Proc, Soc. Psych. Research
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il arrive, avec un peu d'exercice, à sentir le mouvement et à en deviner la nature; mais c'est là une modification du phénomène qui résulte de ce que le sujet y applique son attention; dès les premières expériences, il ne perçoit rien, et il y a des personnes qui, quoi qu'elles fassent, n'ont jamais rien perçu. En revanche, le sujet éprouve une sensation subjective assez bizarre; il lui semble, dit-il, que c'est l'instrument, la planchette qui est animée d'un mouvement spontané et entraîne sa main; le mouvement est parfois accompagné de sensations tactiles douloureuses qui rendent Texpérience fort peu attrayante.
Ajoutons encore quelques détails pour compléter la physionomie du phénomène. Dans la forme où l'expérience a été faite par Gurney, le sujet qu'on vient d'éveiller ne cherche point à mettre la main sur la planchette ou à prendre un crayon, comme il le ferait certainement s'il obéissait à une suggestion précise, si par exemple on lui avait dit : « A votre réveil, vous ferez ceci ou cela. » Il ne fait preuve d'aucune spontanéité; c'est passivement, sans savoir ce qu'on lui veut, qu'il se laisse mettre la main sur l'instrument, et pendant que l'écriture se trace, son moi normal s'en désintéresse complètement; il ne prête ni attention, ni bonne volonté à la petite opération qui s'accompht. C'est dire qu'à ce moment il est dans un état de dédoublement; en lui sont deux personnes, l'une qui est la personne normale, qui cause avec les assistants, et l'autre qui écrit; la première ne s'occupe pas de ce que fait la seconde.
C'est un état de dédoublement, disons-nous; la division de conscience, en effet, se rapproche beaucoup de celle que nous avons étudiée dans les précédents chapitres; tous les cas ont ceci de commun qu'un ensemble de phénomènes psychologiques bien coordonnés entre eux et se suffisant, font bande à part et vivent en dehors de la conscience normale ; ces consciences secondaires, chez les somnambules naturels, n'arrivent au premier plan que lorsque la conscience principale s'efface; la condition seconde suc-
cède à la condition prime : il y a alternance; ici, il y a coexistence; en un même moment, les deux consciences vivent côte à côte.
Gurney s'est d'abord attaché à montrer que c'est bien la vie somnambulique qui survit au sein de la vie normale rétablie, et pour cela il a observé que si on remet le sujet en somnambulisme après l'expérience de l'écriture, il se rappelle non seulement les mots qu'il a écrits, mais encore il peut dire qu'il s'est servi de la planchette et qu'il a effectivement écrit ces mots-là. La mémoire relie donc les deux états et en démontre l'unité psychologique.
Un autre soin de Gurney, en relatant ces curieuses expériences, a été de reconnaître que le phénomène de mémoire attesté par l'écriture automatique n'a point le caractère d'une répétition machinale et inintelligente. En général, il est vrai, l'écriture automatique répète fidèlement la phrase dite au sujet pendant le somnambulisme, et même si on l'a interpellé par son nom, en lui disant la phrase, le nom est reproduit comme le reste; mais l'emploi de certains artifices d'expérimentation montre la part de l'intelligence dans ces phénomènes d'écriture.
Ainsi, il est possible de dicter au sujet en somnambulisme plusieurs chiffres, en le priant de faire l'addition; puis, si on le réveille brusquement après, sans lui avoir donné le temps de terminer son calcul, il le termine à l'état de veille quand on lui met la main sur la planchette; on peut aussi lui faire exécuter des calculs plus compliqués, lui demander par exemple combien il y a de lettres dans telle phrase, et le forcer encore à faire le calcul après son réveil, etc.
Nous avons placé les observations de Gurney dans ce chapitre, où il n'est question que d'hystériques, parce qu'il est facile d'en reconnaître l'exactitude en étudiant les hystériques; mais il importe d'ajouter que Gurney n'a point étudié spécialement et uniquement ce genre de malades. Les personnes qui se sont prêtées à ses expériences sont, à ce qu'il prétend, des personnes en bonne
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santé; cest une affirmation que les auteurs anglais font souvent; ils sont très discrets et très réservés quand ils parlent de leurs sujets, et semblent craindre souvent d'appliquer le nom d'hystérie à des personnes qui cependant ont notoirement des crises de nerfs. Il n'importe. Nous ferons remarquer à cette occasion, que les hystériques ne sont pour nous que des sujets d'élection, agrandissant des phénomènes qu'on doit nécessairement retrouver à quelque degré chez une foule d'autres personnes qui ne sont ni atteintes ni même effleurées par la névrose hystérique.
L'importance des résultats obtenus par Gurney est augmentée par ce fait que ce savant auteur est arrivé le premier en Angleterre à reconnaître le dédoublement de la personnalité qui se réalise chez l'hypnotisé, et qu'il a fait ses recherches sans avoir connaissance de celles qui ont eu lieu en France à peu près vers la même époque \
Le propre des expériences de Gurney est de consister dans une exploration de la mémoire d'une personne à laquelle on n'a adressé aucune suggestion spéciale. Par le procédé déhcat et ingénieux de l'écriture automatique, le psychologue anglais a montré la persistance à l'état de veille des états somnambuliques.
Arrêtons-nous un moment devant cette situation psychologique, car c'est la première fois que nous la rencontrons; la personne en expérience est revenue à l'état de veille; elle a retrouvé son moi normal, elle a repris l'orientation ordinaire de ses idées; en elle survit, sans qu'elle en ait conscience, un reste de la vie somnambulique qu'elle vient de franchir. C'est une collection de phénomènes psychologiques qui restent isolés de sa conscience normale, et qui cependant sont doués de conscience; ils forment une petite conscience à côté de la grande, un petit point lumineux à côté d'un grand foyer de lumière. Cet exemple doit servir de transition entre les études qui nous ont occupé jusqu'ici, et celles qui vont remplir la deuxième
1. Myers, The work of Edmiind Gurney, Proceedings S. P. R., décembre 1888, p. 369.
partie de ce livre. Nous connaissons la succession régulière des personnalités, leur alternance dans les somnarnbulismes naturels et dans les somnambulismes hypnotiques; nous venons de voir que cette succession peut faire place à une coexistence; le moi somnambulique, la condition seconde ne s'efface pas toujours complètement, au moment du retour de la veille; ces états peuvent survivre, coexister avec la pensée normale et donner lieu à des phénomènes complexes de division de conscience.
Nous allons maintenant étudier les personnalités coexistantes. Abandonnant les précédentes recherches sur le somnambulisme, nous allons envisager le sujet à l'état de veille, et décrire les procédés capables de montrer les divisions de conscience qui se font en lui.