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EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM A HAUTE DOSE CHEZ LES ÉPILEPTIQUES DE L'HOSPICE DE BICÊTRE (1)
Notre honorable président, M. Lasègue, a pensé qu'il serait utile de faire connaître à la Société médico-psychologique les observations faites par nous à Bicêtre sur l'emploi du bromure de potassium dans l’épilepsie. |
Je viens donc exposer les résultats que J'ai obtenus dans mon service depuis trois ans, me réservant de publier plus tard les observations détaillées.
Lorsque je suis arrivé dans le service des épileptiques de Bicêtre, le 1°° avril 1867, j'ai trouvé le traitement par le bromure de potassium installé par mes prédécesseurs, MM. A. Voisin et Legrand du Saulle, et je n'ai fait que continuer le mode d'administration de ce médicament, employé avant moi par mes honorables collègues,
Les conditions dans lesquelles nous nous trouvions placés, à Bicêtre, pour l’expérimentation d’un médicament nouveau, dans une maladie aussi grave que l’épilepsie, étaient loin d'être avantageuses. Nous avions affaire presque toujours à des cas d’épilepsie ancienne, ayant déjà résisté à d’autres moyens de traitement. Cependant, nous pouvons dire, sans aucune exagération, que les résultats ont dépassé nos espérances. Que serait-ce, si nous avions opéré sur les cas plus favorables que l’on peut rencontrer dans la pratique civile ?
Je me propose d'examiner successivement dans cette communication les cinq points suivants :
1° Action physiologique du bromure de potassium ; 2° mode d’administration ; 3° effets thérapeutiques ; 4° cas dans lesquels on peut
(1) Communication faite à la Société médico-psychologique, dans la séance du 28 juin 1870.
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l'employer avec plus de chance de succès ; 5° accidents causés par son usage prolongé.
$ 1er. — Action physiologique.
Cette étude a été faite par plusieurs auteurs, en France et à l'étranger, dans des conditions meilleures que les nôtres, puisque les malades, observés dans la société, analysaient mieux leurs sensations, en rendaient compte d’une manière plus exacte et n’étaient, ni affaiblis intellectuellement, ni aliénés. Je n’ajouterai donc que peu de chose à ce qui a été déjà imprimé sous ce rapport.
Je dirai d’abord que nos malades supportent facilement le bromure de potassium, dans les conditions où nous l’administrons et que nous indiquerons tout à l'heure.
Ce n’est qu’à partir de la dose de 3 ou 4 gr. par jour qu’ils commencent à accuser quelques phénomènes paraissant dus à l’action du médicament, surtout à la gorge et à l'estomac.
49 Gorge. Les malades éprouvent souvent une irritation de la gorge pour laquelle ils réclament des gargarismes. Tantôt la gorge est sèche, tantôt au contraire la salive est plus abondante. [ls ressentent alors plutôt une gêne incommode qu'une douleur véritable. Cet accident est, du reste, ordinairement peu durable.
On a beaucoup parlé de la diminution de sensibilité de la gorge chez les personnes soumises à l’usage du bromure de potassium. Ce fait m'a paru général chez les malades que j'ai examinés ; mais je l'ai constaté aussi chez les épileptiques qui ne prenaient pas de bromure. Serait-il dü à la maladie elle-même plutôt qu’au médicament ? C’est à examiner.
20 Accidents gastriques. Beaucoup de malades prennent du bromure, matin et soir, sans éprouver aucun accident gastrique ; quelques-uns, il est vrai, se plaignent de la saveur désagréable et amère de ce sel, mais c’est le plus petit nombre, beaucoup moins probablement que dans la clientèle privée. Quelques autres, enfin, accusent des douleurs au creux de l’estomac, une sensation de chaleur, de la difficulté dans les digestions, quelques vomissements muqueux le matin, en un mot un malaise stomacal nerveux, analogue à celui de la dyspepsie ou de la gastralgie. Ces phénomènes
sont ordinairement peu intenses et passagers. Beaucoup de malades disent même ne pas les éprouver.
3° Eruptions cutanées. D'après mon observation, ce phénomène est le plus constant de tous ceux qui sont produits par l’ action du bromure. Presque tous les malades le ERA te à divers degrés. Tant que la dose n’est pas arrivée à 3 ou 4 grammes par jour, il ne se manifeste pas ; mais le plus souvent, à partir de la dose de À grammes, on commence à voir paraître quelques boutons pointus et acuminés sur la figure et surtout sur les épaules et dans le dos. Ce sont des boutons semblables à ceux de l’acné.
