‹ Les Allures cliniques de la Syphilis et les formes de paralysie générale consécutiveChapitre 141 sur 152 · CONSIDÉRATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS CLINIQUES

Ce cas, qui s'éloigne des autres, est fort instructif. Il n'appartient nettement ni à notre première forme ni à la deuxième.

En effet, par l’allure de la syphilis qui est celle d’une syphilis banale {roséole, alopécie) et par l'ensemble des phénomènes psychiques, il appartiendrait plutôt à notre deuxième forme, tandis que par l'état de santé du conjoint et des enfants (Wassermann négatif) et la durée de la période latente il appartiendrait à la première forme.

Notons d’abord qu'il ne fait exception qu’en confirmant la règle, car il démontre l'existence indépendante des deux

syndromes que nous avons isolés. En effet, il contient des éléments caractéristiques des deux formes.

Dans ce cas, il s’agit d’une forme intermédiaire, mixte, dont l'analyse du dossier clinique nous explique la genèse.

Nous sommes en présence d’une forme banale de syphilis, touchant rapidement tout le système nerveux chez un sujet prédisposé. Une hernie, des fièvres, des convulsions à dix-huit mois, qui sont bien des convulsions toxi-infectieuses, témoignent de la fragilité nerveuse du sujet, fragilité rendant la substance nerveuse plus apte à devenir la proie de micro-organismes ultérieurement envahissants.

Cette prédisposition de la substance nerveuse a eu, dans le cas actuel, une influence déterminante ; elle a attiré et fixé le spirochète. Ce cas et les semblables sont, croyonsnous, ceux où l'influence du terrain est vraiment essentielbe.

Le dossier clinique du malade nous montre que le spirochète, dans la période d’invasion, a donné les manifestations somatiques habituelles (roséole, alopécie). Plus tard, ces manifestations qui ont toujours tendance à se reproduire s’épuisent au contraire; et le tableau de l'infection spécifique change. La marche de l'infection devient silencieuse (quoique par intermittences se fassent entrevoir des symptômes internes de l'infection du début); et, fait remarquable, après quinze ans d'infection (en 1910) on voit les premières manifestations du tabes qui accompagne cette

forme de paralysie générale.

Nous assistons donc à deux périodes bien différentes. Elles peuvent s’interpréter au moyen des données qui nous ont été fournies dans l’étude de notre première et de notre deuxième forme.

Ici nous assistons au premier acte de cette deuxième forme. Syphilis banale, fleurie, manifestations physiques caractéristiques (amnésie, asthénie, mélancolie, etc.), c’est comme un essai avant de passer dans la première forme et y demeurer.

Les conditions de faiblesse nerveuse originelle du sujet et le terrain favorable nous donnent la clef de cette marche anormale.

Le spirochète, envahissant l’organisme du malade, donne dans un premier temps les manifestations habituelles ; mais la nature du terrain prédisposé aux infections nerveuses favorise peu de temps ces manifestations.

Cela dénote un véritable blastotropisme positif chez le spirochète ; la substance nerveuse l’attire, le dévie et le fixe sur elle-même. C’est un fait biochimique qui n’est point dissemblable, dans sa marche, de la déviation du complément.

Ainsi fixé, le spirochète devient neurotrope (neurotréponème) et il accomplit alors son véritable cycle, en donnant les manifestations qui lui sont particulières, et que nous avons groupées dans notre première forme.

Ce qui nous expliquele mieux que les choses se passent

ainsi, c’est la contagion qui existe ou non selon que la

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fécondation et la conception se produisent avant ou après la fixation du spirochète sur le système nerveux. Il est facile de comprendre que si cela arrive avant la fixation sur le système nerveux du bacille de Schaudinn, sa virulence peut s'exercer sur la femme du paralytique et sur sa descendance (contamination prouvée par la réaction de Wassermann positive).

Si au contraire les rapprochements sexuels se font après la fixation du spirochète sur le système nerveux et sa transformation en neurotréponème, il n'y aura, comme dans notre première forme, aucune manifestation contagieuse chez la femme et la descendance.

Dans le cas que nous venons d'examiner, ce second mode a lieu; la réaction de Wassermann dans le sang de la femme et des enfants est négative.

Lesrelations sexuelles du malade eurent lieu après six ans d'infection syphilitique, après que celle-ci eut donné ses manifestations externes; le spirochète, par l’influence déterminante du terrain, s’est fixé sur la substance nerveuse où il a changé son biochimisme.

Il continue donc son cycle comme nous l'avons vu dans notre première forme, c’est-à-dire sans influence morbide pour la femme et la descendance (Wassermann négatif).

Une autre démonstration de la fixation du spirochète vient de ce fait que quinze ans après le chancre chez notre malade se développa le tabes ; or, le tabes est une infection

syphilitique médiate, une parasyphilis. Elle témoigne au

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