bâtiments rend facile le classement des malades d'après leurs particularités individuelles.
Un bâtiment de deux étages dit principal est destiné aux nerveux. On y place aussi les convalescents et les aliénés qui ont conservé une certaine lucidité.
Le rez-de-chaussée est affecté aux femmes, l'étage supérieur aux hommes. A côté de ce bâtiment se trouve une petite construction où est installée la cuisine. Au-dessus de celle-ci, un petit jardin d'hiver communique avec l'étage supérieur. Dans ce bâtiment, les malades ont chacun leur chambre; on n'y loge jamais plusieurs personnes dans une même pièce. On y trouve une salle de bains (bains simples, bains électriques et douches).
Devant la façade de ce corps principal, un petit jardin et un parterre; derrière, un assez grand parc où sont installées des tables pour dîner et prendre le thé pendant la belle saison, et un jeu de croquet.
Dans un jardin donnant sur la rue s'élèvent deux bâtiments à un étage destinés aux aliénés qui, tout
en étant calmes et inoffensifs, ont cependant un délire très accusé ou présentent des singularités qui rendraient leur séjour dans le bâtiment principal gênant pour les malades qui ont une tenue plus correcte.
Le pavillon de droite est disposé de telle façon qu'on peut y improviser un appartement séparé composé de deux chambres et d'un salon dans le cas où un malade riche désire être installé avec un confort particulier.
Les agités occupent une maison à deux étages s'élevant au milieu d'un grand jardin. Dans ce bâtiment, presque tous les locaux ont de grandes fenêtres à vitres ordinaires, sans volets ni barreaux ni grillages ; la sécurité des malades est assurée simplement par un redoublement de surveillance.
Cependant il existe un local à part séparé du reste de la section par une porte massive et dans lequel on peut entrer par une porte spéciale ouvrant à l'extérieur. Ce local est formé de deux pièces ouvrant sur un corridor particulier; les fenêtres y sont munies de vitres épaisses.
Autrefois ces deux chambres servaient de cellules, mais elles sont devenues, paraît-il, presque inutiles depuis qu'on a adopté dans ces dernières années le traitement par le lit. Tout malade entrant reste couché jusqu'à ce qu'il soit calme
Actuellement ces deux chambres sont réservées aux malades les plus bruyants et les plus dangereux.
D'après M. Saveï-Moguilevitch, ces cellules ne sont là que pour amortir le bruit, mais ce ne sont « nullement des cellules dans le sens qu'on donnait
autrefois à ce mot, car les malades n'y sont point renfermés ni absolument isolés; il nv a d'isolés que les cris et les bruits qu'ils produisent ».
Il faut avouer que la distinction est vraiment spécieuse.
Enfin, à quelque distance du bâtiment des agités, se trouve encore un pavillon dont les fenêtres donnent en partie sur la rue ; il se compose de trois appartements formés chacun de deux à trois pièces et destinés aux malades aisés qui désirent un logement plus spacieux et plus isolé.
La maison dispose donc, en somme, de quarantequatre chambres séparées et de quatre appartements. Ces locaux sont disposés de telle façon que les malades y sont répartis en six groupes distincts qui sont les suivants :
A. — Malades calmes
1° Complètement calmes et de conduite correcte, bâtiment principal dit des nerveux.
2*" Complètement calmes, mais excentriques en actes ou en paroles, pavillon de droite.
3" Calmes, mais dont les excentricités sont plus accusées ou dont l'intelligence est plus notablement affaiblie, pavillon de gauche, qui se distingue surtout du pavillon de droite par une allée séparée pour les promenades et par une surveillance plus active des malades.
B. — Aliénés agités ou dangereux
4° Malades peu ou point bruyants, mais dont l'état exige une surveillance continue.
5" Malades avec confusion dans les idées, agitation, etc.
6° Malades très agités, bruyants, grossiers, etc. (la subdivision à vitres épaisses aux fenêtres, isolée par des portes massives).
Ces subdivisions diffèrent moins les unes des autres par leur aménagement intérieur que par la surveillance qui y règne, par le nombre des domestiques qui y sont attachés. Ainsi, dans le bâtiment principal, la surveillance est comparable à celle qui s'exerce dans un hôpital ordinaire.
Dans les pavillons, la surveillance est plus active, les serviteurs plus nombreux, les visites des surveillants et des infirmiers très fréquentes ; pendant les promenades, les malades sont accompagnés par des surveillants qui suivent de loin les malades du pavillon de droite, tandis qu'ils restent tout auprès des malades du pavillon de gauche. Les portes de ces deux pavillons n'en sont pas moins ouvertes toute la journée.
On permet souvent aux malades du bâtiment principal d'aller se promener en ville, seuls ou avec leurs parents ; de même les malades des pavillons vont quelquefois, soit à l'église, soit à la promenade, mais accompagnés par quelqu'un du personnel. C'est dans le corps de bâtiment destiné aux aliénés dangereux que la surveillance est la plus minutieuse : auprès de chaque malade agité ou dangereux que l'on oblige à garder le lit jusqu'à son complet apaisement, restent constamment deux, trois surveillants et même davantage ; les surveillants et les infirmiers habitent le même local que les malades et restent continuellement près d'eux ; les portes sont ordinal-
rement fermées ; les promenades ont lieu seulement dans un jardin spécial et en compagnie des médecins, surveillants ou infirmiers.
Même dans cette section on permet quelquefois aux malades qui se trouvent dans un état de santé relativement satisfaisant d'aller en ville, mais toujours accompagnés.
A chaque pavillon est annexé un jardin. — Ces divers jardins ne sont séparés que par de légères palissades à claire-voie et communiquent par des portes qui restent ouvertes, de telle sorte qu'il ne forment en réalité qu'un seul jardin. Pour isoler la la maison de la rue, il n'existe qu'une haie peu élevée ; on empêche les évasions grâce à une active surveillance: il s'en produit néanmoins quelquefois.
Le personnel médical de la maison se compose du médecin-directeur et de deux médecins adjoints : MM. Terian et Worobiev. Tous habitent la maison; l'un des adjoints dirige la division des aliénés agités ou dangereux et les appartements, l'autre les pavillons et la division des ne7'z;eux. Pendant l'été, époque où les adjoints prennent à tour de rôle leurs vacances, on prend des aides temporaires choisis parmi les étudiants ayant achevé leurs études.
Il y a trois surveillantes et trois surveillants en chef. Le nombre des infirmiers varie d'après celui des malades. Pour trente malades, le chiffre du personnel, y compris les portiers, s'élève en moyenne à quarante-cinq personnes.
Le prix de la pension dépend de la chambre occupée ; il est de 125 à 150 roubles par mois ; pour les malades exigeant un confort spécial, on convient à l'amiable du prix de l'appartement qui peut s'élever
jusqu'à 300-400 roubles et plus. — Dans le prix fixé sont compris la pension et le traitement des malades quels que soient les soins qu'ils nécessitent; on ne paye aucun supplément ni pour les bains simples ou électriques, ni pour le massage, ni pour l'électrothérapie.