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Beaunis, Les Sensations internes, p

L’ÉCRITURE AUTOMATIQUE CHEZ LES HYSTÉRIQUES 1" phénomènes subconscients, capables d’envahir le moi normal et même de l’effacer *. Nous avons vu que si pendant un état de distraction on excite un peu le personnage subconscient, la personne normale s’endort, et le personnage subconscient passe au premier plan, ce qui amène le somnambulisme. Il se produit ici un fait du même genre. Si on oblige une hystérique à penser à une série d’idées, pendant qu’à son insu l’écriture automatique se manifeste et traduit tous ses états de conscience, il arrive un moment où la malade s’arrête avec inquiétude; elle sent fuir les idées qu’elle vient d’évoquer, elle en perd la conscience nette; si c’est à un calcul mental qu’on l’a occupée, elle s’embrouille au milieu de ses chiffres, ne se les rappelle plus, et se déclare incapable de trouver le nombre total, alors que l’écriture automatique, qui, elle, n’a rien oublié, écrit le nombre sans hésitation. Le subconscient, dans ces expériences, s’étend sur le terrain de la conscience principale, et accapare quelques-unes de ses idées; facilement, il pourrait les accaparer toutes et amener le somnambulisme.

Il faut, pour rester fidèle aux faits, élargir un peu la description de ce que nous avons appelé l’écriture automatique. Ce terme, depuis longtemps consacré par l’usage, mais fort incolore, ne peut s’appliquer qu’à une catégorie restreinte de mouvements, aux mouvements graphiques ignorés de la conscience principale. En réalité, ce ne sont pas les seuls qui peuvent se produire dans les conditions que nous avons fixées. Les sensations, les idées, les états de toutes sortes qui se produisent dans la conscience principale peuvent amener dans la conscience secondaire un très grand nombre de mouvements variés. Si l’écriture se produit pour enregistrer ces

i. Voir chap. v, p. 138.

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états, c’est parce qu'on a mis un crayon dans la main, ou pour une autre raison analogue. Rien n’est plus facile que de modifier la forme de l’enregistrement, car elle dépend en grande partie de l’attitude donnée au membre insensible ou de l’appareil enregistreur qu’on met en contact avec lui. Plaçons dans la main insensible un tube de caoutchouc relié à un cylindre enregistreur, et prions le sujet de penser à un nombre; la main va changer la nature de son mouvement; au lieu d’écrire, elle presse le tube et le nombre de pressions indique le chiffre pensé. La netteté de ces pressions est montrée par la figure 4.

Si l’on met l’appareil d’exploration sur une autre partie du corps, quelle qu’elle soit, cette partie du corps exprimera à sa manière l’idée dominante du sujet. Le mouvement respiratoire lui-même peut se trouver modifié par cette influence psychologique.

Ces résultats curieux s’expliquent de la façon la plus satisfaisante lorsqu’on a compris le jeu des sous-consciences. Le personnage inconscient a saisi l’idée poursuivie par l’expérimentateur et il fait son possible pour s’y soumettre.

La méthode graphique a l’avantage d’éclaircir un certain nombre de particularités qui passeraient inaperçues ou resteraient bien peu visibles si on s’en tenait à l’écriture automatique. Le premier point sur lequel nous voulons attirer l’attention, c’est l’influence qu’exerce sur les mouvements du personnage subconscient l’intensité de l’exci- . tation. Nous avons dit que l’écriture automatique traduit spécialement les états d’obsession. Il est clair que si, en un même instant, par hypothèse, deux idées de force inégale sillonnent le champ de la conscience, c’est l’idée la plus forte, la plus colorée, la plus intéressante qui dirigera le mouvement subconscient de la main. Il est intéressant de voir cette différence se marquer sur les tracés. Nous réalisons l’expérience en plaçant un métronome près du sujet, et nous prions celui-ci de ne pas écouter les battements; sa main insensible tient, à son insu, un dvnamographe relié à un cylindre enregistreur, et on peut

dre, que la main n'a exercé aucune pression (fig. t>). Le sujet s'efforçant de ne pas entendre le bruit de l’instrument,

l’excitation auditive a, au point de vue psychologique-, diminué de force. Puis, renversant les conditions de l’expérience, on demande au sujet d’écouter avec attention le métronome, et on voit qu’aussitôt de fortes pressions de la main qui se font rythmiquement et restent inconscientes, viennent montrer que la sensation acoustique a augmentéd’intensité, ou en tout cas d’importance.

