‹ Les alterations de la personaliteChapitre 20 sur 119 · Pitres, op. cit., p · texte numérisé non relu

Pitres, op. cit., p

remment; quand il regarde dans la boîte, avec ses deux yeux ouverts, il voit les deux points, celui de droite et celui de gauche; il voit donc avec les deux yeux.

Pour expliquer ce fait d'observation, qui, si étrange qu'il paraisse, est cependant tout à fait exact, quelques auteurs ont eu recours à une hypothèse anatomique. Ils ont supposé qu'il existe dans Técorce cérébrale des centres visuels de deux sortes; il y en a deux qui sont monoculaires, c'esl^ à-dire qui sont en rapport avec la vision par un seul œil; et il y en a un troisième qui est binoculaire, c'est-à-dire qui est spécial à la vision simultanée et combinée des deux yeux. On a admis que chez les hystériques qui ne perçoivent pas exactement les couleurs avec un seul œil, le centre monoculaire d'un œil ou de chacun des deux yeux est atteint; mais, si le malade emploie les deux yeux, un autre centre de vision, le centre binoculaire, entre en action; et comme ce centre-là n'est pas altéré, la perception des couleurs se fait exactement.

Il est inutile de discuter longuement une hypothèse anatomique, qui est en contradiction avec tout ce qu'on sait sur l'anesthésie hystérique du tégument; l'anesthésie de la rétine, qui n'est en somme qu'une partie du tégument devenue sensible à la lumière, ne peut pas se produire par un autre mécanisme que l'anesthésie du reste du corps. D'ailleurs, quelques expériences directes ruinent complètement la prétendue distinction des centres monoculaires et binoculaires. En voici deux, qui suffiront. Si on place devant l'œil le plus anesthésique d'une hystérique (l'autre œil étant fermé), une échelle de caractères typographiques, à une distance où cet œil ne peut plus les hre, il suffit souvent de mettre un crayon dans la main du sujet pour que cette main écrive, à l'insu du sujet, certains mots de l'échelle. L'emploi de l'écriture automatique montre donc que quoique réduit à son prétendu centre monoculaire le sujet continue à percevoir les lettres; l'ouverture de l'autre œil ne fait que rendre celte perception consciente.

Autre exemple. On a donné par suggestion une cécité mo-

l'insensibilité des hystériques J2i

nocLilaire à une hystérique, on a supprimé pour elle la vision de l'œil droit. On ferme l'œil gauche de la malade, on place devant son œil droit un livre, et bien qu'elle affirme qu'elle ne voit rien, le crayon placé dans sa main reproduit les mots du livre. Gomment cette écriture automatique serait-elle possible si le centre de vision monoculaire, qui seul est appelé à fonctionner dans cette expérience, était paralysé?

Une autre hypothèse, d'un genre tout différent, a été faite il y a quelques années par M. Bernheim \ Cette seconde hypothèse, disons-le tout de suite, nous paraît être beaucoup plus près de la vérité que la première. M. Bernheim a nettement saisi que la cause de Tanesthésie rétinienne est psychique ; or toutes les études que nous avons rappelées sur l'anesthésie hystérique aboutissent à la même conclusion; quelle que soit sa forme, quel que soit son siège, l'anesthésie hystérique est de nature psychique.

Malheureusement l'auteur que nous citons n'a point clairement exprimé sa pensée; peu famiUarisé sans doute avec le langage de la psychologie, il emploie des termes confus, parfois contradictoires, sur lesquels nous jugeons inutile de nous appesantir; l'essentiel, en somme, c'est qu'il a répété quelques-unes des expériences citées, et qu'il est arrivé à cette conclusion importante que l'hystérique voit et perçoit, sans en avoir conscience, dans certaines circonstances où toute perception paraît abolie. A ce titre les expériences de M. Bernheim et sa théorie méritent une mention.

Nous ne quitterons pas cette question complexe, dont nous avons à dessein simplifié un peu les difficultés, sans indiquer avec précision le point obscur, qui appelle des recherches nouvelles. Ce qui paraît acquis c'est que, dans un certain nombre de cas au moins, l'anesthésie de la rétine est une anesthésie par perte de conscience; mais il reste à comprendre comment une perception qui ne se fait que d'une façon subconsciente pendant la vision monoculaire peut devenir consciente pendant la vision binoculaire.

1, De Varnaurose hystérique et de Vamaurose suggestive. Revue de Thyp., 1886, 63.

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