‹ Les alternances; poèmesChapitre 3 sur 44 · NOS ŒUVRES · texte numérisé non relu

NOS ŒUVRES

Si banals soyez-vous, maisons, meubles, habits, Engins accoutumés, nécessaires outils,

Objets de formes innombrables.

Que de pensée et de sueurs vous recelez; Que d'hommes ont connu des moments affolés

A vous rendre plus désirables!

Je vois ceux qui, ravis d'un concept et crispés, Adjurent des contours nettement découpés

De luire en l'idée imprécise.

Et sentant l'embryon amorphe en leur cerveau Recommencent, d'après un augure nouveau,

L'obsédant travail qui les grise.

L'idée écarte enfin son manteau de brouillard. Pour la réaliser la main prête son art,

Et l'homme, ensorcelé, surveille La matière qui semble, inerte, se livrer Mais se refuse impudemment à générer

L'étonnante et simple merveille.

Laide ou belle, d'argile ou de fer, l'œuvre naît. Si longtemps qu'elle dure, en elle on reconnaît

Une époque d'exubérance.

Plus le désir fut grand, plus rude fut l'effort Et plus l'homme, devant l'ambition d'alors.

Revit sa joie et sa souffrance.

Temple où chacun retrouve un autel favori. Le monde est plein d'objets qui parlent à l'esprit

S'il fallait que tous on les aime Le cœur éclaterait de trop d'émotions, Mais à l'œil fureteur viennent seuls les rayons

Des dieux qu'on a sculptés soi-même.

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