Tantôt cette éruption est discrète, tantôt, au contraire, elle est très abondante et même très incommode chez certains malades. Is s’en plaignent, et demandent des bains, des lotions, ou d’autres moyens thérapeutiques pour calmer le prurit très douloureux de la peau, surtout à la face. Quelques-uns pourtant ne présentent aucune éruption de la peau, même après un long emploi du bromure ; mais, dans les conditions où j'ai observé à l'hôpital, c’est là une exception.
J’ajouterai même, sans attacher à ce fait une importance exagérée (parce qu'il aurait besoin d’être confirmé par d'autres observateurs), que les malades ne présentant pas d’éruption à la peau m'ont paru réfractaires à l’action du bromure. C’est même pour moi, jusqu’à présent, une sorte de critérium de l'action, favorable ou non, du bromure de potassium dans l’épilepsie ; mais c’est là un fait à vérifier ultérieurement. Lorsqu'on continue l'usage du bromure et qu’on en augmente progressivement la dose, l’éruption augmente également d'intensité, surtout à la face et sur les épaules. Quelques malades sont même tellement couverts de boutons qu'ils en éprouvent un prurit très incommode et demandent des médicaments pour calmer leurs souffrances (lotions avec de l’eau de son, bains alcalins ou sulfureux). — La marche ultérieure de l’éruption est très variable. Chez certains malades (quand on continue le médicament pendant plusieurs années), l'éruption, après avoir persisté longtemps à un haut degré, diminue progressivement et arrive peu à peu à un degré très modéré, malgré la Continuation du bromure à la dose de 8 ou 9 grammes par jour.
Chez d'autres malades, au contraire, l’éruption augmente d'intensité, tant que l’on maintient l'action du médicament.
Elle devient même, après deux ou trois ans, tellement doulou-
reuse, et si rebelle à l’action des moyens externes, que l’on est obligé de diminuer progressivement la dose du bromure, ou même d’en suspendre complètement l'emploi, pour faire cesser l’éruption généralisée, qui est devenue pour les malades un mal plus grave et plus pénible que l'épilepsie elle-même.
. En général, aussitôt le médicament supprimé, l’éruption décroit rapidement et arrive bientôt à disparaître presque complètement ; mais, alors aussi, les attaques épileptiques, qui avaient été très diminuées, ou même supprimées pendant quelque temps, reparaissent avec une nouvelle force et une plus grande fréquence. On est alors obligé de reprendre l'emploi du bromure, qui reproduit bientôt l’éruption cutanée, quelquefois cependant moins intense qu'auparavant.
Parmi les autres phénomènes physiologiques produits par le bromure, on doit encore mentionner l’amaigrissement et l’impuissance. La plupart des malades, qui prennent du bromure pendant longtemps, maigrissent, pâlissent et jaunissent, tout en continuant à se bien porter et à manger avec appétit. Enfin, le bromure à presque toujours pour conséquence de diminuer, ou même de faire cesser complètement l'énergie des fonctions génitales.
Son action chez la femme n’a pas été observée par moi à ce point de vue.
$S 2 — Mode d'administration du bromure de potassinm.
Je n'ai fait que suivre, en arrivant à Bicêtre, dans le service des épileptiques, le mode d'administration de ce médicament déjà adopté par mes prédécesseurs, MM. A. Voisin et Legrand du Saulle. Il était appliqué alors chez une quinzaine de malades environ.
Je l’ai continué, depuis lors jusqu’à ce jour, pendant plus de trois ans.
Voici comment nous procédons :
Le bromure est donné en deux fois, matin et soir, dissous dans un julep ordinaire, auquel on ajoute du sirop d’écorce d'orange pour masquer le goût désagréable de ce sel.
EMPLOL DU BROMURE DE POTASSIUM CHEZ LES ÉPILEPTIQUES 533 Les malades le prennent ordinairement sans répugnance, surtout ceux qui ont confiance dans l’action de ce médicament.
