‹ Les altérations de la personnalité (volume 2)Chapitre 46 sur 117 · III. Résumé des faits. — Interprétation psychologique · texte numérisé non relu

III. Résumé des faits. — Interprétation psychologique

Il nous reste à parler d’un troisième et dernier phénomène psychologique, produit par suggestion. Ce phénomène a vivement attiré l’attention des observateurs dans ces dernières années; il a donné lieu à de nombreuses discussions, qui du reste n’ont pas été sans profit pour nos connaissances; les noms qu’on lui a appliqués sont nombreux, et quelques-uns renferment toute une théorie; M. Bernheim et ses collègues de Nancy se servent du mot hallucination négative ; nous avons proposé, avec M. Féré, celui à anesthésie systématique ; on pourrait aussi donner à ce phénomène le nom de perception inconsciente ; mais il ne faut pas attacher trop d’importance à cos questions de ter-

minologie; l’essentiel est de se mettre d’accord sur la nature des choses.

On peut décrire ce phénomène comme résultant d’une espèce particulière d’anesthésie; nous avons longuement parié dans les pages précédentes de l’anesthésie hystérique, nous avons cherché à en préciser la nature et à en fixer les limites. Pour la facilité de nos descriptions, nous avons pris comme type une anesthésie à la fois totale et complète; définissons bien ces termes; l’anesthésie est totale quand elle comprend toutes les espèces de sensibilités d’une région, et elle est complète lorsque les excitations, quelle qu’en soit l’énergie, ne peuvent éveiller aucune trace de conscience. Yoici par exemple une malade dont le bras est insensible. On transperce sa main avec une longue épingle, on brûle la pulpe de ses doigts avec un thermo-cautère, on exerce une pression profonde sur les masses musculaires du bras, on fait parcourir une portion du membre par un courant électrique d’une grande intensité, et pendant toutes ces épreuves la malade reste indifférente, et ne perçoit rien, ni sensation ni douleur. On dit alors que son anesthésie est totale, parce quelle porte sur tous les modes de la sensibilité cutanée, et complète, parce que les excitations les plus énergiques ne provoquent aucune réaction dans sa conscience *.

Mais ce cas est réellement un peu théorique, et je ne garantis pas qu’on ait pu l’observer une seule fois. D’abord, il faut faire une première réserve sur les anesthésies complètes. De bons juges pensent que jamais l’anesthésie hystérique n’est complète; l’insensibilité est purement relative, elle n’a lieu que pour des excitations modérées; si l’on augmente l’énergie de l’excitation, il arrive un moment où celle-ci pénètre dans la conscience du sujet, et peut même provoquer un retour passager de la sensibilité, retour pendant lequel des excitations beaucoup plus légères seront perçues.

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