‹ Les almanachs françaisChapitre 89 sur 521 · ALMANACH DES MUSES · texte numérisé non relu

ALMANACH DES MUSES

« C’est une corbeille de fleurs poétique, que Frère- Quêteur au Parnasse offre tous les ans au public. On appelle ainsi le rédacteur, parce que pendant toute l’année il sollicite les faveurs

des enfans d'Apollon, qui contribuent de leurs travaux à former son recueil et son patrimoine. Il vit de quête.

« Frère-Quêteur prend et entasse au hasard toutes ces fleurs, sans assortir les couleurs ; il en compose un énorme bouquet, à peu près comme le fait un paysan mal-adroit à la fête de son bailli, puis il le jette au nez du public la veille du jour de l’an. Les fleurs vives, les fleurs pâles, les fleurs inodores, les fleurs odoriférantes, les orties mêmes y sont mêlées indistinctement. Mais qu’importe au rédacteur ? Son bouquet n’est-il pas fait ?

« On s’occupe de ce recueil les quinze premiers jours du mois de janvier ; puis, semblable à certains insectes éphémères, il pâlit et disparoît.

« Rien ne prouve mieux combien il y a de petits talens à Paris que cette foule prodigieuse de petits vers. Plusieurs petites réputations se contentent

d’y briller une fois l'an ; et comme ces auteurs ont de l'esprit pour le premier janvier, ils persuadent facilement leurs petites coteries qu’ils en ont ou peuvent en avoir toute l’année.

a Il y a des tics littéraires qu’il est si facile d’imiter, qu’ils deviennent épidémiques. C’est ce qu’on remarque en lisant cet almanach, composé par tant de plumes différentes ; c’est une couleur, un ton uniformes. Vous jureriez que la moitié du livret est de la même main. On y apperçoit (sic) le même tour, la même manière, la même prétention à l’esprit ; et jusqu’au choix des mots et des images, tout vous répète l’accent du persifflage à la mode.

« Tout auteur veut y paraître libertin, léger, quoique souvent il ne soit ni l’un ni l’autre. Ces poètes parlent des ris, des jeux et des grâces, qu’ils n’enchaînent que dans leurs hémistiches. Ils vous entretiennent de leurs fêtes et de leurs plaisirs, sans vous donner envie d’y assister ; car tout en disant aux autres, allons, mes amis, rions, chantons, abandonnons la gloire pour les beaux yeux de nos maîtresses, leur visage s’alonge (sic) et fait la moue.

« On pourrait dire à ces muses grimacières ce qu’un homme disoit à une femme qui faisoit des mines : trompeuse , tu mens au rire.

« Ce recueil annuel et inégal, est suivi de petites notices sur les ouvrages de poésie et de théâtre, bien tranchantes, bien courtes, et toujours vuides d’esprit.

« Ce rédacteur est de plus compilateur de son métier, n’importe de quoi. Il va louant sa plume à tout journaliste pressé, ainsi qu’un manœuvre va cherchant un maître maçon. C’est l’emploi de ces écrivailleurs qui, bientôt désespérés de leur radicale impuissance, se font jugeurs ».

La peinture en est vive et quelque peu cruelle, surtout si l’on songe qu’il s’agit ici de Y Almanach des Muses d’avant la Révolution. Qu’aurait dit Mercier aux approches de 1820, alors que le pauvre « Almanach » n’était plus que l’ombre de lui-même. Reconnaissons du reste que les écrivains du premier Empire et de la Restauration, Jouy notamment, ne furent pas plus tendres pour cet ancêtre de la poésie.

Pour ce siècle voir les années 1820, 1821 et 1822 avec poésies de Casimir Delavigne, Désaugiers, Lamartine (Le Lac), Legouvé (La mort de Laocoon), Saintine, l’année 1823 avec La Fille d'Otaïti de Victor Hugo, l’année 1824 avec Le Papillon de Lamartine et plusieurs pièces de L. Halévy, l’année 1825 qui donne Les funérailles de Louis XVIII et l’ode sur le sacre de Charles X par Victor Hugo, enfin l’année l83o avec nombreuses poésies de V. Hugo, Alex. Dumas, Lamartine, Saintine.

