‹ Les altérations de la personnalité (volume 3)Chapitre 14 sur 97 · L-'"' ^^'iè^ ^yjKpi^AtJ · texte numérisé non relu

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Fip:. 1. — Écriture hystérique, tracée avec la main droite insensible, les yenx ouverts. La malade a écrit les mots suivants : « Chère Marie, tu vas me trouv (trouver) bien négligemte ddde ne pas reppp répondre à la bonne ettt et charmmante lettre qui ttt tu poux le ccc croire m'a bien fff fait rire; ce portrait pein^M de main de maître surtout... >)

traire, elle ne s'aperçoit de rien, et les erreurs pourraient être considérées comme de légères fautes d'orthographe, si les m à quatre jambages et les u à trois jambages n'indiquaient pas clairement le contraire. 11 est possible de reproduire expérimentalement sur quelques sujets ces altérations de l'écriture, en les priant d'écrire plusieurs fois la même lettre, puis de s'arrêter; quand ils veulent s'arrêter, la main continue à écrire, malgré eux, et souvent ils ne mettent fin à l'obsession qu'en jetant la plume.

Les mouvements précédents présentent le caractère particulier d'être la répétition de mouvements volontaires; l'inconscient que nous venons de voir à l'œuvre imite l'acte du personnage conscient, ce qui n'avait pas lieu dans les autres expériences.

Nous terminerons en décrivant plusieurs caractères communs aux mouvements inconscients de répétition ; ce sont :

1° Leur diffusion; ils ne restent pas absolument localisés dans un membre; ils ont une tendance à se généraliser, et souvent, ils gagnent le membre symétrique; quand on fait écrire des chiffres à une main, au bout de quelque temps l'autre s'agite, et si elle tient un crayon, elle tracera les mêmes chiffres que la première; ce qui est très curieux, c'est que parfois alors une main, douée de sensibilité, répète le mouvement communiqué à l'autre main, €t cependant le malade ne perçoit pas le mouvement; le mouvement reste subconscient alors même qu'il a pour instrument un organe sensible.

Nous verrons plus loin que la plupart des modifications du mouvement qu'on peut produire chez un sujet hystérique dans une moitié seulement du corps offrent cette même tendance à la généralisation.

2° Un second caractère des mouvements inconscients de répétition, c'est leur fatalité. Quand la main va répéter un mouvement communiqué, fùt-il aussi délicat que celui de l'écriture, elle se raidit, devient dure au toucher, tandis que dans les conditions ordinaires elle a la flaccidité d'un membre frappé de paralysie ou la plasticité de la cire. Si l'on essaye d'empêcher le mouvement, pendant qu'il s'exécute, en maintenant les doigts dans une position fixe, on éprouve une grande résistance; il est très difficile d'immobiliser les doigts; lorsqu'on enlève le crayon, les doigts continuent à faire dans le vide les mêmes mouvements graphiques. La constriction du poignet retarde un peu le mouvement. Chez les malades auxquelles on peut donner des contractures par l'excitation des muscles et des nerfs, il est difficile d'en produire au moment où

la main, chargée en quelque sorte par un mouvement passif, va le décharger en reproduisant ce qu'on lui a fait écrire; quand on arrive à produire une contracture suffisante pour arrêter le mouvement, il peut arriver que quelques instants après, si on fait cesser la contracture, le mouvement recommence.

En terminant l'énumération de cette série d'expériences, il faut remarquer que leur intérêt réside dans leur simplicité. Rien n'est plus facile que de chercher à les reproduire chez une malade hystérique présentant de l'anesthésie; et comme les actes de répétition inconsciente ou subconsciente sont les premiers indices de la désagrégation mentale, il en résulte que la désagrégation mentale, ce phénomène psychologique de la plus grande complexité, peut être vérifiée au moyen des procédés les plus simples et les plus élémentaires. Nous sommes parvenus, croyonsnous, à en donner une démonstration clinique.

Il nous paraît superflu de démontrer que ces actes sont intelligents; quelques expériences prouvent nettement que certains mouvements de répétition ne sont pas de purs réflexes. Mais dans quelle mesure exacte l'intelhgence intervient-elle? c'est ce qu'il faut préciser un peu.

Toutes les expériences précédentes ont ce trait commun que l'expérimentateur force le sujet, ou une partie de son sujet, à répéter un acte qu'il lui indique; il le force sans exercer sur lui de violence physique; il agit par action morale, donc par suggestion. Erigeons en personnage, pour la commodité de notre exposition, l'inconscient qui répète les mouvements; nous dirons que l'expérimentateur, en touchant la main et le bras, donne à ce personnage inconscient l'idée de répéter l'acte, et, en définitive, le suggestionne.

