‹ Les altérations de la personnalité (volume 3)Chapitre 7 sur 97 · Camuset, Annales mécUco-'psychologiques, janvier · texte numérisé non relu

Camuset, Annales mécUco-'psychologiques, janvier

3. J. Voisin, Archives de neurologie, septembre 1885, p. 212.

une frayeur extrême et le soir, rentré à la colonie, il perdit connaissance et eut des crises. Les attaques se renouvelèrent; il survint enfin une paralysie des membres inférieurs, l'intelligence restant intacte.

« En mars 1880, il fut transféré à l'asile de Bonneval (Eure-et-Loir). Là, on constate que le malade a la physionomie ouverte et sympathique, que son caractère est doux, qu'il se montre reconnaissant des soins qu'on a pour lui. Il raconte l'histoire de sa vie avec les détails les plus circonstanciés, même ses vols qu'il déplore, dont il est honteux; il s'en prend à son abandon, à ses camarades qui l'entraînaient au mal. Il regrette fort ce passé et affirme qu'à l'avenir il sera plus honnête. Il sait lire, écrire à peu près. On se décide à lui apprendre un état compatible avec sa paraplégie, son infirmité. On le porte tous les matins à l'atelier des tailleurs; on l'installe sur une table où il prend naturellement la posture classique, grâce à la position de ses membres inférieurs paralysés et contractures. Au bout de deux mois, Y... sait coudre assez bien; il travaille avec zèle, on est satisfait de ses progrès. Un jour, il est pris d'une crise qui dure cinquante heures, à la suite de laquelle il n'est plus paralysé. Au réveil, Y... veut se lever. Il demande ses habits, et il réussit à se vêtir, tout en étant fort maladroit; puis il fait quelques pas dans la salle; la paralysie des jambes a disparu.

« Une fois habillé, il demande à aller avec ses camarades aux travaux de culture. On s'aperçoit vite qu'il se croit encore à Saint-Urbain, et qu'il veut reprendre ses occupations habituelles. En effet, il n'a aucun souvenir de sa crise et il ne reconnaît personne, pas plus le médecin et les infirmiers que ses camarades du dortoir. Il n'admet pas avoir été paralysé et dit qu'on se moque de lui. On pense à un état vésanique passager très supposable après une forte attaque hystérique, mais le temps s'écoule et la mémoire ne revient pas. V... se rappelle bien qu'il a été envoyé à Saint-Urbain, il sait que Vautre jow% il a eu peur d'un serpent, mais à partir de ce moment il y a une lacune. Il ne

LES SOMNAMBULISMES SPONTANES 23

se rappelle plus rien. Il n'a pas même le sentiment du temps écoulé.

« Naturellement on pense à une simulation, à un tour d'hystérique, et on emploie tous les moyens pour le mettre en contradiction avec lui-même, mais sans jamais y parvenir. Ainsi on le fait conduire sans le prévenir à l'atelier des tailleurs. On marche à côté de lui, en ayant soin de ne pas l'influencer. Quant à la direction à suivre, V... ne sait pas où il va. Arrivé à l'ateher, il a tout l'air d'ignorer l'endroit où il se trouve et il affirme qu'il y vient pour la première fois. On lui montre les vêtements dont il a fait les grosses coutures alors qu'il était paralysé; il rit, a l'air de douter, mais enfin il se résigne à croire.

« Après un mois d'expériences, d'observations, d'épreuves de toutes sortes, on reste convaincu que V... ne se souvient de rien. Le caractère s'est aussi modifié. Ce n'est plus le même sujet, il est devenu querelleur, gourmand et il répond impoliment. Il n'aimait pas le vin et donnait le plus souvent sa ration à ses camarades, maintenant il vole la leur. Quand on lui dit qu'il a volé autrefois, mais qu'il ne devrait pas recommencer, il devient arrogant : « S'il a volé, il l'a payé puisqu'on l'a mis en prison. » On l'occupe au jardin. Un jour, il s'évade emportant des effets et soixante francs à un infirmier. Il est rattrapé à cinq lieues de Bonneval au moment où, après avoir vendu ses vêtements pour en acheter d'autres, il s'apprête à prendre le chemin de fer pour Paris. Il ne se laisse pas arrêter facilement; il frappe et mord les gardiens envoyés à sa recherche. Ramené à l'asile, il devient furieux, il crie, se roule à terre. Il faut le mettre en cellule.

