L'ANNÉE
[D'après un catalogue de l'époque.]
372. — ÉTRENNES SALUTAIRES ou Précis de ce qu'il est à propos d'éviter et de faire pour se conserver en bonne santé et prolonger sa vie. Avec des augmentations pour cette Année 1764. [Epigraphe :] O sanitas ! tu maximum omnibus bonum. || A La Haye et se trouve à Paris, chez P. Fr. Didot le jeune, Quai des Augustins, près du Pont Saint-Michel. M.DCC.LXIV. 1764 et suite. In-24.
Dans un avertissement l'éditeur dit qu'il se sert de la forme de l'almanach, — les almanachs se vendant mieux que tout autre publication, — pour populariser des vérités utiles et intéressantes. C'est, du reste, un extrait de l'ouvrage Le Conservateur de
la Santé par M. Lebègue de Presle. Conseils sur la température, les aliments, l'exercice, le sommeil et le coucher, sur les passions et les habitudes. Préjugés et précautions contraires à la santé. Pratiques salutaires pour tous les jours.
D'après la France Littéraire paraissait encore en
373. — ORDRE CHRONOLOGIQUE DES DEUILS DE COUR, qui contient un précis de la vie et des ouvrages des Auteurs qui sont morts dans le cours de l'année 1763 ; suivi d'une Observation sur les Deuils. || A Paris, De l'Imprimerie de Moreau, rue Galande. M.DCC.LXIV.
1764 et suite. In-12.
Dans l'avis placé en tête, l'éditeur dit que « cet ouvrage, qui paroîtra régulièrement tous les ans, est consacré à la mémoire des hommes illustres dans les sciences et dans les arts. « Poètes, Orateurs, Historiens, etc. ; Peintres, Sculpteurs, Musiciens, Architectes, etc. ; Acteurs et Actrices célèbres ; toutes les personnes enfin qui auront mérité pendant leur vie l'attention de leur siècle, recevront ici un tribut d'éloges et de regrets capable d'exciter l'admiration de ceux qui voudront, à leur exemple, se distinguer dans la même carrière.
« On y trouvera aussi une récapitulation historique des princes morts pendant l'année ».
Notices nécrologiques à signaler: Marivaux et Bougainville (A. 1764), Rameau, Racine (A. I7Ô5), Guyot de Merville, Clairaut, Cari Van Loo, (A. 1766).
[B. N. Années 1764, 1765, 1766.]
374. — ALMANACH AMBIGU DU PARNASSE, y A Paris, chez la veuve Duchesne, libraire, rue St-Jacques, au Temple du Goût. 1765. In-24.
Recueil de chansons mentionné par Quérard.
375. — ALMANACH CHANTANT A LA NOUVELLE MODE. || Paris, veuve Duchesne, puis Valade, puis Desnos, puis Girard. In-24. 1765-1784, soit 20 années. In-24.
Recueil de chansons qui fut publié par divers éditeurs.
[D'après des catalogues de l'époque.]
376. — ALMANACH DE L'ANNÉE GALANTE. || A Paris, chez la veuve Duchesne, Libraire, rue St-Jacques, au Temple du Goût. 1765 et suite. In-24.
Sous les mêmes date et adresse, cet almanach a été publié san^ changement aucun avec des titres entièrement différents : Almanach des Orac'js et de
l'Amour, — Almanach des Plaisirs, — Almanach du beau sexe ou Apologie des Dames, — Almanach des loisirs de l'Amour, — Almanach d'Ainsi va le Monde, — Nouvel Almanach des Dames et des Messieurs, etc. Tous ces petits almanachs sont rares sans présenter, toutefois, rien de particulier, comme intérêt.
Ils ont continué à paraître pendant plusieurs années. On les retrouve, en effet, en 1775.
377.— ALMANACH DES MUSES [ou Recueil de poésies fugitives de nos différents poètes qui ont concouru en 1764J . || A Paris, chez Delalain, libraire, rue de la Comédie Françoise. M.DCC.LXIV [plus tard, Delalain l'aîné et fils, rue St-Jacques, 240 (1) ; à partir de 1795, chez Louis, rue Severin n° 29, puis rue de Savoie; en 1817 chez Lefuel et Delaunay ; en 1823, chez A. Eymery et, en dernier lieu (1825), chez Bouquin de la Souche, boul. St -Martin. — Il existe pour l'année 1768 des titres portant :
« A Berlin et se trouve à Paris, chez De Lalain »] . 1 765-1798 et i8oo-i833, 69 années pet. in-12.