Mais ce mot de suggestion, nous l'avons déjà critiqué, il est vague, il laisse confondre plusieurs choses distinctes; et par conséquent nous ne devons pas nous en contenter. Indiquons rapidement les diverses interprétations possibles du phénomène de répétition subconsciente, considérée comme un effet de suggestion.

On peut donner à une personne éveillée ou en somnambulisme l'ordre, la suggestion d'imiter tous les mouvements qu'on exécute devant elle, ou de continuer indéfiniment le mouvement régulier qu'on imprime à une partie de son corps; on fait tourner ses mains l'une autour de l'autre, on lui dit : « Vos mains tournent, vous ne pouvez plus les arrêter », et, en effet, si le sujet est docile à la suggestion, il se produit une série de mouvements irrésistibles. On comprend combien cette expérience est compliquée; le mouvement est commandé par l'expérimentateur, et consenti par le sujet, qui sait ce qu'il fait, qui se rend compte et qui obéit à celte suggestion comme il pourrait obéir à une suggestion d'acte beaucoup plus compliquée, exigeant de sa part des opérations intellectuelles d'un ordre élevé. Mais ceux qui ont fait une étude approfondie de la suggestion savent bien qu'un même acte peut être exécuté dans des conditions mentales tout à fait différentes; la continuation d'un mouvement peut se faire, soit par obéissance, comme nous venons de le voir, soit tout simplement parce qu'une image a été évoqut'e dans l'esprit du patient, et que cette image est une source de mouvements; on fait écrire une lettre à une main anesthésique; le mouvement de cette main provoque quelque part dans l'esprit de l'inconscient des images motrices; ces images ne sont contredites par rien ; elles vont se dépenser en acte, et le mouvement se répète; il n'y a point là d'obéissance, mais un phénomène psychologique plus simple, plus élémentaire.

Je ne puis dire quelle est l'explication qui convient aux phénomènes de répétition décrits; probablement les deux explications sont vraies, chacune pour un sujet différent, et pour des conditions d'expériences différentes; tantôt la répétition du mouvement est un acte d'obéissance intelligente provenant d'un inconscient qui a compris ce qu'on lui demande et qui l'exécute; tantôt la répétition est une affaire d'images évoquées. On voit qu'il y a là des cas à distinguer, et que le mot sommaire de suggestion ne rend pas comi)lc do tous les phénomènes.

Ce qui est significatif, c'est que beaucoup de sujets ne peuvent pas recevoir à l'état de veille de suggestion compliquée par l'intermédiaire de l'écriture inconsciente. On n'obtient que la répétition de l'ordre qu'on a fait écrire. On a fait écrire à la main le mot : « toussez ! » le sujet ne tousse pas, mais sa main écrit plusieurs fois de suite le mot « toussez »; pose-t-on une question, toujours par le moyen indiqué, la main n'y répond pas, mais répète la question. « Gomment vous portez-vous? » La main écrit : « Comment vous portez-vous? » Rien n'a été compris, semble-t-il, par le personnage inconscient, qui est encore trop rudimentaire pour juger, raisonner, et qui ne sait faire qu'une chose : imiter \ Ce qui me paraît démontrer aussi que dans certains cas la répétition n'est qu'un automatisme d'images, c'est que cette répétition peut continuer presque indéfiniment. Faisons tracer une boucle à la main insensible, celle-ci va dessiner cette boucle vingt fois, cent fois et davantage, sans y rien changer, sans se fatiguer, sans perdre patience. C'est une machine montée qui ne sait pas s'arrêter.

Mais chaque sujet mérite d'être examiné en lui-même, et chaque personnage inconscient a très probablement son état mental particuher; ce qui est vrai de l'un est faux de l'autre; il est donc inutile de poser des règles générales, qui seraient inexactes.

Enfin, nous devons rappeler en terminant sur ce point qu'alors même qu'un inconscient ne paraît pas comprendre une suggestion compliquée, celle-ci produit souvent un certain eflet, qu'il faut bien connaître; la suggestion non comprise persiste à l'état de souvenir; et ce souvenir, renaissant dans un nouvel état psychologique, pourra être compris alors pour la première fois; étant compris, il deviendra le point de départ d'une suggestion tardive, qui s'accomplira à un moment oii personne ne pense plus

1. Les faits de répélilion des actes se rencontrent dans la catalepsie hypnotique (voir Magnétisme animal, p. 133) avec les mêmes caractères.

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à elle. Reprenons notre dernier exemple; on a fait écrire à la main un mot quelconque; ce mot n'a pas été compris, mais il est resté dans la mémoire de l'inconscient; que celui-ci se développe plus tard, comme nous en verrons des exemples, il pourra retrouver la suggestion, la comprendre et l'exécuter. On ne doit pas perdre de vue cette cause possible d'erreur.

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