On commence par donner 4 gramme par jour. On augmente ensuite de { gramme ou de 50 centigrammes tous les huit jours, ou bien de
quinze en quinze jours. Si les malades ne se plaignent ni de la gorge,
ni de l'estomac, et si leur santé générale se maintient bonne, ainsi que leur appétit, on augmente la dose sans aucune crainte et progressivement.
Dès que l’on arrive à la dose de 4 grammes par jour, on commence à constater des effets physiologiques et même thérapeutiques, c’est-àdire la diminution du nombre des attaques.
Lorsque cette diminution a lieu d’une manière sensible, à la dose de 4 grammes, nous y restons stationnaires pendant quelque temps, un
mois par exemple. Si, au contraire, nous ne constatons pas d'effet
appréciable, à la dose de 4 grammes, nous augmentons encore de semaine en semaine, ou de quinze en quinze jours, jusqu’à la dose de 1 grammes, ou même de 8 grammes par jour.
Si nous voyons alors une éruption acnéique très prononcée se produire sur la face et sur les épaules, et une diminution très sensible dans la fréquence ou l'intensité des attaques; si nous constatons une amélioration notable de la maladie, au point de vue de ses principaux symptômes, nous restons très longtemps stationnaires à la dose de 7 ou 8 grammes par jour. Pour ma part, je ne dépasse guère 8 grammes. Quelquefois cependant j'ai donné 9 grammes. M. Aug. Voisin à été jusqu’à 11 grammes 50, sans accidents appréciables.
Si l’on veut obtenir un eflet durable sur la marche de la maladie, il faut prolonger très longtemps l’action du médicament.
Lorsque l’on interrompt brusquement son emploi, passant tout à coup de 7 ou 8 grammes à zéro, le plus souvent les attaques épileptiques, complètement suspendues, ou du moins devenues très rares, ne tardent pas à reparaître avec une nouvelle intensité.
On est alors obligé de reprendre rapidement ou progressivement l'emploi du bromure pour reconquérir le terrain perdu.
Cependant, en prolongeant indéfiniment l’action du médicament,
on peut craindre (comme nous le dirons tout à l'heure) des accidents
provenant de son accumulation dans l’économie. Il convient donc, après un usage prolongé (un ou deux ans par exemple), de faire
«lescendre peu à peu la dose de 8 grammes à 4 grammes, en ayant le soin d'observer au fur et à mesure les faits qui se produisent. Si les attaques, suspendues ou devenues très rares, se reproduisent avec plus de fréquence, on remonte alors à la dose première ; si, au contraire, le résultat favorable obtenu se maintient, on redescend peu à peu et lentement jusqu’à 1 ou 2 grammes, ou même jusqu'à zéro, et l’on s’y maintient pendant un certain temps. Si l’on voit reparaître les attaques, on recommence à donner du bromure, sans cependant remonter jusqu’à la dose primitive.
Lorsqu'on renvoie alors les malades de l'hôpital dans un état d'amélioration notable (n'ayant pas eu d’attaques depuis six mois, ou n’en prouvant qu’une, de loin en loin, tous les trois ou quatre mois par ‘exemple), onieur conseille de continner à prendre 4 ou 2 grammes de ‘bromure par jour, pour soutenir l’action du médicament, etmême de remonter jusqu'à 4 grammes ; mais ilimportede lesengager à consulter detemps en temps un médecin pourles guider, dans le cas où il surviendrait des accidents ; par exemple, si l'appétit diminuait, si l'amaigrissement devenait considérable, et si la santé générale s altérait d’une manière sensible.
$ 3. — Effets thérapeutiques du bromure de potassium.
Il est bien difficile d'apprécier avec certitude l'action utile d’un médicament dans une maladie aussi rebelle, et aussi variable dans sa marche, que lépilepsie.
En tout temps on a vanté des spécifiques contre cette affection, et. ces spécifiques tant vantés par les uns ont été bientôt abandonnés par les autres.
C’est là l’histoire de la thérapeutique de l’épilepsie depuis l'antiquité jusqu’à nos jours.
On ne saurait donc être trop circonspect, avant d'affirmer qu’un nouveau moyen exerce réellement une action favorable sur cette maladie.
IL faudrait avoir observé un très grand nombre de faits pendant très longtemps et dans des conditions très différentes, avant de pouvoir se prononcer sur l'efficacité thérapeutique d’un médicament.