La première année a été réimprimée en 1765 avec des augmentations. Le titre de départ jusqu'en 1794 (inclusivement), porte toujours : «Almanach des Muses ou Choix des Poésies fugitives de 17..» [Suit le millésime].
C'est Sautereau de Marsy qui conçut l'idée de ce recueil ; c'est lui qui le dirigea de 1765 à 1793 avec la collaboration de Jos. Mathon de la Cour pour les années 1766, 1767, 176S et 1 769. En 1794 il passa aux mains d'Etienne Vigée qui le rédigea jusqu'à sa mort en i82o,et qui, du reste, paraît en avoir été l'éditeur responsable dès 1789. De 1820 à i833 il eut pour inspirateurs différents hommes de lettres.
De l'origine jusqu'en 1794 le titre est gravé. Chaque année c'est une composition nouvelle, presque toujours dessinée et gravée par Poisson, la plupart du temps des lyres, des chalumeaux, des rubans avec un encadrement décoratif, le titre étant souvent dans un médaillon rond ou ovale. Le titre de 1767 représente Pégase s'élançant du haut d'un rocher, le titre de 1794 (le dernier) les neuf muses en autant de petits médaillons, au-dessus desquels est le buste d'Apollon (2). A
(1) L'année 1794 porte rue Jacque n« 140. Souvent à partir de 1780 le nom de l'éditeur est orthographié ainsi : de Lalain.
(2) Ce titre a été reproduit dans Le Directoire de Paul Lacroix ainsi que, le titre de l'année 180S dessiné par Marillier (Erato faisant boire l'Amour à la fontaine d'Hippocrène).
XVIIIe SIÈCLE
partir de 1795 un frontispice se place en regard du titre imprimé ; toutefois les années 1807, 1808 ont à nouveau un titre gravé. Ces frontispices, toujours allégoriques,— des Liberté couronnant Apollon, des divinités annonçant la Paix, des Erato faisant boire l'Amour à la fontaine d'Hippocrène — sont de Queverdo, Maréchal, Monnet, Marillier, et la gravure en est assez lourde : le plus curieux de tous, curieux et comique à la fois, est celui de l'année l8o3 signé Emile Dupré et représentant, suivant l'explication fournie par la légende ellemême, des religieuses qui affublent un Amour de tout l'attirail monastique. Mais, à leur tour, les
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frontispices, déjà irréguliers à dater de i8o3, disparaissent : à pattir de 18 1 5 VAlm. des M. n'en possède plus. On est revenu au titre gravé, mais au lieu des ornements ce ne sont plus que des lettres avec la traditionnelle petite vignette, généralement un Amour tenant une lyre (sujet de Lambert ou de Chasselat.)
Des airs gravés se rencontrent dans nombre de volumes dès 1767. La même année supprime les lettres capitales du commencement de chaque vers et il fallut la Révolution, c'est-à-dire l'année 1795, pour les rétablir. « On a tenté cette innovation dans le Journal des Dames » disait l'éditeur et on en a donné les raisons dans le volume de janvier I766.
D'après un avis placé en tête du volume pour 1794, le recueil devait paraître chaque année à l'équinoxe de printemps mais on jugea, paraît-il, plus convenable d'en fixer la publication au commencement de l'année républicaine. « Sans afficher le titre de « Républicain » disaient les éditeurs. Y Al. des Muses l'a été véritablement depuis le commencement de la Révolution (on n'est pas plus naif ! j l'éditeur ayant toujours inséré de préférence les meilleures pièces patriotiques, il le sera plus spécialement par la suite ».
L'almanach ainsi décrit de forme et d'aspect, typographiquement et iconographiquement, passons au côté littéraire. Tout le monde connaît plus ou moins cette macédoine poétique, riche surtout en stances, couplets, odes, élégies, dithyrambes, madrigaux, conçus la plupart du temps en un langage précieux, invoquant, sans cesse, les Flore, les Glycère, les Zélis, les Daphné, hs Zelmis, sacrifiant sur les autels de tous les amours, de toutes les opinions. Ce recueil de poésies fugitives est cependant, quelquefois, précieux à parcourir, ne serait-ce que pour les notices de la fin mentionnant les œuvres poétiques parues ou représentées sur les différentes scènes pendant l'année.