« Pendant le reste de son séjour à Bonneval, il continue à présenter quelques manifestations névrosiques, attaques convulsives, anesthésies et contractures passagères. Il sort de cet asile le 24 juin 1881 ; il paraît guéri.

« Il passe quelque temps à Chartres chez sa mère, puis on l'envoie aux environs de Mâcon, chez un grand propriétaire agricole. Il tombe malade, reste un mois à l'Hôtel-

Dieu de Màcon et est transféré à l'asile Saint-Georges, près de Bourg (Ain), le 9 septembre 1881.

« Pendant ses dix-huit mois de séjour dans cet asile, il a présenté des crises qui n'avaient aucune régularité, souvent très fortes, parfois légères, d'autres fois survenant par séries; tantôt il était exalté comme un paralytique général, tantôt presque stupide et imbécile. Dans certains cas, il n'a reculé devant aucune responsabilité, obéissant à ses instincts et à ses impulsions les plus dangereuses, sachant habilement les couvrir de sa qualité de fou dont il se parait et de son irresponsabilité matérielle qui résultait de son internement dans un asile d'aliénés. V... est sorti de Saint-Georges, le 28 avril 1883, amélioré et muni d'un pécule pour rentrer dans son pays.

« Il arrive à Paris, on ne sait comment; il est admis successivement dans plusieurs services, en dernier lieu à Sainte-Anne et enfin à Bicêtre où il entre le 31 août 1883 dans le service de M. J. Voisin qui le reconnaît comme étant le sujet de M. Camuset, sans savoir ce qu'il était devenu entre Bonneval et Bicêtre.

« Du mois d'août 1883 au mois de janvier 1884, ses attaques sont rares et observées seulement par les surveillants. Le 17 janvier 1884, nouvelle attaque très violente qui se répète les jours suivants avec accès de thoracalgie et alternatives de paralysies et de contractures du côté gauche et du côté droit. Le 17 avril, à la suite d'une crise légère, la contracture du côté droit a disparu. Il s'est endormi, le corps phé, les mains derrière la tête et a tranquillement sommeillé. Le matin, il se réveille et demande ses habits à l'infirmier. Il veut aller travailler. Il s'étonne que ses vêtements ne soient pas au pied de son lit; il s'imagine qu'on vient de les lui cacher par plaisanterie. Il se croit au 26 janvier (jour d'apparition de sa contracture). On l'amène auprès du chef de son service. Il reste ébahi quand on lui fait remarquer que les feuilles sont aux arbres, que le calendrier marque 17 avril, que le personnel du service est modifié. L'élocution est normale. Il ne se souvient

LES SOMNAMBULISMES SPONTANES 27

pas d'avoir été contracture du côté droit. Il est faible sur ses jambes et se dandine en voulant se tenir debout. La pression dynamométrique de la main droite est plus faible que celle de la main gauche. L'hémianesthésie sensitivosensorielle persiste.

« Les mois suivants, il est calme et se promène dans la section. Le 10 juin, le malade a une série de crises et à leur suite la contracture du côté droit est revenue. Il est resté plusieurs jours au lit, dans l'état où il était, du mois de janvier au mois d'avril. Il se croyait au 17 avril. Il parlait impersonnellement comme alors. Le lendemain la contracture avait disparu et le sujet était revenu à son état primitif.

« Pendant les six derniers mois de l'année 1884, V... n'a présenté aucun phénomène nouveau. Son caractère est modifié. Il était doux pendant la période de contracture ; en dehors de ces périodes il est indiscipliné, taquin, voleur. Il travaille irrégulièrement. Les attaques sont toujours assez fréquentes. La contracture ne reparaît pas une seule fois, mais l'hémianesthésie conserve son caractère de stigmate indélébile. V... garde quelques idées délirantes. Le 2 janvier 1885, après une scène de somnambulisme provoqué, suivie d'une attaque, il s'évade de Bicêtre en volant des efiets d'habillement et de l'argent à un infirmier, comme lors de son évasion de Bonneval.

