partie d'une suite inconnue
(Collection de M. de Savigny de Moncorps).
pair nous donne l'explication en son livre sur les almanachs à estampes (i) — c'est à peine si YAlmanach des Muses peut encore nous retenir quelques instants. Et cependant elle rentre bien dans le goût de l'époque pour les petits vers, impromptus, stances, odes, e'iégies, madrigaux, pour les poe'sies fugitives, en un mot, cette publication à cheval sur deux siècles, commençant en 1764 pour prendre fin en 1 833, où mille poètes invoquèrent, tour à tour, les Flore, les Glycère, les Zélis, les Daphné, les Zelmis, où les plumes françaises sacrifièrent sur tous les autels, depuis Boufflers, Dorât et Florian, jusqu'à Victor Hugo, Alexandre Dumas et Lamartine.
Mais l'almanach du xvme siècle est un de ces bijoux qu'on ne quitte point facilement. Après avoir parlé de ses éditeurs, de ses titres, de ses estampes, de ses poésies galantes, il faut bien dire quelques mots de son enveloppe, deses richesses extérieures, de ses vêtements coquets dus à des relieurs-doreurs dont c'était la spécialité (2).« Les uns, » nous dit M. de Savigny de Moncorps, dans son intéressant travail : Coup d'œil sur les almanachs illustrés du xvine siècle, « étaient reliés en maroquin rouge ou vert, souvent ornés, sur les plats, d'attributs tels que : colombes se becquetant, instruments de musique, carquois garnis de flèches, cœurs enflammés avec le flambeau allumé de l'hymen, accompagnés de devises : « je brûle pour vous », — « l'amour les couronne », — « agréable à tous », — « il ne m'en faut qu'un », — « Je les aurai tous », etc. (3) Les autres, recouverts de soie peinte
(1) «Au commencement de l'année 1733,» écrit cet auteur, « toutes les étrennes furent aux béquilles : les almanachs, les boîtes de bonbons, les tabatières et jusqu'aux morceaux de pain d'épices représentèrent un capucin tenant une béquille. Et pourquoi cela? Uniquement parce que, l'année précédente, un musicien de l'Opéra, nommé Charpentier, avait retrouvé l'air d'une chanson populaire, vieille déjà déplus de cinquante ans, la Béquille du père Barnabas, mettant en scène un capucin qui aurait oublié ses béquilles dans une maison publique. »
(2) Voici une des annonces-réclame de Boulanger, doreur et éditeur, prise dans les Plaisirs de la Ville et de la Campagne (1777):
« Vend différens Almanachs pour les Berloques de Montre, en Papier et en Rubans, et des Vues d'optique, Almanachs pour les Étuis à ressorts, les Piramides et pour les Tableaux, Almanachs pour les Gaves, des Nécessaires et pour tous autres Bijoux de Poche, Almanachs de Cabinet de toutes grandeurs, avec figures gravées par d'habiles Artistes, le tout encadré. »
Voici, d'autre part, dans le même genre, une réclame de Janet:
œ Janet, Libraire, Marchand de Musique et Doreur sur cuir, fait et tient magasin de toutes sortes d'Almanachs, avec et sans gravures, de jolies couvertures d'Almanachs, maroquins de toutes couleurs, avec glaces et sans glaces, brodés de toute façon, avec médaillons, peintures et cercles. Il tient tout ce qu'il y a de plus nouveau en ce genre et de mieux fait en dedans, le tout avec glaces et petit gousset ; souvenirs de toute grandeur, de toute façon, et à secret, pour mettre un portrait avec glaces. Petit Almanach avec de jolies gravures et glaces pour les Dames. Il pose les chiffres en or et en peinture, ainsi qu'on le désire, des jolis Médaillons et toutes sortes d'inscription sur les Porte-Feuilles et Registres. »
(3; Voir la reproduction de la page 329.