Pour ne pas dresser une liste sans grand intérêt qui prendrait, certainement, plusieurs colonnes de cet ouvrage, voici les noms les plus marquants des poètes qui figurent dans l'almanach : Andrieux, Boufflers, Berquin, Berchoux, les Chénier, Chamfort, Collin d'Harleville, Cérutti, M. le Chevalier de Cubière, « écuyer de Madame. Comtesse d'Artois », des Augiers fils, Delille, Ducray-Duminil, Ducis, le président Dupaty, François de Neufchâteau, de Fontanes, M. le Chevalier de Florian, Ginguené, de La Harpe de l'Ac. Fr., Lebrun, secrétaire des commandements de M. le prince de Conti, Grand-Prieur de France et, de plus, fabricant breveté d'odes et de cantates, Legouvé, Lemazurier, le chevalier de Meude-Monpas, Millevoye, Marmontel, Parny, Piis, Piron, Pons de Verdun, de Sade, Saint-Lambert, Thomas de l'Ac. Fr., Turgot, Vigée, secrétaire du cabinet de Madame, le marquis de Ximenez, un fidèle des petits recueils, Voltaire et Frédéric II lui-même, et aussi, sa sœur Ulrique, reine de Suède.
L'année 1793 offre ceci d'amusant que, dénommés « Monsieur » au bas de leurs pièces, les honorables poètes se voient à la table transformés en « citoyens ». On rencontre ainsi le cit. Boufflers et le cit. Florian. Une note explique cette bizarrerie : « on ne les a pas appelés « citoyens » dans le cours du volume pareeque l'impression en était commencée avant que cet usage fut généralement établi ». Impossible d'être plus naïfs !
En fait, les « chevaliers de la Rime » quittèrent sans nullement se faire tirer l'oreille les rivières aux eaux murmurantes, le gazon, l'herbe tendre,les chalumeaux et les berquinades. Les odes aux Etats généraux et à l'Assemblée Nationale remplacèrent les Odes à la Reine. L'année 1793
s'ouvre par 1' « Hymne des Marseillois » de M. Rougez. officier de génie, suivi du « Couplet des Enfans » (Nous entrerons dans la carrière, etc.) ajouté à la pièce lors de la fête civique du 14 octobre. Ce texte est intéressant à consulter parce qu'il présente quelques variantes avec le texte adopté par la suite. Du reste, de 1792 à I7û5, ce ne sont que couplets sur le calendrier républicain, ou sur l'autel de la patrie, des hymnes à la liberté, des odes patriotiques, des quatrains gravés sur des pierres de la Bastille, des chants guerriers et, même, des vers sur certains 0 brigands aristocrates ». Et ceci, chose caractéristique, n'empêchera pas le C. Ducis de chanter « le Saule de l'Amant» et le « Saule du Sage», le C. Lonchamps d'adresser des invocations
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à l'Amour et les fables du cit. Florian de prendre place aux côtés de dialogues pour la fête de Barra et de Viala ou encore de distiques pour Lepelletier et Marat.
Les volumes de l'An II et de l'An III ont tous les hymnes de Marie-Joseph Chénier ; celui de l'An IV, donne « la Je.une Captive » d'André.
La Révolution est passée, les noms nouveaux abondent : Ancelot, Baour-Lormian, de Bonald, Capelle, Gouffé, MŒ» de Salm (ci-devant Constance Pipelet), Alex. Dumas, Lamartine, Saintine, Chateaubriand, Corbière, Desbordes - Valmore , Miger, Pongerville, Victor Hugo, etc.
\J Almanach des Muses a été pris souvent à partie dans les publications du XVIIIe siècle, et notamment dans le Petit Almanach de nos Grands Hommes (voir le n° 87g) qui n'est pas tendre pour la plupart de S'îs poètes attitrés. Dans ce recueil annuel qui eut des commencements assez minces,
dit Rivarol, on a eu des années sans tache ; on ne pourrait guère reprocher à celle de 1788 que les strophes de M. Le Brun, (sans doute « l'Ode à M. de Buffon sur ses détracteurs».)
Mercier dans son Tableau de Paris lui a consacré deux pages qu'on ne lira pas sans intérêt et qui, de toute façon, ont leur place indiquée ici :