DÉBUT DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
P... changea d'humeur en 1914, après la déclaration de : guerre. Mobilisé vers le milieu de 1915, il écrivit des lettres
désordonnées dans la rédaction, sales, avec du tremble-
ment ; quand il retourna chez lui, il était bien, physiquement, mais d’un caractère insupportable. Euphorie, mégalomanie, exubérance. Il imitait les cris des animaux: il voulait que ses filles parlassent l’anglais (qu’elles ne connaissaient point), dès le soir même. Les premiers symptômes augmentèrent à la fin de 1915, P... ne parlait que de devenir riche, de chanter à l'Opéra, (il ne connaissait rien du chant ni de la musique), d'être décoré de la Légion d'honneur. Il était très gai. Il parlait beaucoup et assez correctement ; quelques rares accrocs. Il ne tremblait pas ; il se remuait beaucoup. Très bon appétit, sans boulimie. Quelques accès de maux de tête et de dysenterie. Son agitation continuait aussi la nuit ; insomnie fréquente. Il ne s'était jamais égaré dans la rue ; il faisait bien ses calculs, il lisait beaucoup, il achetait de la musique « pour quand il l'aurait apprise ». Il parlait des forts appointements qu'il allait toucher comme baryton ou ténor (il ne savait pas encore ce qu'il serait) en Amérique ; un jour il commanda une auto de luxe pour sa femme ; etc.
Bonne santé physique toujours.