« Il reste plusieurs semaines à Paris, en compagnie d'un ancien compagnon d'asile dont il avait fait la rencontre. Le 29 janvier 1885, il se fait engager dans l'infanterie de marine et arrive à Rochefort le 31 janvier. Pendant son séjour à la caserne il commet des vols. Envoyé devant le conseil de guerre, une ordonnance de non-lieu est prononcée le 23 mars 1885, et le 27 mars, il entre en observation. Dès son entrée, il est pris d'une série d'attaques d'hystéro-épilepsie. Le 30 mars, il présente une contracture de tout le côté droit, qui se dissipe au bout de deux jours, mais il reste paralysé et insensible de toute la moitié droite du corps. »

L'observation de Louis Y... est certainement la plus complexe et la plus riclie en détails que nous possédions, bien qu'elle contienne quelques parties obscures. Un premier fait s'en dégage, c'est qu'à certains moments, Louis V... perd brusquement le souvenir de périodes importantes de son existence antérieure et entre dans un nouvel état psychologique où il change totalement de caractère, et oîi la distribution de la sensibilité et du mouvement se fait dans son corps d'une façon tout à fait différente. L'état nouveau se distingue donc du précédent par trois signes principaux: 1° l'état de la mémoire; 2° l'état du caractère; 3° l'état de la sensibilité et du mouvement. Ce dernier point est un de ceux qui constituent l'originalité de l'observation de ce malade; chez les autres hystériques dont on a rapporté l'histoire jusqu'ici, on n'a point étudié les changements de sensibilité qui se rapportent aux changements d'état psychologique. M. i\.zam y fait à peine allusion, en ce qui concerne Félida; il passe rapidement, tandis qu'on aurait désiré une étude méthodique. Le cas de Louis Y... remplit donc une lacune importante dans nos connaissances; probablement, il ne présente rien d'exceptionnel à cet égard, et tous les malades qui ont des états seconds doivent présenter comme lui des modifications sensitivo-sensorielles qui sont le signal du passage dans un nouvel état. Cela est nécessaire, logique : du moment que le caractère se modifie, et que la mémoire change d'amplitude, il est naturel que la faculté de percevoir des sensations soit également atteinte; c'est le contraire qui nous étonnerait.

Les auteurs ont profité de ces variations de la sensibilité pour faire une série de recherches expérimentales sur leur sujet; ils sont parvenus à provoquer en quelque sorte à volonté telle ou telle des personnalités de leur malade, ce qu'on n'avait pas encore obtenu jusque-là dans la môme mesure, et avec autant de méthode. C'est là en somme le grand intérêt de cette observation, et ce qu'elle nous a appris de plus nouveau. Nous y reviendrons dans la partie

LES SOMNAMBULISMES SPOxNTANES 29

de ce livre qui est consacrée aux phénomènes expérimentaux.

Il reste à définir et à classer l'état pathologique de V.... On a comparé ce cas à celui de Félida; cette comparaison est justifiée par bien des faits, et les analogies sont frappantes; il y a des changements d'état psychologique, marqués par le caractère et la mémoire; sans doute, ces états sont plus nombreux chez Y.,., on en a même compté jusqu'à six, qui ont chacun leur mémoire propre, comme l'expérimentation sur le malade a permis de le montrer; mais cette question de chiffre n'a point une importance générale, et du reste il a existé chez Félida au moins trois états distincts.

M. Proust a publié récemment * un cas curieux d'automatisme ambulatoire chez un hystérique. Voici son observation :

« Emile X..., trente-trois ans ; fils d'un père original et buveur; mère nerveuse, un frère cadet rentrant dans la catégorie des arriérés. Lui, au contraire, est d'une intelligence assez vive. Il a fait de bonnes études classiques et remporté même des succès dans les concours académiques. Après avoir étudié la médecine pendant quelques mois, il est" passé à l'étude du droit, s'est fait recevoir licencié, et, depuis quelques années, il est inscrit au tableau de l'ordre des avocats à Paris.

« Emile X... a présenté les signes les plus manifestes de la grande hystérie (attaques, troubles de sensibilité, de motilité, etc., etc.). Il est presque instantanément hypnotisable. Il suffit qu'il fixe un point dans l'espace, qu'il entende un bruit un peu fort, qu'il éprouve une impression vive et subite pour que, aussitôt, il tombe dans le sommeil hypnotique. Il était, un jour, au café, place de la Bourse. 11 se regarde à la glace. Immédiatement il s'endort. Etonnées et effrayées les personnes avec lesquelles il se trouvait le conduisirent à l'hôpital de la Charité où on le réveilla.