On voit, en effet, des épileptiques qui ont eu pendant de longues années des accès très intenses et qui, tout à COUP, Sans aucun traitement, cessent d'en éprouver pendant plusieurs années. On ne saurait donc trop se tenir en garde contre des conclusions prématurées.
Je vais me borner à rapporter ici en abrégé ce que j'ai observé, depuis trois ans, dans mon service de Bicêtre, sans rien exagérer, ni en bien, ni en mal.
J'ai administré du bromure de potassium à une cinquantaine de malades, et, chez la moitié à peu près de ces malades, pendant trois ans d'une manière continue. Sur ce nombre total de malades, il en est la moitié environ chez lesquels je n’ai constaté aucun résultat
pe s , \ , ° { ès appréciable de lusage du bromure. Ils sont restés, après l'emploi de * à ce médicament, exactement ce qu'ils étaient auparavant ; ils avaient
intensité et les mêmes caractères.
Ce sont là les cas d’insuccès complet qui, d’après mon observation, constituent environ la moitié des cas.
Dans la seconde moitié des cas, au contraire, j'ai constaté, sous l'influence du bromure, une amélioration, soit dans la maladie elle-même, soit dans quelques-uns de ses symptômes. Dans cette seconde classe de faits, on doit de plus établir deux catégories de malades : les uns ont éprouvé simplement une diminution notable dans l'intensité ou la fréquence des attaques, ce sont les plus nombreux ; les autres, au contraire, ont été tellement améliorés que, chez quelques-uns même, on pouvait considérer la maladie comme
-momentanément suspendue et se demander si elle n’était pas réellement guérie.
Je pourrais fournir sur ces divers faits des détails nombreux et rapporter les observations particulières ; ce serait même le seul moyen de donner à mes assertions le degré d'authenticité et de précision nécessaires pour une démonstration scientifique ; mais, pour aujourd’hui, je me bornerai à ces indications générales, me réservant de publier plus tard les observations détaillées.
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la même moyenne d'accès par mois, et ces accès conservaient la même FR Le
b56 EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM CHEZ LES ÉPILEPTIQUES
v'4 $ 4 — Cas dans lesqnels le bromure de potassium peut être employé avec le plus de chances de succès.
Je n'ai pas à m'occuper ici des différentes maladies nerveuses sur lesquelles n’a pas porté mon expérimentation : je ne parlerai que de l'épilepsie. Or, parmi les épileptiques, il y à de nombreuses distinctions à établir, au point de vue de la gravité du mal et des chances de curabilité.
Les cas d’épilepsie sur lesquels nous opérions à Bicêtre sont les moins favorables à la guérison ; presque tous étaient de date ancienne, et déjà rebelles à d’autres moyens de traitement.
Le D' Th. Herpin (1) et tous ceux qui ont écrit sur la eurabilité de l’épilepsie ont recommandé d'agir surtout sur les cas d’épilepsie récente, dont les symptômes étaient encore peu caractérisés et peu enracinés.
Or ces cas se rencontrent beaucoup plus dans la pratique privée que dans les hôpitaux, où l’on n’envoie les malades qu'après un long temps et après avoir essayé un grand nombre de médicaments. Nous n'avons à Bicêtre que le rebut des épileptiques. C’est donc beaucoup d’avoir obtenu quelques succès dans ces conditions mauvaises. J'ai peu observé pour ma part l’action du bromure de potassium chez les enfants ; c’est une lacune dans mon observation. Selon toute apparence, la maladie devrait être moins incurable chez eux que chez les adultes.
Nous avons employé le bromure dans les cas les plus graves, comme dans les cas les plus légers :
1° Chez les épileptiques dont la maladie datait de l’enfance, ou bien lorsqu'elle était de date plus récente et survenait chez les adultes et même chez les gens plus âgés ;
2° Chez les épileptiques ne présentant quedes accès très rares, et chez ceux qui avaient plusieurs attaques par jour, revenant par séries ;
3° Chez les épileptiques n’ayant que des vertiges ou des absences, et chez ceux qui n’éprouvaient que de grandes attaques ; |
(1) Herpin, Pronostie et traitement euratif de l’épilepsie. Paris, 1852. — Des accès incomplets d'épilepsie. Paris, 1867.
