‹ Les Allures cliniques de la Syphilis et les formes de paralysie générale consécutiveChapitre 52 sur 152 · HISTOIRE DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA SYPHILIS

Le malade faisait ses études d'architecte à Paris, à l'École des Beaux-Arts ; il eut, vers vingt-sept ou vingt-huit ans, un chancre qu’il soigna pendant deux ans par des piqûres d'huile grise et son médecin l’autorisa à se marier à l’âge de trente et un ans.

Sa femme le considère comme un homme sérieux, enclin à la fatigue et à la dépression intellectuelle ; elle nous dit que cinq ou six mois après son mariage, le malade eut des crises d'estomac très violentes, avec brûlures ; deux ou trois coliques hépatiques, avec ictère, et des douleurs fulgurantes à plusieurs reprises. A la déclaration de guerre” il partit à Châlons comme sergent infirmier, et y resta jusqu’en septembre 1914; envoyé alors à Vittel, il y fit une crise de colique hépatique. Il passa quinze jours de permission militaire à Paris, et à cette date sa femme constatait quelques troubles de la marche chez le malade, qui tomba une fois dans son escalier.

Le 4 février 1915, il était à Dunkerque; une auto militaire le renversa et le traîna quelques mètres ; il n'eut qu'une fracture du bras droit et fut traité deux mois à l'hôpital militaire; proposé pour la réforme n° 2 en avril, il rentra chez lui à Paris. Les troubles de la marche apparurent, il fit une nouvellechute, et se cassa de nouveau le bras au même endroit que la première fois ; ce qui néces-

sita un traitement de six semaines.

A cette époque, il était d’une nervosité exagérée, avec un gros appétit et de l’amaigrissement à la fois. Puis les crises gastriques réapparurent; on lui fit une série de piqûres d’hectine. L... avait beaucoup de difficulté à descendre et monter un escalier, ce qui lui causait d’assez grandes appréhensions, au point qu’il tremblait et claquait des dents avant d'entreprendre ce geste, tout en soutenant qu'il n'avait pas peur. Ses mouvements étaient lourds et saccadés ; il marchait assez bien sur terrain plat. En juillet 1915, Se promenant avec sa femme au Bois de Boulogne, il voulut entrer au Jardin d’Acclimatation au moment de sa fermeture, en dépit de toutes les objections qu'on lui fit. Il ne s’occupait de rien dans ses promenades, commandait ce qui lui plaisait chez des fournisseurs et ne voulait pas payer. |

La notion de l’heure s’effaçait de plus en plus; et illui arrivait de s’égarer, sonnant à l'étage inférieur au sien.

En quittant Paris (août 1915) pour se fixer à la campagne il prit un train trop tôt, sans s'occuper de ses bagages et de sa famille, et s’en aperçut à une station de ceinture. A cette époque il était sujet -à de fréquents accès de colère. Il allait à la pêche tout le temps et seul, et, perdant la notion de l’heure de plus en plus, il rentrait à la nuit noire et «c’est miracle, dit sa femme, s’il ne s'est pas noyé». Il fit une forte crise nerveuse, à la suite de laquelle il resta huit jours alité, dont deux sans vouloir prendre aucune

nourriture. Faisant de la photographie, en quoi il réussis-

sait habilement autrefois, il ne peut plus exécuter aucune épreuve, laissant parfois ses châssis poser plusieurs heures et même toute une journée au soleil. Il passa ainsi des jours entiers dans son cabinet noir, y faisant un gâchis énorme, pour plusieurs centaines de francs de papier et de pellicules; on ne lui en rapportait plus, ce qui occasionnait des scènes terribles de colère.

L... ne voulait pas recevoir de visites ; il défendait sa porte à son oncle, et un jour chassa une amie de sa femme qui venait la voir de Paris. Il restait quelquefois des heures entières sans causer, ou parlait de choses banales, d'une façon décousue. Il lui est arrivé en chemin de fer de dépasser sa station, et d’être obligé de revenir en arrière. Il avait des accès d’antipathie tantôt pour sa femme et tantôt pour son enfant ; «il prit en grippe» son beau-père, à la suite d’une discussion.

Revenu à Paris en septembre 1915 le malade présenta des idées délirantes de grandeur : il écrivit à plusieurs ministres, envoya des messages au Président de la République, etc.

Le 5 octobre on le conduisit à la maison de santé.

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