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à la gouache, brodée de soie et d'or, ou garnis de paillettes étincelantes; d'autres, plus riches encore, avec un médaillon contenant une délicieuse miniature, le tout protégé par un étui de maroquin doublé de tabis, vert ou bleu. Ceux-là, sans doute, étaient destinés à être offerts en présent à Céphise, Dorise ou Cydalise. »
Le Calendrier de la Cour, surtout, qui, par sa nature spéciale, se trouvait entre toutes les mains, donne bien l'idée de la hiérarchie de la reliure à cette époque. « Pour le Roi, la Reine, les Princes de la Maison Royale, les grands Seigneurs, les gens de qualité, » nous dit, ici encore, en une notice spéciale, M. de Savigny de Moncorps, « les reliures étaient à compartiments de pièces de rapport, de différentes couleurs, et ornées de peintures sous mica réprésentant leurs chiffres et armoiries. Pour les personnages de moindre importance, dentelles à petits fers, le milieu des plats orné d'armes poussées en or, d'attributs emblématiques ou de sujets empruntés, le plus souvent, aux principaux faits de l'année, aux estampes les plus en vogue. C'est tantôt la figure de Moreau, les amours de Glycère, pour les Chansons de Laborde, reproduite sous le nom de : Sollicitations pressantes, tantôt la France en extase devant Mgr. le Dauphin couché dans son berceau, tantôt le portrait d'une comédienne dans le costume de son rôle, ou bien l'enlèvement dans les airs d'un ballon et de sa nacelle, plus tard enfin, la prise de la Bastille, etc. Les dentelles souvent compliquées, qui servaient d'encadrement à ces milieux frappés en or plein, étaient de composition très variée, et venaient d'un seul coup. Tessier, doreur, possédait dans sa boëte à dorer vingt plaques gravées pour les Collombat, treize pour les Étrennes Mignonnes, et une cinquantaine de milieux d'almanachs, petits personnages en pied, portraits du Roi et de la Reine, petits et grands bouquets, groupes d'oiseaux, vases et corbeilles de fleurs, etc. . . (i).
« Les exemplaires ordinaires étaient simplement reliés en maroquin de différentes couleurs, doublés de tabis bleu pâle ou rose, en veau façon écaille, doublé de papier d'ornements à fond d'or, ou simplement encore couverts de ce même papier et dorés sur les feuillets. »
D'autres étaient avec fermetures, « de manière à ne pas s'ouvrir dans la poche. » C'était une invention du sieur Desnos qui déclarait, en cela comme en toute chose, n'avoir pas « d'autre but que la satisfaction du public. » D'autres avaient des petits goussets ; tous étaient disposés de façon à recevoir, à l'intérieur, une glace, à l'usage des petites-maîtresses,
(i) Voir les motifs pour reliures d'almanachs provenant du Catalogue des fers qui sont dans la boëte à dorer de Tessier, reproduits par M. de Savigny de Moncorps dans son intéressant article sur cette curiosité unique (Le Livre et l'Image, tome I, fascicule 6, août 1893.)
et non dédaignée des petits-maîtres. Les glaces de volume étaient, alors, un commerce fort achalandé : il ne s'en fabriquait pas moins de huit numéros, dont les prix variaient de 10 sols à 5 livres, suivant le Tarif des glaces de la manufacture Royale, imprimé en 1754. Bref, ces petits bijoux avaient, pour toutes les branches, leurs spécialistes choisis parmi les ouvriers les plus renommés. Destinés à un public délicat, ils n'étaient touchés que par des mains délicates.
L'almanach aux figures finement gravées était tellement entré dans les mœurs, que les premiers échos de la Révolution le laissèrent pour ainsi dire insensible. Ne voit-on pas encore apparaître, à la date de 1793, V Heureux mariage, Etrennes anacréontiques au goût du siècle d'or. Il y a plus ; le genre déteignit sur certaines publications politiques. Telles : les Époques les plus intéressantes des révolutions de Paris (1790); les Etrennes Nationales (1790), avec compositions de Duplessi-Bertaux ; La Lanterne magique ou Fléau des Aristocrates (1790) ; YAlmanach de la Fédération de la France (1 79 1) ; Le Fanal des Patriotes ou les LXXXIII Départemens (1 79 1) ; Le Panthéon des Philantropes ou V École de la Révolution (1791); La Réunion des Uniformes ou VAlmanach des Trois Couleurs (1792); Les Goguettes Parisiennes (1792). Jubert et son successeur, Janet, publient même de petits in-32, remplis de vignettes d'actualité dues à Dorgez, au premier rang desquels il faut citer U Ecole de la Modestie ou le Manteau civique (1791), La Civilogie portative ou le Manuel des Citoyens, tandis que Moreau grave les figures bien connues de VAlmanach de la Révolution française, et que Borel dessine un frontispice pour VAlmanach du Père Gérard (1792). Assurément, certaines illustrations montrent, déjà, de façon probante, la décadence de l'art et du goût si caractéristique en ces premières années de transformation ; les compositions ont moins d'allure, les estampes sont gravées moins finement, quoique l'influence du xvme siècle laisse encore des empreintes ineffaçables sur toute cette littérature politique. Mêmes conséquences dans la reliure : sur les plats, le bonnet phrygien et les attributs du nouveau régime remplacent invariablement l'Amour et son carquois, et le métier, en lui-même, se ressent vivement de ce brusque changement.
