‹ Les altérations de la personnalité (volume 3)Chapitre 51 sur 97 · Revue scientifique, d · texte numérisé non relu

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3. Nous réparons ici une erreur commise dans l'interprétation du phénomène précédent que nous avions considéré jusqu'ici comme une image consécutive. {Magnétisme animal, p. 235.)

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Une autre expérience peut servir à montrer que l'objet invisible est réellement perçu.

Cette expérience est beaucoup plus importante que la première, et présente un intérêt capital, car elle peut donner une idée de la vraie nature de l'anesthésie systématique. Entre dix cartons d'apparence semblable, nous en mentirons un à la somnambule, en lui suggérant qu'elle ne le verra pas à son réveil, mais qu'elle verra et reconnaîtra tous les autres Au réveil, nous lui présentons les dix cartons, elle les prend tous, sauf celui que nous lui avons montré pendant le somnambulisme, et que nous avons rendu invisible par suggestion. GoQiment le sujet peut-il arriver à exécuter une suggestion aussi compliquée? Gomment se fait-il qu'il ne confonde pas le carton invisible avec les autres? Il faut bien qu'il le reconnaisse; s'il ne le reconnaissait pas, il ne le verrait pas : d'où cette conclusion en apparence paradoxale que le sujet est obligé de reconnaître l'objet invisible pour ne pas le voir.

On peut du reste montrer très facilement la nécessité de ce travail de perception, de comparaison et de reconnaissance; car lorsque les cartons sont trop pareils, les confusions sont fréquentes, et elles le sont encore plus si on ne montre qu'un coin des cartons. Le sujet voit si bien le carton que si on lui donne la suggestion de ne pas voir au réveil le carton sur lequel on écrit le mot « invisible » , malgré la contradiction apparente que renferme cette suggestion, elle peut être parfaitement exécutée.

Donc, dans les faits de ce genre, il ne peut être question de paralysie vraie et de perception abolie; il y a toujours un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d'anesthésie; la perception de l'objet interdit continue à se faire, mais elle devient inconsciente.

Telle est la conclusion à laquelle nous nous sommes arrêtés; et il convient d'ajouter que nous y avons été rejoints par M. Paul Richer, qui faisait vers la même époque des recherches sur cette question, et qui a imaginé

des expériences analogues aux nôtres. De son côté, un psychologue américain que nous avons plusieurs fois cité, M. William James, a fait quelques remarques intéressantes qui confirment et complètent les précédentes ^ On fait un trait de plume sur une feuille blanche et on commande à son sujet de ne pas le voir; docile à cet ordre, il ne voit que la feuille blanche; si on double le trait de plume en plaçant devant un de ses yeux un prisme de seize degrés, il dira qu'il voit un trait de plume, celui dont l'image est déviée. Ce résultat est bien curieux. Le sujet ne paraît aveugle que pour un seul trait de plume, qui occupe une position fixe sur la feuille de papier; c'est cependant une des images de ce trait de plume qui est déviée par le prisme, et s'il la perçoit, c'est probablement qu'il ne la reconnaît pas comme étant celle qu'on lui a défendu de voir. L'expérience peut être continuée. Les deux yeux de la personne sont restés jusqu'ici ouverts; si on ferme l'œil devant lequel le prisme n'a pas été placé, le sujet continue à voir le trait à travers le prisme; la fermeture de cet œil ne produit pas de modification; mais si alors on enlève le prisme, le trait disparaît même pour l'œil qui continuait à le voir à travers cet instrument; ce que j'expliquerai encore en disant que le sujet vient de reconnaître l'objet invisible, quand celui-ci a repris sa position primitive, et que l'ayant reconnu, il se hâte d'obéir à la suggestion en ne le percevant pas.

Tout ce qui précède nous montre de la façon la plus claire que le sujet se comporte comme une personne qui a le désir, la volonté de ne pas voir l'objet invisible; il s'arrange pour ne pas le percevoir, il s'y applique; et il cherche surtout à ne pas le confondre avec d'autres dont la perception lui est laissée; il le distingue des autres, le reconnaît; mais parfois, il se laisse tromper, il ne le reconnaît pas, et alors il le perçoit.

