‹ Les almanachs de modes de 1814 à 1830Chapitre 6 sur 6 · AUX DAMES · texte numérisé non relu

AUX DAMES

Le petit drôle est-il gentil ! !

C'est pour ajouter à ses charmes Et rendre son feu plus subtil Que le traître emprunte vos armes.

Six figures finement gravées et coloriées dont le sujet est emprunté aux historiettes suivantes : le Cachemire, le Bal de l'Opéra, le Billet doux, le Cornet, la Toilette de cour, la Leçon d'escrime.

Le texte est composé d'articles en prose (Chambre des Modes) et de charmantes poésies, entr'autres le tableau de Paris en 1821 et années suivantes ; le miroir, les gants, la promenade de Longchamp, le café Tortoni, etc.

Dans la séance du 6 août de la Chambre des Modes, l'ordre du jour appelle la communication de plusieurs rapports que divers membres demandent à faire sur quelques parfums, crèmes, essences, pommades, etc. Gloire à Farina pour son eau de Cologne, pour sa crème de Tartarie ! à l'eau de Laugier pour la toilette et à sa promenade de Madagascar !

Vive la poudre de Ce vlan, vive l'eau de Ninon de Lenclos ! Enfin la frivolité révèle les produits chimiques de M. Bés, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 34, et l'on vote une mention honorable en faveur de son rouge liquide Royal, de son bleu lazzuli et de sa crème d'albâtre.

Le goût se sera sans doute endormi pendant la séance ; sans cela il aurait protesté en exposant que les produits obtenus directement de la fleur l'emportaient de beaucoup sur les compositions faites au moyen de la chimie

et en signalant le danger de sentir et respirer les parfums artificiels.

Les Modes et les belles. Almanach nouveau rédigé par le caprice. A Paris, chez Louis Janet, libraire, successeur de son père, rue Saint- Jacques, n° 59.

In-18. Faux-titre ; titre gravé avec fleuron : la Folie dominant le monde et foulant aux pieds l'oiseau de Minerve. 180 pages y compris la table, 4 feuillets pour le calendrier.

Introduction. — Le monde tel qu'il est :

Vante qui voudra le vieux temps !

L'âge d'or est l'âge où nous sommes ; Nous avons fort peu de grands hommes, Mais nous avons des fous charmants, De jolis roués de vingt ans, Des petits maîtres de soixante, Honneur à la race présente !

Pourquoi verrais-je avec humeur Rouler ce monde sublunaire, Dans l'inconséquence et l'erreur?

Quel qu'il soit, il est ma chimère, C'est une épine avec sa fleur.

L'auteur anonyme de ces jolis vers était un sage. Quelques vingt ans plus tard. Alph. Karr, le philosophe de Maison-Close (1), ce grand esprit qui savait condenser en peu de mots, comme le faisait Horace, des vérités

(1) A Saint-Raphaèl, où, séduit par l'agreste beauté du pays, le célèbre écrivain devenu jardinier vint de Nice planter sa tente... et ses fleurs.

Il y vécut près d'un quart de siècle, bon pour les humbles, honoré de tous, jeune de corps et d'esprit. A quatre-vingts ans, il retrace ainsi son existence dans cette paisible retraite :

Je vis fort retiré des hommes et des choses Et l'on me fait plaisir dans ma close maison

incontestables, exprimait la même pensée d'une façon charmante :

De leur meilleur côlé lâchons de voir les choses : Vous vous plaignez de voir les rosiers épineux ; Moi, je me réjouis cl rends grâces au dieux Que les épines aient des roses.

Le texte, divisé en douze parties, une par mois, se compose de courts articles dont les six principaux : le Néyligé d'une coquette, la Toilette de ta mariée, Jadis et aujourd'hui, le Maître de danse, Y Observateur aux Tuileries, le Coëffeur à la mode, sont illustrés de jolies gravures coloriées dont le sujet est emprunté à chacune de ces petites nouvelles. Les costumes sont ceux de 1822.

A signaler encore : la Mode en France, Voyage au Temple de la Mode, l'Origine de la couleur Isabelle, la Journée du petit maître, l'Empire de la Mode, du Goût dans les costumes, etc., les Mœurs du siècle.

Nous vivons autrement que ne faisaient nos pères, Nous jouons fort gros jeu, mais nous ne gagnons guère ; Eux faisaient grande chère et jouaient petit jeu, Ils ne s'amusaient pas, mais ils s'ennuyaient peu.

De me laisser en paix causer avec mes roses.

Sur une mer houleuse et debout à la lame, Je passe pour donner un joli coup de rame, Et quand malgré le ciel, il faut faire pleuvoir, Mon bras ne se plaint pas du poids de l'arrosoir.