Il est un second point que les appareils graphiquesmettent bien en lumière, et c’est en le signalant que nous terminerons ce chapitre.

Les mouvements subconscients du genre de ceux que nous étudions s’accomplissent en général dans les parties insensibles du corps; c’est là du moins que l’expérimentateur cherche surtout à les produire, parce qu'il désire être mis à l’abri des simulations par la présence d’une anesthésie bien contrôlée. Mais 1 anesthésie n’est pas une condition nécessaire de la division de conscience, et un état de distraction est capable de produire des effets analogues. Nous avons donc pensé qu’il serait utile d’étudier l’influence qu’exerce l’anesthésie sur l’intensité des mouvements subconscients.

La recherche a été faite sur une jeune fille hystérique qui était insensible du bras droit. Deux appareils enregistreurssontplacés, l’un sur le bras droit, l’autre sur le bras gauche et dans une première expérience, on fait battre un métronome; dans une seconde, on prie le sujet de penser à un chiffre. Quatre tracés réunis dans la figure 6 expriment lesrésultats de ces premières épreuves. Au premier coup d œil, on voit que les mouvements subconscients, très nets sur les tracés qui correspondent au membre insensible, ne sont pas marqués sur le tracé du membre sensible; il ne faut pas faire trop grand fond sur cette différence, car elle résulte d’une comparaison entre tracés pris avec deux appareils différents; or comme jamais on n’obtient destambours et des leviers qui soient strictement comparables, on ne peut dire dans quelle mesure la différence des tracés dépend des phénomènes enregistrés, et dans quelle mesure elle dépend des appareils.

L'ÉCRITURE AUTOMATIQUE CHEZ LES HYSTÉRIQUES 181 Mais, pour tirer profit des tracés précédents, il faut, sans modifier les appareils en place, changer la distribution de la sensibilité du sujet; une suggestion hypnotique nous suffira pour frapper le bras gauche d’insensibilité et de paralysie,

■ement graphique de mouvements i ié et le second correspondent à une i

mouvement à côté du sujet; le tracé du bras insensible (1) mdique que inconscients se sont produits dans ce bras sous 1 influence <lu bruit ; le

tracé du bras sensible (2) n’indique aucun mouvement. Les aeux tr été pris pendant que le sujet pense au nombre cinq; le trace du ® mnnvprnents inconscients, qui traduisent bien lidee du n

nuis le sujet est réveillé, le c S lmdre est remis en mouvement et on recueille, comme avant, deux sortes de mouvementé subconscients, d’abord en utilisant le bruit du métronome, et ensuite en priant le sujet de penser a un chiffre. Les tracés qu’on obtient (fig. 7) ne doivent pas être compares entre eux, pour les raisons que nous avons indiquées; ils doivent être comparés à ceux de la figure precedente.

J’attire simplement l’attention sur les lignes qui concernent le bras gauche; pendant qu’il est sensible, les mouvements inconscients qu’il présente sont nuis; dès qu il

est frappé de paralysie, ces mouvements deviennent très considérables. La différence est si nette qu’elle se passe de tout commentaire.

Ajoutons encore une remarque de détail qui est peut-

être nécessaire, car si précise qu’elle soit, la méthode graphique a besoin d’être interprétée incessamment pour ne point donner lieu à des erreurs. Il ne faudrait pas croire que les membres sensibles ne présentent aucun mouvement subconscient. Le résultat négatif des tracés est dû en grande partie à ce qu’on a fait une exploration bilaterale; les deux tambours enregistreurs ont été appliqués simultanément sur une région sensible et sur une région insensible. Par là, on a en quelque sorte obligé le personnage inconscient à s’occuper simultanément de deux points du corps; il a préféré se rendre dans la région insensible. Si l’exploration est unilatérale, si le tambour est appliqué seulement sur la région sensible, on obtient des traces tout différents, où la présence des mouvements subconscients est bien marquée.

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