Si réellement le sujet faisait ce travail avec conscience

l. Psychology, II, p. 607.

— et peut-être y en a-t-il qui ont conscience de tout cela,

— le phénomène serait assez simple à comprendre; le sujet serait docile à la suggestion, sans en être la dupe, il mettrait toute sa bonne volonté à exécuter ce qu'on lui demande, il jouerait en quelque sorte la comédie pour le bon motif. Mais si on y regarde avec soin, on s'aperçoit que ce travail mental préliminaire de perception et de reconnaissance n'est point conscient; si on demande au sujet ce qui se passe en lui quand on lui présente l'objet invisible, il ne peut donner aucun renseignement; il ne voit rien, il ne peut pas en dire davantage. Voilà du moins ce que j'ai constaté chez un hystérique très intelligent, que j'avais averti de la suggestion que je lui avais donnée.

Résumons-nor donc en disant que l'anesthésie systématique est préc*^Jée d'un certain nombre de phénomènes psychologiques inconscients.

Continuons. L'objet invisible a été perçu et reconnu. Que se passe-t-il ensuite? Une fois que la perception et la reconnaissance ont eu lieu, on pourrait supposer que tout cela est oublié, que le sujet redevient absolument aveugle et sourd, et que l'anesthésie est complète. Il n'en est rien; la perception de l'objet continue, seulement elle se fait encore d'une manière inconsciente. C'est ce que vont nous montrer les expériences de M. Bernheim.

Ici se place un fait assez curieux. Il est toujours intéressant de voir des auteurs faire des expériences qui confirment des thèses qu'ils ont combattues ou qu'ils seraient disposés à combattre. On connaît la position prise dès la première heure par M. Bernheim dans les études sur l'hypnotisme. Cet auteur soutient avec une très grande force, mais sans restriction et sans nuance, la théorie de la suggestion; pour lui, la suggestion est la clef de tous les phénomènes hypnotiques, elle explique tout et suffît à tout. Il y a dans ses ouvrages ce qu'un peintre appellerait un grand parti pris de simplification; et je suis persuadé que ce caractère est la raison véritable du succès de ses idées. Or, nous

L'ANESTHÉSIE systématique 277

allons voir que l'expérience imaginée par M. Bernheim confirme d'une part les nôtres, et suppose d'autre part que le sujet renferme plusieurs foyers de conscience.

C'est un fait d'observation que quand la suggestion inhibitoire a été bien donnée, le sujet n'a la perception consciente de rien de ce qui se passe autour de lui; il peut devenir aveugle et sourd au point de subir sans protester un simulacre d'attentat aux mœurs. M. Bernheim a pu néanmoins se convaincre que, malgré les apparences, le sujet ne perd rien de ce qui se passe; et la preuve, c'est que si on le rendort, si on lui donne la suggestion rétrospective qu'il a tout vu, et tout entendu, et qu'on lui commande avec énergie de raconter la scène, il arrive à la décrire avec la fidélité d'un témoin attentif qui n'a laissé échapper aucun détail.

Nous reproduisons textuellement les expériences de l'auteur * :

« Elise B..., âgée de dix-huit ans, domestique, est affectée de sciatique. C'est une jeune fille honnête, de conduite régulière, d'intelligence moyenne, ne présentant, en dehors de sa sciatique, aucune manifestation, aucun antécédent névropathique.

« Elle a été, dès la première séance, très facile à mettre en somnambulisme, avec hallucinabilité hypnotique et post-hypnotique et amnésie au réveil. Je développe chez elle facilement une hallucination négative. Je lui dis, pendant son sommeil : « A votre réveil, vous ne me verrez plus; je serai parti. » A son réveil, elle me cherche des yeux et ne paraît pas me voir. J'ai beau lui parler, lui crier dans l'oreille, lui introduire une épingle dans la peau, dans les narines, sous les ongles, appliquer la pointe de l'épingle sur la muqueuse oculaire; elle ne sourcille pas. Je n'existe plus pour elle, et toutes les impressions acoustiques, visuelles, tactiles, etc., émanant de moi, la laissent impassible; elle ignore tout. Aussitôt qu'une

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