« Une autre fois, au Palais, pendant qu'il plaide, le pré-

\. Tribune médicale, 27 mars 1890.

sident le regarde fixement. Il s'arrête court, s'endort, et ne peut reprendre sa plaidoirie que lorsqu'un de ses confrères, qui connaît son infirmité, l'a éveillé.

« Mais ce n'est pas tout.

(( A certains moments, Emile X... perd complètement la mémoire. Alors, tous ses souvenirs, les plus récents comme les plus anciens, sont abolis. 11 a complètement oublié son existence passée. Il s'est oublié lui-même. Cependant, comme il n'a pas perdu la conscience, et que, pendant toute la durée de cette sorte d'état de condition seconde, — qui peut se prolonger pendant quelques jours, — il aura, comme dit Leibniz, « l'aperception de ses perceptions », une nouvelle vie, une nouvelle mémoire, un nouveau moi commencent pour lui. Alors il marche, monte en chemin de fer, fait des visites, achète, joue, etc.

(( Quand, subitement, par une façon de réveil, il revient à sa condition première, il ignore ce qu'il a fait pendant les jours qui viennent de s'écouler, c'est-à-dire pendant tout le temps de sa condition seconde.

« Ainsi, le 23 septembre 1888, il a une altercation avec son beau-père (le second mari de sa mère). Il est vivement impressionné par cette altercation dont il a gardé le souvenir très présent. Mais il ignore ce qu'il a fait depuis cette date du 23 septembre jusqu'au miheu d'octobre suivant. A cette dernière époque, c'est-à-dire trois semaines après sa dispute avec son parent, on le retrouve à Yillars-Saint- Marcelin (Haute-Marne). Gomment a-t-il vécu? où est-il allé? 11 l'ignore. Ce qu'il en sait, il l'a appris depuis par des rapports venus de divers côtés. On lui a dit qu'il s'était rendu chez le curé de Yillars-Saint-Marcelin, « qui l'avait trouvé bizarre », qu'il était allé faire visite à un de ses oncles, évoque in partibiis dans la Haute-Marne, et que là, il aurait brisé difiérents objets, déchiré des livres et même des manuscrits de son oncle. 11 a su, depuis, qu'il avait contracté cinq cents francs de dettes pendant ses pérégrinations, qu'il avait été traduit devant le tribunal de Yassy pour acte de filouterie et condamné par défaut.

LES SOMNAMBULISMES SPONTANES 31

« Autre épisode :

« Le 11 mai 1889, il déjeune dans un restaurant du quartier latin. Deux jours après, il se retrouve sur une place de Troyes. Qu'a-t-il fait pendant ces deux jours? Il n'en sait pas le premier mot. Tout ce qu'il se rappelle, c'est qu'en revenant à lui, il s'aperçut qu'il avait perdu son pardessus et son porte-monnaie contenant deux cent vingt-six francs.

«Dans l'observation d'Emile X... comme dans les observations similaires, on relève, notamment, les deux points suivants :

« 1° Une rupture dans la continuité des phénomènes de conscience, et ce, bien que l'individu, pendant cette rupture, aille, vienne, agisse conformément aux habitudes de la vie courante.

« 2° S'il y a discontinuité entre les phénomènes de conscience de la période de condition seconde et ceux de la vie normale, il y a, au contraire, continuité entre les phénomènes de conscience des périodes de condition seconde.

« Ainsi, Emile X..., dans son état normal, ignore ce qu'il a fait pendant les périodes d'automatisme ambulatoire, mais il suffit, en le plongeant dans le sommeil hypnotique, de le replacer en condition seconde pour qu'aussitôt il se rappelle les moindres détails de ses pérégrinations. Éveillé, il ne sait ce qu'il a fait du 23 septembre au 15 octobre; endormi il révèle les incidents de son voyage. S'il a dépensé cinq cents francs c'est qu'il a joué. 11 dit les sommes perdues, et à quel jeu. 11 donne le nom de son partenaire. Il raconte tout ce qu'il a fait et dit chez le curé son ami, et chez l'évêque son oncle.

