ALMANACH NOUVEAU DE L'AN PASSÉ OU ALMANACH PUCE, où
XVIIIe SIECLE
l'on annonce les choses arrivées et qui arriveront encore; ouvrage curieux et profond, proposé par souscription [Épigraphe : ] Transcurramus solertissimas nugas, (Senec. épist. 117). || A Genève, et dans tous les pays où l'on imprime. [Paris, 1785 et 1786.] 2 années. In-18.
Les 2 années de ce recueil de contes en prose et en vers, (La Folle de Saint-Joseph; Les Amours du Pervertisseur ; L'Origine des Truffes,) de bons mots, charades et petites affiches d'un genre original, — le tout satirique, libre et assez spirituel — sonttomées n" I et n° 2. D'après le comte d'Ideville, Vasselier en serait l'arrangeur.
Au verso du titre se trouve l'avis suivant : « Cet ouvrage périodique paroîtra régulièrement tous les premiers jours de l'année. On s'abonnera chez les libraires qui débitent les Nouveautés. Conditions de l'abonnement. On paiera 40 sous en recevant le premier volume broché; et on continuera ainsi en recevant tous les autres. » — Préface : « J'avais la fureur de faire un livre, je voulais être auteur. D'abord mon génie me portait à tout ce qu'il y a de plus élevé ; malheureusement, le grand Dictionnaire de l'encyclopédie était fait; et de tous les sujets importants ou sublimes que mon imagination put me présenter, je n'en trouvai aucun qui n'eût déjà été traité par d'excellentes plumes ; j'aurais jeté la mienne, si ma considération et mon attachement pour le public ne m'eussent fait une loi d'écrire. J'en avais contracté intérieurement l'engagement avec lui, c'était une dette; et ma conscience m'aurait reproché ce vol fait à ses plaisirs ou à son instruction. J'ai donc écrit un
Almanach. Mon livre sera court, mais précieux; et peut-être la plupart des plus grands ouvrages eussent-ils gagné à n'avoir que cette forme-là. »
D'autre part, une préface en tête du tome 2 s'exprime ainsi : « Tout le monde sait que je suis mort l'année dernière, mais qu'un faiseur d'Alma» nachs se survit à lui-même, témoin Jean Moulti Mathieu Laënsberg, je continue donc à vous instruire des choses qui sont arrivées et de celles qui arriveront. »
Et sur ce, V Almanach Puce part en guerre contre les manies et les travers du jour. « On veut paraître instruit » dit-il, « c'est le ton. Un jeune homme sort-il du collège? il faut qu'il soit dans la même année, Peintre, Chymiste (sic), Musicien, Botaniste, Architecte, Décorateur, Agronome, Médecin, c'est-à-dire qu'il doit savoir le jargon de tous les arts et en parler à tort et à travers. »
Quant aux prédictions, elles sont bien dans l'esprit du temps. Jugez -en plutôt : « Ménages d'inclination, peu. — Ménages de calcul, beaucoup. — Epoux mécontens, trop. — Plaisirs à la cour, festins en ville, danses dans les villages, masques, partout. »
Je n'ai pu découvrir le motif qui fit appeler ce
volume : Almanach Puce. Un instant, j'avais pensé que c'était en raison de la couleur de sa couverture, mais plusieurs exemplaires broché m'ont passé dans les mains, revêtus d'un papier rose. Telle n'est donc point la vraie raison.
[B. N. Il B. Carn.]