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CHAPITRE V

LES SUGGESTIONS A POINT DE REPÈRE INCONSCIENT (suite) LA MESURE DU TEMPS

Suggestions à longue échéance. — Nécessité d'une mesure du temps. — Inconscience du sujet. — Discussions. — Explication proposée par M. Bernheim. — Expériences de M. Pierre Janet : c'est le personnage subconscient qui calcule le temps.

Nous avons à décrire maintenant les suggestions d'acte à longue échéance, opérations dans lesquelles on trouve un nouvel exemple de dédoublement mental. L'étude que nous venons de faire sur les hallucinations visuelles nous permettra, malgré sa brièveté, d'être encore plus bref sur cette seconde question; car en réahté les deux phénomènes sont calqués l'un sur l'autre. Ce sont tous deux des suggestions à point de repère inconscient.

Les suggestions à échéance fixe sont de deux genres. On peut d'abord donner à la personne hypnotisée l'ordre d'exécuter une suggestion après son réveil, et à une échéance marquée par un signal, comme lorsqu'on lui commande de dire telle parole à M. X..., quand elle le rencontrera; nous n'avons pas à nous occuper ici de ce genre de suggestion. Dans un second genre de suggestions, l'échéance n'est point marquée par un événement extérieur, mais par un certain laps de temps; le sujet doit commettre tel acte,

éprouver telle hallucination dans cinq minutes, dans treize jours, dans un mois. Ainsi, on commande à une personne en somnambulisme de revenir au bout de quinze jours : le jour dit, à l'heure dite, elle revient. On s'est plu, pour augmenter le caractère merveilleux de l'expérience, à allonger indéfiniment le délai; on l'a étendu même à une année; mais cette variante, qui prouve simplement la ténacité de la mémoire du sujet, ne complique pas beaucoup la suggestion, et il est aussi difficile de comprendre comment le sujet se rappelle l'échéance de quinze jours que celle d'une année entière.

Précisons bien la difficulté. En quoi consiste-t-elle? En ceci : d'une part, on impose au sujet un acte qu'il ne peut accomphr correctement que s'il mesure le temps; et d'autre part, si on cherche à pénétrer dans sa conscience, quand il est sous l'empire de la suggestion, on constate que non seulement il n'a aucune préoccupation relative à cette mesure du temps, mais encore il a complètement oubhé la suggestion. On lui dit de faire un acte dans quinze jours; réveillé, il ne se souvient de rien, et cependant, dans quinze jours, l'acte sera fait.

M. Bernheim a fait une première tentative d^explication; cette mesure du temps, dit-il en substance, a lieu consciemment; de temps en temps, le souvenir de la suggestion est revenu dans la conscience, et de temps en temps le sujet a compté les jours écoulés, mais ce calcul a été fait rapidement et ensuite oublié. Le sujet ne se souvient plus qu'il s'est souvenu \ La supposition est intéressante; malheureusement elle ne concorde pas exactement avec les faits. Bien des sujets, si on les interroge soigneusement avant l'échéance de la suggestion, ne peuvent absolument rien en dire; jusqu'au moment où elle se réahse, la suggestion leur est inconnue; elle reste dans une nuit complète, elle n'est point éclairée d'une manière intermittente, comme le suppose M. Bernheim. Il y a là non pas un

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