« Même chose pour sa fugue à Troyes. Pendant le sommeil provoqué il dit : « Le 17 mai, au sortir du restaurant, j'ai pris une voiture, je me suis fait conduire à la gare de l'Est. Je me suis embarqué par le train de 1 h. 25 et suis arrivé à Troyes à 5 h. 27; je suis descendu à l'hôtel du Commerce, chambre n° 5. J'ai déposé mon pardessus, qui renfermait mon porte-monnaie, sur le dossier d'un fauteuil. Je suis

ensuite allé au café place Notre-Dame, puis je suis rentré dîner à 6 h. et demie. Je suis allé faire visite à un négociant de ma connaissance, M. C..., et j'ai passé chez lui la soirée jusqu'à 9 heures. Puis je suis revenu me coucher. Je me suis levé le lendemain à 8 heures, j'ai déjeuné chez M. G.... Je l'ai quitté après déjeuner, j'ai pris la rue de Paris et me suis senti malade. Je me suis alors adressé à un sergent de ville qui m'a conduit chez le commissaire de police, et de là à l'hôpital de Troyes, où on m'a réveillé. »

« A titre de renseignement complémentaire, j'ajouterai le détail suivant :

« Après avoir appris du malade endormi l'endroit où il avait laissé son pardessus, nous l'avons engagé, après son réveil, à écrire à l'hôtel du Commerce. Le surlendemain, à son grand étonnement, il recevait son pardessus et son porte-monnaie avec les 226 francs qu'il renfermait. Ces objets, je l'ai dit, étaient égarés depuis plus de six mois, et notre malade manquait d'argent.

«Emile X... avait été condamné, par le tribunal de Vassy, pour filouterie commise pendant sa période d'automatisme ambulatoire. Le jugement a été annulé quand on a su dans quelles conditions le délit avait été commis.

« Plus récemment Emile X... a, de nouveau, été inculpé d'escroquerie. 11 aurait emprunté une somme, d'ailleurs minime, à un employé du palais de justice, en se targuant d'une qualité fausse.

« Sur un rapport de MM. Motet et Ballet, une ordonnance de non-lieu a été rendue en sa faveur. »

L'observation de M. Proust se rapproche beaucoup de celle de Félida : changement de caractère pendant les états seconds, et perte de mémoire à la suite; mais tout cela aurait besoin d'être étudié avec soin, et un grand nombre de détails font défaut. Notons en passant un point intéressant, et qui ne se rencontre pas dans les observations précédentes; mis en somnambulisme hypnotique, Emile X... retrouve les souvenirs de l'état second.

Il faut ajouter à la série d'observations qu'on vient de

LES SOMNAMBULISMES SPONTANES 33

lire celle qui a été publiée par Weir-Mitchell; elle constitue elle aussi une répétition intéressante du cas de Félida. Il s'agit d'une jeune fille âgée de vingt ans, de caractère triste, mélancolique, timide; celte personne est envahie par un sommeil qui dure plus de vingt heures; au réveil, on s'aperçoit qu'elle a oublié totalement son existence antérieure, ses parents, son pays, la maison où elle demeure; on peut la comparer, dit l'auteur, à une enfant qui serait à l'état de maturité. On est obligé de recommencer son éducation; on luij apprend à écrire, et on remarque à ce propos qu'elle écrit de droite à gauche, comme dans les langues sémitiques.

Elle n'avait à sa disposition que cinq ou six mots, vrais réflexes d'articulation qui étaient pour elle dénués de sens. Le travail de rééducation, conduit méthodiquement, dura de sept à huit semaines. Son caractère avait subi un changement aussi profond que sa mémoire; timide à l'excès dans son premier état, elle était devenue gaie, expansive, bruyante, hardie jusqu'à la témérité; elle courait les bois, les montagnes, attirée par les périls de la contrée sauvage qu'elle habitait. Puis une nouvelle attaque de sommeil se produit; la malade revient à son premier état; elle en retrouve tous les souvenirs, elle en reprend le caractère mélancohque, qui paraît s'être aggravé; nul souvenir conscient ne subsiste du second état. Une nouvelle attaque fit revenir ce second état, avec les phénomènes de conscience qui l'accompagnaient la première fois. La malade passa successivement un grand nombre de fois d'un de ces états à l'autre; ces changements se répétèrent pendant une période de seize ans. Au bout de cette période, les variations cessèrent; la malade avait alors trente-six ans; elle vécut dans un état mixte, mais plus voisin du second que du premier; le caractère n'était ni triste, ni bruyant, mais raisonnable. Elle mourut à soixante-cinq ans \

Il faut terminer ici la liste des observations; celles que

Page 1