‹ Les altérations de la personnalité (volume 3)Chapitre 59 sur 97 · QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME JOUR

« L'interrogation est reprise, avec la même forme emphatique.

« Demande. Pourquoi me parles-tu?

« Réponse. (Ligne ondulée.) L'écriture répète : Pourquoi me parles-tu ?

« M. A., sans se laisser déconcerter par cette répétition, la considère comme une réponse solennelle et d'un esprit pénétrant; il examine les motifs de sa conduite, purifie sa pensée de tout alliage terrestre, et reprend :

« Demande. Pourquoi me réponds-tu?

« Réponse (ligne ondulée). Pourquoi me réponds- tu?

« Demande. Est-ce moi-même qui fais la réponse?

« Réponse. Oui.

« Demande, délia est-elle présente?

« Réponse. Non.

- « Demande. Qui est donc ici?

« Réponse. Personne.

« Demande. Clélia existe-t-elle?

« Réponse. Non.

« Demande. Avec qui ai-je parlé hier?

« Réponse. Avec personne.

« Demande. Pourquoi avez-vous menti?

« Réponse (ligne ondulée). Pourquoi avez-vous menti?

« Demande. Les âmes existent-elles dans un autre monde ?

<( Réponse. M B.

« Demande. Qu'est-ce que MB veut dire?

« Réponse. May be (c'est-à-dire : cela peut être). A partir de ce moment la plume tantôt affirme l'existence de Clélia, tantôt la nie. »

Cette observation, si intéressante à tous les points de vue, peut nous servir de base pour la discussion des phénomènes très complexes, très délicats et très variés par lesquels la division de conscience se manifeste cliez le médium écrivant.

Nous ne nous attarderons pas à prouver en détail, au moyen d'une démonstration en règle, que l'esprit évoqué par le médium n'est pas autre chose que le personnage subconscient des hystériques qui lui aussi s'évoque si facilement pendant l'état de veille. L'analogie des deux situalions psychologiques est si claire et si évidente que je juge tout à fait inutile d'insister.

Nous ferons mieux de rechercher ce qu'il y a d'original dans l'expérience spirite, et nous étudierons successivement : 1° l'étendue de la division de conscience; 2° ses moyens d'expression et de manifestation; 3° ses causes.

Le premier point est certainement le plus connu et aujourd'hui le mieux étudié. La forme même du récit par demandes et réponses, le dialogue, indique bien la dualité des personnalités, et, à plusieurs reprises, l'auteur de l'observation remarque qu'il a eu le sentiment de converser avec une intelligence et une volonté autres que la sienne.

Bien plus, cette intelligence s'affirme si bien comme personnage distinct du moi normal qu'elle se baptise elle-

même et prend le nom romanesque de Clélia, nom que l'auteur prétend n'avoir jamais connu; en tout cas, s'il Fa connu, il n'en a pas conservé le souvenir conscient. Ce nom inconnu de Clélia, écrit subitement par la main du médium, semble avoir vivement impressionné l'observateur, et il dit que pendant un certain temps il a cru avoir affaire à un personnage réel. Chacun de nous peut s'imaginer par quelles émotions il a dû passer à ce moment-là, et je gage que plus d'un lecteur sera tenté de renouveler l'expérience, contre laquelle je crois cependant qu'il est bon de se tenir en garde, car on y perd toujours un peu de l'unité de sa pensée et de la clarté de son intelligence. Quant au contenu des réponses, M. A. remarque qu'il n'y a jamais trouvé la révélation de faits à lui inconnus; sur ce point, plusieurs observations sont à présenter. D'une façon générale, il est exact de dire que le personnage inconscient qui joue le rôle d'esprit, n'étant qu'une portion détachée de l'intelligence du médium, ne peut pas avoir d'autres facultés et d'autres connaissances que lui. La lecture des nombreuses évocations spirites qu'on a publiées et où l'on a fait parler des personnages célèbres, tels qu'Archimède, Socrate, Aristote, montre qu'on n'a pu tirer de ces grands génies aucune pensée profonde et digne d'eux ; ce sont en général des réflexions banales, qui ne dépassent point la portée d'une intelligence ordinaire. Mais il faut tenir compte des conditions où l'expérience est faite pour en apprécier les résultats; la solennité de l'évocation, la grandeur du but poursuivi, le recueillement de l'assistance doivent souvent exalter pour un moment les facultés du personnage subconscient, et lui faire trouver des pensées dont il eût été incapable pendant un instant d'atonie. Ajoutons que le personnage subconscient peut avoir une étendue de mémoire et une finesse de perception inconnues du personnage normal : nous en avons vu la preuve chez les hystériques * ; tout ceci peut contribuer à donner

Page 1