‹ Les altérations de la personnalité (volume 3)Chapitre 25 sur 97 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

Comme compensation, l'anesthésie hystérique produit souvent une augmentation de force dans les membres qui ont conservé leur sensibilité ; on peut constater cette augmentation de force en modifiant la sensibilité par voie de suggestion, et en explorant l'état des forces avant et après. (Binet.)

Si l'anesthésie se complique de paralysie, le membre symétrique qui n'est ni insensible ni paralysé présente une augmentation de force (Binet et Féré) ; c'est là un caractère d'autant plus important que dans les paralysies de causes organiques (Pitres, Friedlander) le côté non paralysé présente un affaiblissement moteur.

La diminution du chiffre de pression dans un membre insensible dépend de cette insensibilité, et par conséquent, dans une certaine mesure, de la division de conscience : ce qui le prouve bien, c'est qu'en frappant d'insensibilité, par suggestion, un membre sain, on diminue son chiffre de pression. Gomment expliquer ce résultat? Nous pouvons supposer que la force de contraction — qui dépend autant de la volonté que du muscle — est en relation avec le degré de développement du moi qui commande la contraction ; si le moi se réduit à quelques phénomènes psychologiques élémentaires, il n'y aura point en jeu d'états émotionnels aussi importants que s'il s'agit d'un moi complet, d'une personnalité véritable. Ainsi pourrait-on comprendre que le personnage sous-conscient a moins de force que le personnage principal; il serait facile de contrôler cette hypothèse en prenant la force dynamométrique d'une même personnalité à ses diverses étapes de développement.

Quoi qu'il en soit de notre hypothèse, que nous indiquons à titre de suggestion, il y a un cas où le chiffre de contraction dépend certainement, d'une façon directe, de causes psychologiques : c'est celui où on oblige le sujet à serrer simultanément avec les deux mains; alors le chiffre de pression s'abaisse dans des proportions souvent considérables. Cette diminution tient évidemment à un défaut d'attention; le sujet est forcé de penser et de vouloir simultanément

-deux mouvements volontaires; on l'oblige à partager son attention entre les deux actes; et c'est pour ce motif qu'il donne une pression faible. C'est là, ce nous semble, une démonstration excellente des idées émises par M. Pierre Janet sur le rétrécissement du champ de la conscience chez les hystériques. Nous avons déjà parlé de ce rétrécissement, à propos de la distraction ; nous donnons maintenant, pour la première fois peut-être, une preuve matérielle de saréahté.

2" Temps physiologique de réaction. — L'anesthésie produit un allongement du temps physiologique de réaction pour les mouvements volontaires.

Duchenne (de Boulogne) a mis le fait en relief dans une expérience très nette et bien simple, une vraie expérience clinique. On prie un sujet hémianesthésique de rapprocher ses deux mains et de les ouvrir et fermer simultanément. Le sujet doit avoir les yeux fermés. Le plus souvent, une des deux mains est en retard sur l'autre ; c'est la main anesthésique. Mais les résultats varient un peu suivant les sujets, et suivant les conditions où on les place.

En général quand les yeux sont ouverts, les mouvements des deux mains sont à peu près simultanés ; ceci tient à ce que le sujet porte de préférence son attention et son regard sur la main anesthésique, dont il hâte en quelque sorte le mouvement. Mais si on lui ferme les yeux, la simultanéité des mouvements est gravement compromise. Presque toujours, chez les malades que nous avons observés, le retard de la main anesthésique devient très appréciable à une inspection sommaire; tantôt elle exécute un nombre de mouvements égal à celui de la main sensible, mais avec un retard constant ; tantôt elle diminue le nombre de ses mouvements, et ne se fermera par exemple que cinq fois pendant que la main sensible se ferme douze à quinze fois ; ces mouvements de la main anesthésique sont souvent incomplets; la fermeture du poing est à peine esquissée, et les ongles ne se cachent pas dans la paume de la main; il peut arriver, par exagération du phénomène précédent, que la main anesthésique reste immobile, alors que le sujet, qui a les yeux

A. BlNET. H

fermés, est persuadé qu'il l'ouvre et la ferme alternativement. On pourrait dire, dans ce cas, que le retard est infini.