On ne se sert plus guère, dit M. Léon Gruel, dans son très intéressant Manuel historique et bibliographique de l'amateur de Reliures,que de quel ques fers mal dorés, et ce praticien émérite ajoute : «Ainsi, j'ai rencontré un petit volume: La Constitution française, présentée le 3 septembre 1791 et acceptée par le Roy, relié en maroquin rouge, présentant au centre de chaque plat, un milieu de ce genre sur fond de mosaïque verte. Le
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dos, qui reflète déjà l'effervescence des esprits, porte, en guise de titre, cette fameuse devise : vivre libre ou mourir. — J'ai aussi trouvé YAlmanach National de 1793, relié avec les emblèmes alors le plus communément employés ; ce motif (1), répété au dos, dans chaque entrenerfs, forme l'ensemble de la composition ; les plats sont ornés d'un trois-filets or et, aux angles, figure le bonnet phrygien au bout d'une pique. Au centre et en forme d'armoirie, un milieu, dont le principal sujet est composé d'un faisceau de piques surmonté du bonnet phrygien. Cette reliure, qui était spéciale à ces almanachs, est une des plus soignées de l'époque (1). »
Dans leur ensemble, les almanachs delà Révolution n'ont rien de bien particulier. Ici, ce sont les pamphlets violents ou orduriers contre les gens et les choses de l'ancien régime, tel le Calendrier du Père Duchesne ou le Prophète sac-à-diable ; et, dans le même esprit, les satires, les parodies contre les représentants et les institutions du nouveau régime, toutes les Constitution en vaudevilles, les Folies nationales, les Lubies d'un aristocrate, VA B C national, tous les Almanach des honnêtes gens, toutes les Étrennes aux gens de bien, littérature endiablée qui répond aux massacres par des bons mots, qui transforme l'Assemblée constituante en Assemblée destituante, les républicains en brissoteurs (on dirait, aujourd'hui, plus prosaïquement:» chapardeurs ») et ne respecte, guère plus, la Marseillaise :
Allons, enfants de la Courtille, Le jour de boire est arrivé. (2)
(1) Le Musée Carnavalet possède une intéressante collection de reliures et de fers à dorer de l'époque révolutionnaire. Deux de ces motifs ornant la reliure du petit Calendrier de la Cour, l'un à la date de 1 791, l'autre à la date de 1792, ont été reproduits par M. Gruel. Le premier représente la prise de la Bastille, dans un médaillon rond orné de petits fers, couronné au sommet par un bonnet phrygien accompagné d'une crosse et d'une épée en sautoir; dans le bas du terrain on remarque un petit canon braqué sur le monument principal.
Le second nous donne une scène tirée d'un épisode révolutionnaire, alors que le peuple, dans les rangs duquel il y avait beaucoup de femmes, se rendit en masse à Versailles pour réclamer la rentrée du Roi à Paris; on y voit des femmes en train de boire, ramenées de Versailles à Paris sur les canons de la Garde Nationale. Au-dessous de cette composition, on lit : a la santé du roi et de la nation.
