‹ Les almanachs français (volume 3)Chapitre 15 sur 280 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

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Type de calendrier xvm0 siècle, avec petits sujets galants, chaque mois étant découpé de façon à former un cahier oblong. (Collection de M. de Savigny de Moncorps.)

Bientôt, la mode s'en répand partout; ce ne sont plus seulement des reliures ; ce sont aussi des cadres spéciaux, à fronton, à rubans, les

feuilles se pliant, ou se découpant mois par mois. Sous verre, ce n'est que le calendrier : relié, c'est un petit agenda, avec, au verso de chaque mois, des poésies se rapportant aux vignettes, quelquefois un titre dans un cartouche ou une composition en hauteur. Souvent des feuillets supplémentaires donnent divers renseignements d'un usage quotidien.

Tels VAlmanach des fêtes du mariage du Dauphin (n° 5o6), YAlmanach où sont les portraits de la famille royale (n° 544), Le Bijou de la Reine (n° 594).

A la grande estampe ont succédé les petites vignettes, rondes, ovales, carrées; des portraits, des actualités, et, pour ne pas en perdre l'habitude, des sujets galants : Les étrennes d'Amour, le bain amoureux, la bonne vendange. Pièces multiples, tantôt en noir, tantôt enluminées? dont le catalogage serait impossible, peu de ces élégants petits carnets étant parvenus jusqu'à nous, mais qui marquent bien la différence entre l'époque du calendrier-estampe et l'époque du calendrier-livre.

Combien loin nous sommes, et de l'ancien almanach à prédictions, et de l'almanach officiel quoiqu'il triomphe toujours, et des almanachsannuaires de spécialités, quoiqu'ils ne cessent de se développer. Assurément, la tendance au merveilleux n'a point disparu, mais elle s'est profondément modifiée : l'astrologie du xvue siècle s'est transformée en une sorte de diseuse de bonne aventure, s'amusant à prédire les destinées, à prononcer des oracles, à tirer des horoscopes, se cantonnant dans le domaine des prophéties galantes ou demandant aux songes des résultats pratiques, pour le choix des numéros de loteries. Maintenant, dans tous les domaines, l'almanach est un petit livre précieux qui se donne aux belles dont on « cultive la flamme », les Étrennes d'Amour (1) : il n'acquiert une date que par l'adjonction du calendrier mobile, une simple feuille se pliant et se déroulant, ou un cahier de douze pages répondant aux douze mois. Tout était à l'almanach, tout prenait la forme de l'almanach; c'était la passion du moment. Et ces petits in-24 se groupaient de façon à constituer, sous la même reliure, un tout varié : on avait ainsi, à la fois, dans sa poche, le Calendrier de la Cour, un chansonnier populaire, un recueil gravé orné d'estampes; l'utile et l'agréable. Quelquefois même, la pratique religieuse y trouvait sa place. « En avertissant d'avance, » disait en un avis notre prodigieux éditeur, j'ai nommé Desnos, qui

(1) Les Etrennes d'Amour devinrent, même, une sorte de titre passe-partout dont on se servait pour offrir au public des séries d'opuscules lyriques dans la note amoureuse. Je signale, entre tous, le titre suivant d'un recueil que j'ai eu en main :

— Etrennes d'Amour 1 y 80. Prix : 1 liv. 4 sols. A Paris, chez l'auteur, rue Mazarine, maison du Parfumeur, près le carrefour de Bussi. In-24.

L'ALMANACH A TRAVERS LES AGES XXXVI l

connaissait bien l'esprit de ses contemporains, « on en fait relier avec de petites Messes à la fin. » Mais ce qu'il n'indique nulle part, et ce que nous savons par les nombreux exemplaires, ainsi constitue's, parvenus jusqu'à nous, c'est que cette « trilogie almanachienne » revêtait sou/ent la forme suivante : un Calendrier de la Cour, c'est-à-dire l'indispensable par excellence, un livre de messe et un recueil erotique, le sacré et le profane, la Cour, l'Église et le plaisir des sens. Et c'est ainsi que, tout en remplissant ses devoirs religieux, tout en paraissant des plus attentif au sermon de M. le curé, on pouvait, à part soi, dire la messe de Cythère. « Petites heures dédiées aux princes », petites Messes, petits carnets de voyages, petits livres de comptes « pour les soins du ménage », tout est en façon d'almanach. La vie mondaine elle-même se résume, se concentre en ce petit bijou, en ces « étrennes » pour toutes les classes, pour tous les sexes. Savoir offrir un almanach devient une science : comme pour donner la main, tendre le jarret, saluer, mettre son lampion sous le bras, il faut passer par l'école; les petits-maîtres excellent en cet exercice d'autant que lesdits recueils abondent, eux-mêmes, en compliments, plus ou moins bien tournés, rédigés à cet usage. Entre tous, je choisis le suivant :

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