‹ Les alternances; poèmesChapitre 10 sur 44 · EVOCATION · texte numérisé non relu

EVOCATION

Le noir espace, beau pour une occulte feet, A, pour moi, recueilli la vie et la répète En des formes qu'agite un frisson d'océan. Dans cette irruption d'images se créant. Peu à peu se dessine une énorme cohue Qui se démène, lutte et vers l'argent se rue, Pour garder plus longtemps, sous le ciel angoissé, Le don prodigieux de vivre et de penser. Puis cette multitude, aux gestes frénétiques Si divers et pourtant par leur but identiques,

S'ordonne et représente une autre humanité Grande d'incertitude et de complexité:

L'humanité qui veut — gourmande insatiable — Joindre aux plaisirs des sens ceux de l'âme, à sa table, Et, ne pouvant jamais sonder toute sa nuit, S'effare du cloaque affreux où la conduit L'attachement à la matière cajoleuse; L'humanité ravie à la fois et peureuse D'ouvrir à tous les vents prometteurs son cerveau. Et qui, tenace en son espoir de renouveau. Cherche son équilibre aveuglément, sans trêve. Entre les deux néants de la Terre et du Rêve.

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