(1) Rivarol eut, on le sait, une grande part à la publication de ces pamphets. Une note du Discours de la Lanterne aux Parisiens, de Camille Desmoulins, le constate sous la forme suivante : «On ne peut plus parler d'almanachs, qu'on ne se rappelle le divin faiseur, Monseigneur le comte de Rivarol. On sait tout le mal que lui fait la Révolution et le mélange impur des trois Ordres. Les lettres de Bagnoles mandent que les paysans ont brûlé l'ancien et superbe château de Rivarol... Heureusement la manufacture des almanachs va lui rendre de quoi faire rebâtir un château bien plus magnifique. Voyez quels beaux almanachs vous avez à faire, monsieur le comte: l'Almanach de l'Assemblée nationale, l'Almanach de l'Hôtel-de-Ville, l'Aimanach des Districts, l'Almanach des douze mille brochures de cette année, l'Almanach des quarante mille pensionnaires du Roi, l'Almanach des soixante mille filles, l'Almanach des cent mille cocus. » •
là, les almanachs purement politiques ; ailleurs, les chansonniers, les almanachs techniques. Les chansonniers portent des titres significatifs : la Gamelle Patriotique ; la Muse Républicaine, publiée par Saint-Just ; Anthologie patriotique ; Les Concerts républicains ou choix lyrique et sentimental, avec gravures de Queverdo ; La Lyre de la Raison ; Les petits Montagnards ou le bonheur dts habitants des campagnes, et ce sont, ou des chansons guerrières, sentant la poudre et le salpêtre, ou des hymnes, cantiques, odes et stances à l'Etre suprême, « propres, » pour parler le langage du temps, « à former la jeunesse aux vertus civiques et à entretenir dans l'esprit des bons citoyens la gaîté républicaine. »
Les almanachs techniques, géographiques, militaires, agricoles, ont également en vue l'enseignement, l'école et la diffusion des idées nouvelles. Ils affectionnent, toujours, la forme d'entretiens portant sur la morale, sur la justice, sur le gouvernement, sur les questions sociales, sur les vertus républicaines. Beaucoup, il faut le reconnaître, ceux qui s'adressent au cultivateur surtout, sont conçus dans un esprit assez élevé. Après l'almanach galant, l'almanach instrument de propagande et de moralisation. Si, sous le Directoire, l'empire de la beauté et les charmes de la sensibilité reprennent leur influence ; si Paul et Virginie est mis en almanach ; si les Incroyables, les Merveilleuses, les Inconcevables, les Raisonnables prennent place, dans les in-3s, concurremment avec toutes les folies du jour, il n'en est pas moins vrai que ces deux tendances, la propagande et la vulgarisation, se retrouveront, sans cesse, à certaines périodes déterminées de notre histoire moderne.
Mais la Révolution ne se contenta pas de modifier l'esprit général des anciennes publications; il est un point, capital, celui-là, sur lequel elle fit table rase des usages admis, le calendrier. La réforme officielle, due à la Convention Nationale, fut le germe de toute une série d'almanachs nouveaux, imbus des idées philosophiques, ou inventés par des cerveaux déséquilibrés. Dès 1788, Sylvain Maréchal avait publié son Almanach des Honnêtes Gens, daté « l'an premier du règne de la Raison, » et appelé ainsi parce que, aux noms des saints et saintes du calendrier grégorien, se trouvaient substitués des noms d' a honnêtes gens », « dans le but, pensait l'auteur,de rapprocher au moyen d'un lien commun de fraternité, tous les habitants de la terre divisés entre eux parles religions. » Plus tard , d'autres donnèrent aux mois les noms des grands hommes, et remplacèrent les saints par des députés (voir le Nostradamus moderne, n°988). Voilà une idée qui ne nous viendrait plus, aujourd'hui. Certains aussi, personnifièrent les grandes divisions de l'année au moyen de qualifications
L'ALMANACH A TRAVERS LES AGES XLV
génériques, telles la Loi (c'était janvier) ; le Peuple (février) ; les Époux (avril), etc. Mais, chose inconnue, ce genre de calendrier ne datait, en vérité, ni de Sylvain Maréchal, ni de la Convention ; le véritable inventeur, à qui je considère comme un devoir de rendre, ici, publiquement justice, était l'auteur des Heures nouvelles à Vusage des Magistrats et des bons Citoyens (1776), dans le calendrier duquel prenaient place des évêques, des graveurs, des historiens, des horlogers, des ministres, des imprimeurs, des jurisconsultes, des littérateurs, des orfèvres, des médecins, des philosophes, des rois, des savants, et même, chose assez hardie pour l'époque, des comédiens. Quoi qu'il en soit, ces calendriers de fantaisie ne survécurent pas à la publication de l'almanach lui-même, alors que le calendrier révolutionnaire officiel devait se rencontrer, dans nombre de publications, jusque vers l'an XIV (1).
Combien multiple l'almanach du xixe siècle ! Et c'est cette variété même qui constitue son intérêt. Il a emprunté de tout aux siècles précédents, ayant des recherches d'élégance, visant à un style particulier durant le premier Empire et la Restauration, popularisant dans les campagnes les idées ou les créations nouvelles, telles les caisses d'épargne, les assurances, la coopération, les programmes socialistes, les chemins de fer, servant de pamphlet pour ou contre les idées libérales, pour ou contre l'influence jésuitique : aujourd'hui, républicain-démocratique; demain, napoléonien ou monarchiste de droit divin. En fait de chansonniers, il laissera une production considérable; en fait d'annuaires, il a multiplié ce genre dans des proportions telles que, parvenu à l'an de grâce 1895, on est en droit de se demander si les escarpes, les rouleurs et les rouleuses du pavé parisien, n'auront pas, eux aussi, demain, leur annuaire.