Giroflée et lilas, roses et violettes, Chèvrefeuille et muguet, vivantes cachelettes, Me gardent leurs parfums, m'invitent à leurs fêtes, Et j'en jouis autant qu'à mes premiers printemps. — La nuit le rossignol me dit les mêmes chants,

Et dans la mer d'azur, à la fin des journées, Quand le soleil descend, embrasant les nuées, De tons jaune, lilas, rouge, vert, violet, Hosanna !

De mon cœur monte un hymne muet...

Nous avons plus de peine à supporter la vie,

Ce qui les amusait, à présent nous ennuie,

Il me semble, en un mot, qu'au siècle où nous vivons

Les plaisirs sont plus courts et les ennuis plus longs,

Les corps plus délicats, les âmes plus fragiles,

Les hommes plus civils, les femmes plus faciles, etc.

Le Règne de la Mode. Nouvel almanach des modes rédigé par le Caprice. A Paris, chez Louis Janet, libraire, successeur de son père, rue Saint-Jacques, n° 59.

In-18. 180 pages. Un faux-titre ; un titre gravé, orné d'une vignette coloriée, une Folie assise dans le fauteuil de la présidence agite sa marotte et ses grelots (sujet emprunté à la Chambre des Modes).

Texte divisé par mois, contenant des articles de modes, des historiettes, dont six : le Duel et le Déjeuner, Y Ecarté, la Bascule, la Promenade, les Blouses, la Lecture d'un Roman, sont illustrées de jolies gravures coloriées, avec les costumes de 1823.

Quelques articles sur la mode des masques, les bals masqués, la promenade de Longchamp, le boulevart Montmartre, le Jardin Turc, Montmorency et ses ânes, un dimanche à Tivoli, etc., etc., sont assez intéressants ; mais ceux intitulés « Chambre des Modes » sont tout à fait amusants. L'ouverture de la session (séance du 3 janvier), commence ainsi : « Le Temps passé, en qualité de doyen d'âge, occupe provisoirement le fauteuil ; les maris sont à gauche, les femmes à droite ; les célibataires, veufs, veuves et demoiselles sont placés au centre. Le Temps passé se lève pour prononcer le discours d'ouverture. Un murmure presque général se fait entendre. Un membre du côté gauche réclame le silence pour le vénérable président (il n'est point écouté et les conver-

salions particulières s'engagent du côté droit et au centre, malgré les interpellations du côté gauche).

Un membre de droite : Procédons, Messieurs, à la nomination du président ; c'est avec tous vos discours que l'on prolonge les séances; l'on finit par se séparer, sans savoir comment l'on doit s'habiller ».

Une foule de membres : Allons aux voix !

On passe au scrutin. La Folie est encore appelée à la présidence, à une grande majorité ; le Caprice est toujours secrétaire et le Goût rapporteur.

Quelques voix à gauche : Cest affreux, injuste, etc., etc.

Suit un joli discours du président et l'on nomme ensuite une commission chargée d'examiner plusieurs projets. La Parcimonie, la Variété, la Frivolité, le Luxe. sont élus. Le Goût est nommé rapporteur.

Quelle fine raillerie du régime parlementaire !

Le Miroir des Modes Parisiennes. Paris. Louis Janet, libraire, rue Saint-Jacques, 59.

In-18. 180 pages. Quatre feuillets pour le calendrier.

Faux-titre, titre gravé avec fleuron-vignette colorié : la Mode foulant aux pieds le Monde (un globe aux ailes de papillon) ; elle est coiffée d'un bonnet de folie également ailé, et tient un miroir de la main gauche.

Sixgravurescoloriées, LeMaraiset la Chaussée d'Antin, Une Soirée d'artistes, La Dot et la Prétendue, une Visite au Mont de piété, Y Art de tenir son chapeau, Voilà bien les femmes, sujets tirés des nouvelles du même nom.

Texte divisé en douze parties avec un Bulletin de Modes pour chaque mois et des historiettes, anecdotes, petites poésies. Articles sur les bals masqués, le Palais- Royal, Longchamp (très tombé), le jardin du Luxembourg, l'éducation à la mode, le dimanche à Paris, les boutiques d'autrefois, les magasins d'aujourd'hui.

A citer une spirituelle boutade sur l'homme accompli :

Trouver tout mauvais et tout bon, Donner à tous tort et raison ; Flatter et médire à la ronde, Être en amour dupe et fripon, N'aimer personne et tout le monde, Voilà dans un cercle poli De quoi faire un homme accompli.

L'Echo des Modes. Paris, chez Marcilhj, rue Saint- Jacques, n° 21.

1 vol. in-24. Titre gravé avec fleuron-vignette colorié : l'Amour coiffé d'une écharpe est debout auprès d'une toilette ornée d'un miroir ovale, à côté duquel est placé un chapeau à plumes.

48 pages : à la suite desquelles, le Souvenir des dames, composé de douze feuillets dont sept pour le titre orné d'une vignette et les mois. En tète de chacun d'eux un petit sujet gravé : un chien qui porte une lettre, une fleur, un nid d'oiseau, une rose, etc., enfin cinq feuillets blancs.

