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Dans un certain nombre de cas, il paraît même démontré qu’au moment de l’exécution d’une suggestion post-hypnotique, la personnalité normale de l’état de veille, qufne connaît pas la suggestion reçue, qui du reste ignore toutes les péripéties de l’expérience, et qui s’est souvent reconstituée d’une façon assez complète pour lutter contre une suggestion nouvelle, s’efface, disparaît, est anéantie; c’est la personne somnambulique qui envahit la scène. Nous avons hâte d’énumérer les faits qui le démontrent.
5 P rem ier de ces faits a été relevé par M. Beaunis 1 c’est l'oubli, rapide qui suit l’exécution d’une suggestion post-hypnotique. On a dit au sujet endormi d’exécuter au reveil un acte, quelconque, changer un meuble de place ou tourner rapidement ses mains l’une autour de l’autre* pendant qu’il obéit à cet ordre, on appelle d’une façon toute particulière son attention sur ce qu’il fait ; on ‘lui dit de remarquer son mouvement, et on peut s’assurer qu il a pleine conscience de son acte. C’est du moins amsi que les sujets se comportent dans les expériences de M. Beaunis. Or, malgré la conscience avec laquelle ils accomplissent les ordres suggérés, tout est oublié quelques instants après; vient-on à leur demander ce qu’ils ont fait avec leur main, ils ne se rappellent rien et ne comprennent pas la demande.
0u 5‘° t t H ” ,eSt ? eut ' êlre P as •*> phénomène constant.
fréalen ef O? 0 ” 6116 C ° nS ‘ ant e “ P 3 ^» 1 »^ Mais il est frequent, et ceci nous montre que lorsqu’une action est
Sndemen S t 0U ,l S ’ ™ P ‘r d ’™ e SUggeslion ’ alOTS elle diffère grandement d une action volontaire et spontanée; cette
“or P ° UrleS ^s suggérés’qu’on - ecule a 1 état de veille, car si par exemple le sujet avait
spontanément, en dehors de tout commandement^ déplacé
“ervTle * ° U ‘ ““ geste ’ U ea ™rait sûrement conser\e le souvenir.
L’oubli après l’acte exécuté nous paraît comparable à
1 U Somnamb ^me provoqué, p. 121. Paris, 1887.
SUGGESTIONS DACTES
l’oubli qui succède au somnambulisme; il marque bien, à notre avis, que le sujet, au moment précis où l’acte est exécuté, se trouve dans la condition mentale du somnambulisme, puisque le signe psychique principal de cet état, c’est-à-dire l’amnésie qu’il laisse après lui, peut se vérifier à cette occasion.
D’autres expériences, celles de Gurnev, de M. Delbœuf, de M. Pierre Janet, de MM. Fontan et Ségard, et les miennes, viennent confirmer cette interprétation, qui, si elle ne s’appuyait pas sur un plus grand nombre de faits, resterait un peu hypothétique.
Chez les sujets du genre de ceux que M. Beaunis a étudiés, l’état somnambulique ne renaît que partiellement à ce moment décisif où la suggestion post-hypnotique se réalise; ils gardent conscience d’eux-mêmes, et la seule preuve que l’activité somnambulique est intervenue, c’est l’oubli de l’acte. Il est d’autres personnes pour qui, dans les mêmes circonstances, le retour de l’état somnambulique est plus net, plus frappant, plus complet; il n’y a pas seulement oubli après l’acte, mais inconscience pendant que l’acte suggéré s’accomplit. Le moi normal reste étranger à la suggestion ; c’est en dehors de lui, de sa volonté et de son intelligence qu’elle s’exécute; et c’est par rapport à lui qu’elle est inconsciente. L’inconscience, ainsi comprise, est une sorte d’oubli anticipé. La perte de conscience, vraie aggravation de la perte de mémoire, contribue à établir définitivement la division des consciences.
Il faut citer quelques exemples. Nous en empruntons un à M. Pierre Janet. « Après avoir étudié sur Lucie, rapporte cet auteur, les suggestions ordinaires pendant l’état hypnotique je lui donnai des ordres à accomplir après le réveil, et je fus frappé de la manière singulière dont elle les exécutait. Elle avait à ce moment l’apparence la plus naturelle, parlait et agissait en se rendant bien compte de tous les actes qu’elle faisait spontanément; mais, au travers de tous ces actes naturels, elle accomplissait comme par distraction les actes commandés pendant le sommeil. Non seulement,
2o0 LES EXPÉRIENCES DE SUGGESTION
comme la plupart des sujets, elle les oubliait après les avoir accomplis, mais elle ne paraissait pas les connaître, au moment même où elle les exécutait. Je lui dis de lever les deux bras en l’air après le réveil; à peine est-elle dans l’état normal qu’elle lève les deux bras au-dessus de sa tête, mais elle ne s’en inquiète pas; elle va, vient, cause, tout en maintenant ses deux bras en l’air. Si on lui demande ce que font ses bras, elle s’étonne d’une parèille question et dit très sincèrement : « Elles ne font rien du tout, mes mains, elles sont comme les vôtres *. »
Chez d autres sujets, le retour de l’état somnambulique se montre plus complet encore; on a pu constater qu’il ramène 1 état de la sensibilité qui le caractérise chez chaque sujet, et que celui-ci acquiert même une suggestibilité qu’il n a pas pendant la veille (Gurney) *. Mieux encore, certains sujets s endorment de nouveau pour exécuter l’acte posthypnotique, et un auteur a pu dire, exagérant un peu un fait qui n’est vrai que de certaines personnes, que toute suggestion post-hypnotique équivaut à celle-ci :
« Apres votre réveil, vous vous endormirez de nouveau pour accomplir la suggestion. » Il est clair qu’un tel ordre n’a été ni donné, ni sous-entendu, et que si l’état somnambulique renaît, c’est que les conditions mentales qu’il implique sont nécessaires à l’accomplissement de la suggestion donnée. °
Ainsi, chaque individu a sa manière propre de se conduire; chez les uns, oubli après l’acte; chez les autres inconscience de l’acte; chez d’autres enfin, perte absolue totale de conscience et somnambulisme. Ceci nous montre avec combien de variantes un même acte peut s’accomphr. F
Ces variantes, du reste, se ramènent à un fait unique la d'vision de conscience, et l’importance comparée des deux consciences en action. Les limites de ces consciences