Pénétrons plus avant dans cette production, et cherchons à esquisser les physionomies des genres et des époques.
Sous le premier Empire et sous la Restauration, les almanachs à figures, encore fort nombreux, abandonnent peu à peu le burin et l'eauforte, et se cantonnent dans le pointillé anglais, bien certainement la chose la plus grise, la plus terne, qu'il soit possible de voir. Les autres, je veux dire les publications de colportage, perdront leur élégance relative, comme typographie surtout, préparant ainsi la voie aux
(1) Le calendrier républicain s'ajouta, alors, à une foule de publications qui n'avaient rien de l'almanach. On le trouve, ainsi, à la suite de la plupart des nombreuses « Constitution française » qui se publiaient dans le format in-32 ou in-64.
horribles petits volumes qui, des années durant, répandront à flots, les mêmes mauvais vers, les mêmes horribles calembours, les mêmes historiettes privées de tout sel. S'ils conservent un frontispice, d'un par tradition, par habitude, ce sera une vignette au coloris grossier, tirage tellement primitif, qu'on hésite un temps avant de se prononcer sur la nature de l'œuvre, avant de pouvoir définir si l'on a devant soi un bois ou quelque cuivre fortement usé.
Le colportage monte et bientôt envahit tout, avec ses éditeurs attitrés encore plus nombreux qu'au siècle dernier.
Jusqu'en i83o, c'est, toujours dans les vieilles boutiques de leurs prédécesseurs, Tiger, rue du Petit-Pont, qui s'intitule tantôt imprimeurlibraire, tantôt rédacteur et éditeur, Tiger qui aura bientôt pour successeur Demoraine et Boucquin ; Montaudon, successeur de la veuve Quillau, rue Galande; Caillot, rue du Hurepoix, puis rue Pavée Saint- André; Stahl, rue St-Jacques; Aubry, au Palais de Justice; Marcilly, rue St-Julien-le-Pauvre, faisant à la fois, le luxe et le colportage; Jourdain, quai des Augustins; Delarue, quai des Grands-Augustins, qui inondera Paris $ Etrennes annuelles (i). — Et après i83o, Gauthier, rue du Marché-Neuf, près le pont Saint-Michel, et son successeur; Derche, Desloges, rue St-André-des-Arts; Krabbe, rue Dauphine ; Passard, rue des Grands-Augustins; Vieillot, rue N.-D. de Nazareth; Durand, rue Rambuteau, jusqu'à ce que Pagnerre, en créant le grand dépôt de tous les almanachs, donne au colportage un centre dont la maison Pion fera, par la suite, un véritable royaume.
De ci, de là, dans la production illustrée qui se respecte encore, quelques réminiscences de la belle époque, Les Secrets de V Amour dévoilé (1802), Les Costumes des Dames Parisiennes (i8o3), Les Délices de Paris (i8o3), LAlmanach des Modes et de la Parure (i8o5), Le Bijou de V Amour (1807), La Clef des Cœurs (1807), mais, après 1810, on ne trouverait plus trace des anciens bijoux. Et comme tout cela est lourd, empâté; comme tout cela indique bien que le secret de ces jolies choses est à jamais perdu.
(1) Mentionnons, ici, à partir de 1825 jusqu'en 1845, les Etrennes mignonnes, astronomiques et géographiques, les Etrennes Astronomiques et Géographiques, les Etrennes sans pareilles de Falaise, les Etrennes Mignonnes, véritable trésor des marins, les Etrennes Militaires, les Etrennes désirées des Français, les Etrennes morales et religieuses, les Etrennes intéressantes des cinq parties du monde, les Etrennes d'Or ou la Quintessence des Etrennes, La perle des Etrennes, ou le Messager de la Cour, les Nouvelles Etrennes Royales, le Petit Théâtre de l'Univers, — toutes dans le classique format in-32, et dans le goût typographique des publications similaires du xvme siècle, ayant, en guise de frontispice, des cartes ou des planches de portraits et d'images populaires se dépliant.