Six gravures coloriées sans légende dont le sujet se rapporte aux notices : Les Voiles (toilette de mariée), la Petite Maîtresse étendue sur une chaise longue près d'une psyché ; à ses pieds, une corbeille de roses. Le Miroir : une élégante, sur le point de sortir, joue de l'éventail devant son miroir. La Coquette : en toilette de bal, s'admire devant une grande glace. Les Cheveux : une femme assise devant sa toilette emploie les ressources de l'art pour rehausser l'éclat de ses cheveux. La Danse, une jeune fille semble répéter un pas nouvellement appris.

Le texte est mélangé de vers et de prose : l'Origine du Ridicule, la Mode des bagues, la Beauté chez les femmes, etc.

Le Petit Magasin de modes, dédié aux dames. A Paris, Le fuel, libraire-éditeur, rue Saint- Jacques, iv 54.

In-18. 191 page. Onu'- de douze figures dont la première scrl de titre-frontispice : à l'intérieur d'un magasin, une jolie modiste essaie un élégant chapeau sur une tète en carton.

Ces figures sont très Dues, de teinte un peu grise ; elles sont gravées au pointillé et ressemblent à des lithographies ; les visages, les mains, les bras et les épaules sont légèrement couleur de chair.

Fig. 2. Robe de blonde (à Heurs). Chapeau Cardinal.

Fig. 3. Chapeau de gros de Naples. Robe de gros des Indes avec un biais à tète (pèlerine brodée).

Été. Fig. 4. Robe de toile de laine. Chapeau de gros de Naples. Sur le cou, petit Pierrot en mousseline.

Fig. 5. Capote de crêpe de deux étoffes. Robe de batiste, canezou de mousseline. La robe est coupée au milieu par une broderie formée de grappes de raisin.

Été. Fig. 6. Robe de foulard, pèlerine à quadrillés ; chapeau de paille de riz.

Automne. Fig. 7. Coiffure de bal. Robe de crêpe.

Automne. Fig. 8. Robe d'organdie, écharpe à papillons, béret de crêpe.

Automne. Fig. 9. Redingote de mousseline fermée par des nœuds. Chapeau de papier imitant la paille.

Hiver. Fig. 10. Coiffure ornée de plumes. Robe de tulle garnie de satin.

Hiver. Fig. 11. Redingote de mérinos brodé. Chapeau de velours plein (garni de plumes d'autruche).

Hiver. Fig. 12. Chapeau de velours plein. Robe de cachemire à manches de tulle, un boa autour du cou.

Le texte se compose d'articles sur chacune des saisons, de variétés, noms des actrices à la mode, de quelques

anecdotes et d'assez jolies poésies dont celle-ci : le Fashionable modèle ou Portrait d'un habitué au boulevart de Gand :

D'esprit son œil étincelle ; Son langage est séduisant ; En un mot c'est le modèle Des jeunes gens d'à présent.

On croirait voir quand il danse Le zéphir de l'Opéra, Allant chercher en cadence Le baiser qu'on lui rendra.

Des spectacles idolâtre, Maintenant c'est du bon ton, Il a fait faire un théâtre Au milieu de son salon.

Pour bien chausser le cothurne Il prit leçon de Talma ; Pour bien chanter le nocturne Il imite Garcia.

Lorsqu'en sortant de la bourse Son coursier fougueux l'attend, Il défierait à la course L'Anglais le plus vigilant. S'il s'empare de ses armes Pour une affaire d'honneur, On peut être sans alarmes Car il est toujours vainqueur.

Abandonnant son épée, Quand chez Lepage il paraît, Crac, il abat la poupée, Car son coup d'œil est parfait.

De la mode, ami sincère, Après son dîner il va, Pour chercher à se distraire Pleurer sur le sort d'Olga.

D'esprit son œil étincelle, Son langage est séduisant ; Oui, voilà bien le modèle Des jeunes gens d'à présent.

Au cours du volume, quelques pensées et maximes d'un solitaire de Ville-d'Avray donnent la note philosophique : « Sur le déclin de la vie, on ne parle tant du passé que parce que le présent fait trop peu d'impression et que l'avenir en fait trop. »

A lin d'en parler le moins mal possible, il est bon de le revivre et pour cela l'on ne peut avoir de meilleurs compagnons que nos plus fidèles amis, les livres. Mais il n'est de si bons amis qui ne se quittent, et quand l'heure de la séparation arrive, les adieux sont empreintsd'une certaine tristesse. Combien il vaut mieux se dire à revoir, n'est-ce pas, charmants almanachs auxquels je dois de si douces heures ! Vous avez su me montrer par le petit bout de la lorgnette la fin du XVIIIe siècle et les premières années du XIXe ; grâces vous soient rendues ! L'on vous recherche à notre époque, la mode le veut ainsi ; souhaitons que par un de ses caprices, trop fréquents, hélas ! l'inconstante ne vous fasse pas retomber dans l'oubli.

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