‹ Les amants magnifiquesChapitre 30 sur 48 · SCÈNE IV ERIPHILE, CLÉONICE, SOSTRATE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ERIPHILE, CLÉONICE, SOSTRATE

ERIPHILE,

Hélas! quelle est ma destinée, et qu'ai-je fait aux dieux pour mériter les soins qu'ils veulent prendre de-moi ?- .—■-' .— -■ ..- ■■ ' - ■ '--'■

CLÉONICE

Le voici, Madame, que j'ai trouvé, et, à vos premiers ordres, il n'a pas manqué de me suivre.

ACTE IV, SCENE IV . 77 ■ ■'. Qu'il "approche,■•Cléonice, et qu'on nous laisse seuls un moment. — Sostrate, vous m'aimez ?

SOSTRATE

Moi, Madame?

ERIPHILE.

Laissons cela, Sostrate ; je le sais, je l'approuve, et vous permets de me le dire. Votre passion a paru à mes yeux, accompagnée de tout le mérite qui me la pouvoit rendre agréable. Si ce n'étoit le rang où le Ciel m'a fait naître, je puis vous dire que cette passion n'auroit pas été malheureuse, et que cent fois je lui ai souhaité l'appui d'une for-- . tune qui pût mettre pour elle en pleine liberté les secrets, sentiments de mon âme. [Ce n'est pas, Sos-trate, que le mérite seul n'ait à mes yeux tout le ■ prix qu'il doit avoir, et que dans, mon coeur je ne préfère les vertus qui sont en vous à tous les titres magnifiques dont les autres sont revêtus. Ce n'est pas même que la princesse ma mère ne m'ait assez laissé la disposition de mes. voeux., et je ne douté, point, je vous^l'avoue, que mes prières n'eussent, pu tourner son consentement du côté que j'aurais voulu; mais il est des états, Sostrate, où il n'est pas honnête de vouloir tout ce qu'on peut faire. Il y a des chagrins à se mettre au-dessus de toutes choses,.et.lès-bruits fâcheux de la renommée vous font trop acheter le plaisir que l'on trouve à conlenter son inclination. C'est à quoi, Sostrate, je ne me serais jamais résolue, et j'ai cru faire assez de fuir l'engagement dont j'étois sollicitée.] Mais enfin, les dieux veulent prendre le soin eux-mêmes de me donner un époux; et tous ces longs délais avec lesquels j'ai reculé mon mariage, et que les bontés de la princesse, ma mère, ont ac-cordés à mes désirs, ces délais, dis-je, ne me sont plus permis, et il me faut résoudre à subir cet arrêt du Ciel. Soyez sûr, Sostrate, que c'est avec toutes les répugnances du monde que je m'abandonne à cet hyménée, et que, si j'avois pu être maîtresse de moi, ou j'aurais été à vous, ou je n'aurais été à personne. Voilà, Sostrate, ce que j'avois à vous dire, voilà ce : que j'ai cru devoir à votre mérite, et la consolation que toute ma tendresse peut donner à votre flamme.

Y SOSTRATE

Ah ! Madame, c'en est trop pour un malheu-reux ! Je ne m'étois pas préparé à mourir avec tant de gloire, et je cesse, dans ce moment, de me plaindre des destinées. Si. elles m'ont fait naître dans un rang beaucoup moins élevé que mes désirs, elles m'ont fait naître assez heureux: pour attirer quelque, pitié, du coeur d'.une gran-de.princesse; et cette pitié glorieuse vaut des sceptres et des cou-ronnes, vaut la fortune des plus grands princes de la terre. . Oui, Madame, dès que j'ai osé vous

ACTE IV, SCÈNE IV 79 aimer (c'est vous, Madame, qui voulez bien que je me serve de ce mot téméraire),-dès que j'ai, dis-je, osé vous aimer, j'ai condamné d'abord l'orgueil de mes désirs, .je me suis fait moi-même la destinée que je devois attendre. Le coup de mon trépas, Madame, n'aura rien qui me sur-prenne, puisque je m'y étois préparé; mais vos bontés le comblent d'un honneur que mon amour jamais n'eût osé espérer, et je m'en vais mourir, après cela, le plus content et le plus glorieux de tous les hommes. Si je puis encore souhaiter . quelque chose, ce sont deux grâces, Madame, que je prends la hardiesse de vous demander à ge-noux: de vouloir souffrir ma présence, jusqu'à cet heureux hyménée.qui doit mettre fin à ma vie, et, parmi cette grande gloire et ces longues prospé-rités que le Ciel promet à votre union, de vous souvenir quelquefois de l'amoureux Sostrate.

Puis-je, divine Princesse, me promettre de vous celte précieuse faveur?

ERIPHILE.

Allez, Sostrate, sortez.d'ici. Ce n'est pas aimer . mon repos que de me demander que je me sou-vienne de vous.

SOSTRATE

Ah ! Madame, si votre repos...

Olez-vous, vous dis-je, Sostrate ^épargnez ma foiblesse, et ne m'exposez point à plus queje n'ai résolu.

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