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4 r 3 AO per EMPLOI DU BROMURE DE POTASSIUM CHEZ LES ÉPILEPTIQUES 997
4° Chez épileptiques présentant de l’'hémiplégie, ou d’autres Symptômes physiques indiquant une lésion cérébrale organique, et chez ceux qui offraient tous les signes de l’épilepsie essentielle ;
o° Enfin chez les épileptiques ayant une profonde altération des facultés intellectuelles, une grande irritabilité de caractère, ou de violents accès maniaques de temps en temps, et chez ceux qui ne présentaient aucune altération intellectuelle appréciable.
Or, pour rester dans la vérité de l'observation, nous devons dire qu'il n’est pas un seul de ces cas où l’on ne puisse avoir du succès où de l’insuccès, selon les circonstances. Il convient pourtant d'établir des distinctions et il est des cas où l’on a plus de chances d'obtenir des succès que dans d’autres.
1° Les cas où il existe de l’hémiplégie ou des symptômes physiques, indiquant une lésion organique probable, sont moins favorables que les cas d’épilepsie essentielle ou purement nerveuse.
2° Les malades qui présentent un trouble mental profond sont plus rebelles à l’action du bromure que ceux désignés sous le nom d’épileptiques simples, avec pure irritabilité de caractère.
3° Les malades qui ont des vertiges et des absences, soit seuls, soit réunis à de grandes attaques, sont plus difficiles à guérir que ceux qui n'ont que de grandes attaques sans vertiges.
En résumé, les épileptiques chez lesquels le bromure nous à paru le mieux réussir sont ceux qui ne présentent ni trouble mental prononcé, ni vertiges ni absences, et dont les attaques épileptiques, quoique intenses et très caractérisées, sont séparées les unes des autres par des intervalles assez éloignés, sans vertiges ni absences. Voici, du reste, ce que nous avons observé comme ordre progessif d'amélioration :
1° Les attaques de nuit disparaissent plus vite que les attaques de jour.
2° Les malades ayant des accès d’agitation maniaque voient ces accès cesser avant les attaques épileptiques.
3° Les grandes attaques épileptiques diminuent d’abord de fréquence et d'intensité, avant de disparaître complètement.
4° La plupart des malades, très notablement améliorés, conservent encore trois ou quatre attaques par an.
5° Les grandes attaques convulsives cessent avant les absences et
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les vertiges. Il est, en effet, des malades très améliorés qui n’ont plus ou presque plus de grandes attaques et qui éprouvent encore des absences ou des vertiges.
6° Enfin, les absences et les vertiges sont de tous les symptômes de l'épilepsie ceux qui résistent le plus longtemps à l’action du bromure. Certains épileptiques, en effet, très améliorés, n’ayant plus ni grandes attaques depuis longtemps, ni excitation maniaque, ni irritabilité de caractère, conservent néanmoins des absences et des vertiges de courte durée. C’est le symptôme le plus rebelle et qui témoigne le plus longtemps de la persistance de la maladie. J’ajouterai même que les malades qui, dès le début, ne présentaient que des absences très courtes, ou de simples vertiges, délirants ou non, ne se modifient guère, sous le rapport de la fréquence et de l'intensité de ce phénomène, après un traitement longtemps prolongé.
Ce symptôme, qui semblerait constituer une épilepsie incomplète ou avortée, est donc, au contraire, celui qui résiste le plus à l’action du bromure. La plupart des épileptiques que l’on renvoie de l’hôpital presque délivrés de grandes attaques, conservent encore des vertiges, soit qu'il aient déjà existé auparavant, soit qu'ils se produisent à la place et comme diminutif des grandes attaques suspendues.
$ 5. — Accidents causés par la trop longue continuation de l'emploi du bromure.
Ces accidents sont rares dans les conditions où nous avons expérimenté ; ils ont été peu étudiés jusqu'ici. Cependant, quelques-uns d'entre eux méritent d’être signalés en terminant. Ils sont de deux ordres : cutanés et cérébraux.