Cette description générale ne convient pas à tous les malades, et nous en citerons quelques-uns pour faire voir quelle série de variations peut présenter un phénomène qui est en somme assez simple. Léonie L... est anesthésique à droite, et hypoesthésique à gauche; les temps de réaction sont plus longs à droite qu'à gauche, les yeux ouverts; la différence augmente quand les yeux sont fermés. Dem... est anesthésique à droite seulement. Quand le sujet ferme les deux mains en les regardant, et dans ce cas il a soin de les rapprocher, le mouvement est simultané; des mesures rigoureuses prises avec des appareils enregistreurs ne laissent aucun doute à cet égard. Si Dem... ferme les yeux, la main droite insensible se ferme en même temps que l'autre, à la condition que Dem... pense spécialement et fortement à sa main droite ; dès que son attention se fatigue, la main droite cesse tout mouvement. Il en résulte que lorsqu'on prie Dem... de serrer deux tubes de caoutchouc reliés à un appareil enregistreur, on a d'abord cinq ou six mouvements simultanés des deux mains, puis on n'obtient plus que des mouvements de la main sensible. Il faut interpeller le sujet, lui montrer qu'il n'a pas employé la main anesthésique et solliciter vivement son attention pour obtenir de nouveau des mouvements des deux mains. Enfin, nous citerons Saint-A..., anesthésique à droite; chez elle, que les yeux soient ouverts ou fermés, les contractions des deux mains sont simultanées.

Yoici maintenant quelques chiffres de temps de réaction; chez P. S., anesthésique à droite, les temps de réaction à une excitation sonore (bruit sec d'un métronome) sont :

Temps moyen

Temps maximum...

Temps minimum . . .

Variation moyenne;

Côlé sensible.

Côté

insensible.

Ces quelques chiffres montrent que non seulement le temps de réaction est plus court du côté sensible, mais encore que la réaction est plus régulière, car la variation moyenne est beaucoup plus faible. Le temps maximum du côté sensible est même resté inférieur au temps minimum du côté anesthésique.

M. Féré a fait des expériences analogues qui l'ont conduit au même résultat ; il a observé en outre que lorsque la sensation qui sert de signal est mal perçue, ce qui peut tenir à ce que le signal est donné en touchant une région ■peu sensible, le temps de réaction est encore retardé.

Nous avons dit plus haut, en étudiant la force de pression, que lorsque les deux mains serrent simultanément, le chiffre dépression se trouve abaissé des deux côtés à la fois; c'est du moins ce qui se passe chez quelques sujets hystériques. Ce qui vérifie cette première expérience, c'est qu'on peut la répéter sur les temps de réaction ; ces temps deviennent plus longs lorsque les deux mains sensible et anesthésique doivent répondre en même temps au signal. Voici quelques chiffres, obtenus chez P. S. , dans cette dernière condition ; pour tout le reste du dispositif, l'expérience ne diffère pas de la précédente.

Cùté sensible. Côté insensible.

Temps moyen 0,277 0,709

Temps maximum 0,29 0,88

Temps minimum 0,18 0,4b

Variation moyenne 0,027 0,078

La comparaison de ces chiffres avec ceux que nous avons donnés plus haut montre que l'allongement du temps de réaction produit par l'action combinée des deux mains se fait sentir des deux côtés, mais qu'il est beaucoup plus considérable pour le côté anesthésique.

C'est chez ce même sujet P. S., pour le dire en passant, que nous avons constaté, pendant les réactions du côté anesthésique, la réaction supplémentaire dont nous avons parlé * ; cette réaction diffère de la réaction ordinaire du côté

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