L’almanach se vendait 2 livres [quelques années I liv. 10 sols] Il fut fait, pendant plusieurs années,un tirage à 5oo exemplaires sur Hollande lesquels, se vendaient, brochés, 4 livres. Par la suite l’éditeur annonça les prix suivants pour un ensem-

ble de volumes : les l5 premières années (1765- 1779) pouvaient être achetées pour 19 livres 16 sols; les 20 premières années ( 1765— 1 7S 5) 27 livres 10 sols ; les 3o premières années 54 livres. L’année 1784 en indiquant les prix des 20 volumes parus à ce moment, nous apprend qu’il y avait des collections en maroquin, en veau fauve doré, en veau écaille doré, en veau rouge sur tranches, lesquelles valaient de 80 à 40 livres.

Voici, d’autre part, quelques plaquettes se rapportant à cette volumineuse collection.

1. Pièces échappées aux seize premiers volumes de l’ Almanach des Muses (recueillies par Sautereau de Marsy). Paris, 1781. In-12.

2. La Pantoufle d’Apollon ou Examen critico-comico-impartial du plus élégant des volumes de la Bibliothèque bleue vulgairement appelé Almanach des Muses, avec des gravures en tailledouce, si fines qu'elles ne seront visibles qu’aux yeux de l’imagination, par un commerçant d’ouvrages d’esprit. A Bibliopolis, chez les march. de nouv., rue de la Critique, 1781. Petit in-12.

C’est la critique de plusieurs pièces contenues dans Y Almanach des Muses pour 1781.

3. Dialogue entre Y Almanach Royal et Y Almanach des Muses, 1781.

Consulter également « Esprit de Y Almanach des Muses depuis sa création jusqu'à ce jour» (par René Allisson de Chazet). Paris, Chaumerot. S. d. 2 vol. in-18.

[Collection complète en bonne reliure, de 5o à 60 fr. Quelques années séparées (A. 1793, 1825, i83o), de 5 à 10 fr.

[B. N. Années 1765 (réimpression), 1788, 1820 à 1826.]

378. — ALMANACH DU WHISK (sic), ou Traité du Jeu du Whisk, contenant les Loix de ce Jeu et des Règles pour le bien jouer par Edmond Hoyle. Traduit del’Anglois. [Nouvelle Edition, revue, corrigée, augmentée.] || A Amsterdam, Et se trouve à Paris, chez Musierfils, Libraire, Quaides Augustins, au coin de la rue Pavée. Et chez Fournier, Libraire, rue du Hurpois, à la Providence. M.DCC.LXV.

In-24.

Le titre de départ porte : « Traité du Jeu du Whisk » et la page est numérotée II. L’introduction du volume a été remplacée par un calendrier.

En somme, c'est la mise en vente sous forme d’almanach d’un traité relatif à ce jeu spécial, qui a dû paraître déjà antérieurement. On se contentait de changer le calendrier.

[Coll, de Bonnechose.]

379. — ALMANACH ICONOLOGIQUE pour l’année 1765 orné de figures avec leurs explications par M. Gravelot [et Cochin] (1). Il A Paris, chez Lattré graveur, rue St-Jacques, à la Ville de Bordeaux, (1766-1781 : 17 années). In-24.

Le texte de cette intéressante suite est également entièrement gravé. Il y a un frontispice général et un portrait de Gravelot en tête de l'année 1765. Le frontispice porte : « Iconologie. Première

suite des Arts, dédiée à M. le Marquis de Marigny, conseiller du Roi... par ses très humbles et très obéis, serv. Gravelot et Lattré ». Indépendamment de cela, chaque année contient un titre gravé, 12 figures et 1 calendrier, à l’exception toutefois, de l'année 1766 qui forme deux parties ayant, la première 12 figures, la seconde 8. Les titres des dix premières années sont différents : à partir de l'année 1770 le même titre sert jusqu’à la fin. Au total 12 titres et 204 figures.

Les dessins de Gravelot et de Cochin ont été gravés par Aliamet,Baquoy, Choffard, Duclos, Duflos. Gaucher, de Ghendt, Godefroy, Halbou, Ingouf, de Launay, Legrand, Lemire, Le Roy, Leveau, Lingée, de Longueil, Masquelier, Massard, Née, Nicollet, Ponce, Mme Ponce, Prévost, Rousseau, de Saint-Aubin, Simonet, Vauvillé.

Voici, d'autre part, les titres des figures de ces 17 années ou parties :

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