Les accidents cutanés, déjà mentionnés précédemment en parlant des eflets physiologiques du bromure, consistent surtout dans la transformation successive de l’éruption canéiforme, qui avait signalé le début de l'emploi du médicament. Cette éruption prend, dans quelques cas, des proportions considérables, qui obligent même à suspendre l'usage du médicament. L'éruption, très intense à la figure et aux épaules, s'étend successivement à tout le corps. Elle s’accompagne d’autres variétés de maladies de la peau etacquiert même un tel degré d'intensité, d’irritation et de démangeaison, que les malades, même
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. les plus courageux, ne peuvent continuer à la supporter et deman- dent avec insistance la suppression du médicament. Dans quelques cas enfin, ilse forme, sur diverses parties du corps, des clous, des furon-
cles ou des anthrax qui peuvent arriver jusqu’à la suppuration. Tous.
les moyens externes employés pour supprimer ces éruptions sont Pouvent insuffisants et l’on est alors obligé, pour les combattre efficacement, de suspendre, au moins momentanément, l’emploi du bromure.
Les accidents cérébraux ont été encore moins étudiés. Ils se produisent plus rarement que les accidents cutanés ; on les observe pourtant quelquefois à un degré très intense, surtout dans la clientèle
privée. À la suite de l’usage prolongé du bromure, surtout à dose:
élevée, on voit quelquefois l'intelligence des malades baisser d’une
façon très notable. La mémoire se perd et l'individu arrive jusqu’à
l’hébétude. Dans d’autres cas, il survient de la somnolence et un état comateux qui peuvent devenir inquiétants et indiquent une sorte de saturation ou d'intoxication, par suite de l'accumulation du médicament dans l’économie. Lorsqu'on constate ces accidents, il convient de suspendre rapidement l’usage du bromure ; car sa prolongation pourrait offrir des dangers. Et ce qui prouve que ces accidents étaient bien dus réellement au médicament, c’est qu'ils ne tardent pas à disparaître aussitôt après sa suppression.
À l’occasion de ces accidents cérébraux, causés par l'accumulation
du bromure dans l’économie, on peut se poser la question de savoir
sice médicament, en séjournant indéfiniment dans les organes, au lieu d’être éliminé au fur et à mesure par les urines, ne pourrait pas,
… dans certains cas, déterminer la mort.
. J'ai observé, à Bicêtre, un cas de mort subite par congestion céré-
. brale et pulmonaire, chez un malade qui prenait du bromure à dose modérée. Or je me suis demandé, dans ce cas, si la mort n’avait pas pu être causée par l’accumulation du bromure dans le cerveau. En effet, chez la plupart des individus qui prennent du bromure, la presque totalité est éliminée par les urines dans les vingt-quatre heures, et, dans la très grande généralité des cas, ce médicament ne séjourne pas dans l'économie ; mais ne serait-il pas possible que chez quelques individus, doués à cet égard d’une aptitude spéciale, le bromure se fixât dans les organes, par exemple dans le cerveau ou dans le foie, et
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qu’en s'y accumulant il arrivât à déterminer des accidents mortels, , alors même qu'ilaurait été administré à plus faible dose que chez d’autres individus qui, l’éliminant au fur et à mesure, n’en auraient pas conservé une seule parcelle? C’est ià une question qui mérite d’être sérieusement examinée et soumise à une expérimentation suivie. Pou ma part, dans le cas que je viens de mentionner, j'ai fait faire, apr la mort, l'analyse chimique du cerveau et du foie, et l’on y a découvert des quantités assez notables de bromure de potassium. Tout en attribuant la mort de ce malade à une congestion cérébrale et pulmonaire, on peut donc se poser la question de savoir si Paccumulation lente et successive du bromure dans le cerveau n’a pas été pour quelque chose dans cette mort subite. Cette question ne peut être résolue que par de nouvelles observations. é
Je terminerai cette note sur l'emploi du bromure de potassium chez les épileptiques de l’asile de Bicêtre, en soumettant à l’examen de la Société les cinq questions suivantes :
1° Quels sont les phénomènes physiologiques produits par l’action continue et prolongée du bromure de potassium à haute dose?
2° Quel est le mode d'administration à adopter pour l'emploi de ce médicament ?
3° Quels sont ses effets thérapeutiques, favorables ou non, dans l’épilepsie et dans d’autres névroses ?
4° Quelles sont les périodes et les variétés de l’épilepsie dans lesquelles on doit l'employer avec le plus de chances de succès, et quels sont les symptômes de cette maladie qui cèdent le plus rapi-. dement à son emploi?
5° Quels sont les accidents produits par l’usage du bromure de
potassium longtemps continué à haute dose ?
Telles sont les cinq questions que je crois devoir soumettre à la discussion de la Société médico-psychologique.