A ARNAY-LE-DUC
oici la vérité historique sur cette affaire, dont Gorsas avait parlé dans le Courrier des 83 départements. (Voyez ire partie:
les Almanachs politiques, pages 75-77.)
Le 23 février 1791, Mesdames, tantes du Roi, se rendant en Italie, avaient quitté Bellevue. Elles éprouvèrent quelques difficultés à Moret, mais, après une courte opposition de la part des habitants, elles continuèrent leur route et allèrent coucher à Auxerre. Pendant cz temps, la municipalité parisienne, les dames de la Halle, les Parisiens, les membres de lAssemblée s'agitaient confusément au sujet de ce voyage, et adressaient force représentations au Roi. Le 24 février, le ministre de l'Intérieur, M. Delessart, écrivit à l'Assemblée que Mesdames venaient d'être arrêtées à Arnay-le-Duc, et que le Roi considérait cette arrestation comme une atteinte à la liberté des citoyens. L'abbé Maury protesta contre l'action de lamunicipalitéd'Arnay-le-Duc,que M.Regnault considéra, de son côté, comme l'acte d'un pa-
triotisme exalté. Barnave ajouta qu'on ne pouvait lui reprocher que l'inconsidération de son zèle. Au milieu de la plus ardente agitation, et après cette réflexion de M. Menou « Je crois que l'Europe sera bien étonnée d'apprendre que l'Assemblée nationale s'est occupée pendant quatre heures du départ de deux dames qui aiment mieux entendre la messe à Rome qu'à Paris», on adopta à la presque unanimité le projet de décret présenté par Mirabeau : « L'Assemblée nationale, considérant qu'aucune loi existante du royaume ne s'oppose au libre voyage de Mesdames, tantes du Roi, déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur le procès-verbal de la commune d'Arnay-le-Duc et renvoie l'affaire au Pouvoir exécutif. » La municipalité d'Arnay-le-Duc persista dans son refus de laisser passer Mesdames, et M. Delessart fut contraint d'écrire, le 1e1' mars 1791, aux administrateurs de la Côte-d'Or, qu'il allait donner des ordres pour poursuivre ceux qui se montreraient réfractaires à la loi.
C'est à propos de ce voyage semé d'incidents que Marchant avait écrit sa piquante histoire des chemises et ridiculisé Gorsas.