LALMANACH A TRAVERS LES AGES
Le triomphe est pour certaines publications spéciales d'une allure tout à fait particulière, une sorte de xvinc siècle, mis à la portée des idées et des goûts du jour; les Almanach des Dames, avec leurs
petits portraits en buste, — les Ménestrels, — les Troubadours, — les Chansonnier de la Cour et de la Ville, — les Chansonnier de Mars et de l Amour, — les Almanach dédiés aux Dames ou aux Demoiselles, — les Hommage aux Dames ou aux Demoiselles, — les Chansonniers, dédiés aux mêmes, — les Guirlande des Dames, — les Corbeille de Roses, — les Abeilles,— les Lyres, aux sons et aux soupirs particuliers , qu'elles soient dédiées aux dames ou consacrées aux théâtres ; — les Luth, — les Romanciers, toujours « des dames » ou des « demoiselles»;— les Pèlerin, — les Échos des Bardes, — et bien d'autres types ou collections, sans compter toute la série des « Fleurs » et des « Bouquets » : Fleur de myrte,la Rose et V Immortelle, le Lys et la Violette (almanach politique, cela va de soi), les Bouquets de roses, de pensées, de camélias, de violettes. Il y aura des recueils entiers sur les roses ; l'on verra même apparaître Y Almanach de VHortensia. Jamais encore la fleur naturelle, quelque peu réléguée à l'arrière-plan au siècle précédent, tout occupé à cueillir d'autres fleurs, n'avait joui d'une telle popularité.
Même chose pour la nature, débordant alors de toutes parts, dont les almanachs chanteront les charmes, les douceurs, les spectacles, les chefsd'œuvre incomparables. Conséquence de l'influence exercée sur les idées par Rousseau et Bernardin de St-Pierre (i).
Ajoutez à cela les publications qui subissent l'influence musicale, — encore une chose ignorée des générations précédentes, sous cette forme tout au moins, — le Grétry des Dames, le Petit Favart, le Rossini
Frontispice de l'almanach Le Chansonnier du Jour (Premier Empire).
(i) Ces qualificatifs se lisent sur les titres cTalmanachs publiés de 1S02 à 18 10.
xlvih
français, le Mozart des Dames, le Petit Boïeldieu, la Dame blanche, célèbre comme opéra comique et comme omnibus ; puis toute la série des chansonniers et des recueils de sociétés bachiques, — une vraie pluie — Caveau, Nouveau Caveau, Caveau Moderne, Enfant lyrique du Carnaval, Soupers lyriques. Dîners du Vaudeville, Soupers de Momus, Soirées de Momus, Giboulées de Mars, les chansonniers multiples des Variétés ou du Vaudeville, tout cela avec des frontispices, avec une petite vignette gravée sur le titre, servant également d'illustration à une chanson du recueil, tout cela avec des couplets et des rondes d'Armand GoufTé, de Brazier, de Charles Malo, de Désaugiers, de Ducray-Duménil, de Jacquelin, Ourry, Piis, etc., puis les Almanachs des Gourmands, auxquels on répondra par VAlmanach des Affamés-, et enfin, les almanachs de modes, inaugurés en i8i5, avec les dessins au coloris si délicat d'Horace Vernet, constituant, à côté des recueils sur le théâtre : Etrennes dramatiques, Théâtre des Dames, Musée des Théâtres, Abeille des Théâtres, une des particularités du jour, et vous aurez la caractéristique exacte de ce premier quart du siècle, qui, lui aussi, Napoléon régnant, eut la manie des Annuaires officiels, des Indicateurs et des Etrennes donnant les noms des gens en place . Il convient d'ajouter que la plupart de ces almanachs se remarquent aussi par leur aspect extérieur. Si le maroquin est encore couramment employé pour les petits calendriers de la Cour, tous les autres, in- 1 8 ou in-32, se présentent cartonnés, avec des emboîtages également de carton, recouverts de papiers de toutes couleurs : rose, bleu, vert, gris, jaune, et sur lesquels courent tantôt des figures, femmes ou amours, tantôt des ornements, roses, papillons, oiseaux, cygnes, tantôt des compositions gouachées se détachant sur des fonds blancs et qui présentent, quelquefois, un véritable intérêt documentaire au point de vue des mœurs ou des modes. D'autres sont reliés en étoffe, principalement en velours, alors l'indicateur suprême de la richesse; d'autres encore montrent, sous
En-têtes de pages de Souvenir et de calendrier (Restauration).
L ALMANACH A TRAVERS LES AGES
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