Cuyp. Paysage. Acquis 1 1 ,000 francs pour l'Angleterre
86. Koning. Paysage. Acquis 2,000 francs par Lafontaine. Aujourd'hui au Musée de Bruxelles.
98. Van der Neer. Paysage. Acquis 1,200 francs par M. Brunet-Denon.
99 et 100. Adrien Ostade. Intérieur. Intérieur de cour. Acquis, le premier 3,oo5 francs, le second 7,410 francs, par M. Brunet-Denon. (Vente Brunet-Denon, n°* 129 et i3o.)
104. Rembrandt. Jésus au jardin des Oliviers. Acquis 2,25 1 francs par Emerson pour l'Angleterre.
iii.% Rubens. Martyre des Macchabées. Acquis i,5oi francs par Pérignon.
Le 'Baron Vivant-Denon. 44S
1 14. Jakob Ruysdael. Paysage. Acquis 18^700 francs par Brunet-Denon.
125. Adriaan van de Velde. Paysage et animaux. Acquis 620 francs par le chevalier de Claussin.
144. Chardin. La Serinette. Acquis 600 francs par Constantin. A passé dans les ventes d'Houdetot et de Morny, où il fut payé 7,100 francs.
145. Chardin. Le Benedicite. Acquis 219 francs par Saint, le miniaturiste, à la vente de qui (n° 48) je l'ai vu adjuger à M. Lacaze au prix de 5oi francs. Figure aujourd'hui au Louvre sous le n* 170 du Catalogue Lacaze.
146. Clouet. Portrait de Charles IX. Acquis 3oi fr. par Pérignon. Répétition sans doute originale du tableau du Louvre, n° 107 de l'école française. Mais ce n'est pas le même, comme on Pentend dire quelquefois. Le tableau du Louvre fut envoyé à Vienne en 1 570 avec un autre portrait de grandeur naturelle qui figure encore au Belvédère, à l'occasion du mariage de Charles IX avec Elisabeth d'Autriche, fille de Maximilien II. Jl y resta jusqu'en 1809, et fut rapporté en France à la suite de la bataille de Wagram.
157. Greuze. Tête de jeune fille. i58. Tête de jeune femme. Acquis pour 930 francs les deux. Ils vaudraient aujourd'hui 40,000 francs au moins.
174. Poussin. Site d'Italie. Acquis 1,400 francs par Henry l'expert, et légué par lui au Musée de Cherbourg, où il figure sous le titre de Vue de Rome. Attribution erronée. Très-probablement un Le Maire-Poussin, ce qui n'est pas la même chose,
446 Les oAmateurs d'autrefois.
176. Prudhon. Quatre esquisses de panneau. Ce sont les esquisses des panneaux décoratifs exécutés pour l'hôtel de la Reine Hortense, rue Laffitte . Acquises 3,66o francs par M. Valedeau et léguées par lui au Musée de Montpellier, où elles sont encore. Elles se vendraient aujourd'hui de 3o,ooo à 40,000. francs.
187. Watteau. Le Gilles. Acquis 65o francs par M. Brunet-Denon. De chez M. Brunet-Denon il passa à M. de Cypierre, à la vente de qui M. Lacaze s'en rendit acquéreur pour 880 francs. Légué au Louvre par M. Lacaze, il porte dans le catalogue de cette collection le n* 260. M. Lacaze en a plusieurs fois refusé 3oo,ooo francs offerts par l'Angleterre. En outre, M. Denon racontait sur ce tableau l'anecdote suivante : Eu 1804.il était étalé par terre à la porte d'un obscur marchand de bric-à-brac de la place du Carrousel, à qui il servait d'enseigne. Pour attirer les chalands, le pauvre diable avait écrit à la craie, sur la figure même, ce refrain d'un ancien vaudeville :
Que Pierrot serait content S'il avait l'art de vous plaire !
Denon passait tous les jours devant cette boutique. L'appel incessant de cette enseigne finit par lui agacer les nerfs. Il céda à la tentation, et, malgré les reproches de son maître David, finit par emporter le Gilles pour 3oo francs. En un demi-siècle, la somme a dix fois centuplé.
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202. Gérard. Portrait de Mademoiselle Georges. Acquis 3.,oio francs par M. de Pourtalès. Il reparut à la vente Pourtalès sous le n° 260. Vendu à ce moment pour 2,120 francs.
Parmi les dessins, j'ai noté en passant :
298. Raphaël. Descente de croix. Payé 3,825 francs par le roi des Pays-Bas. A la vente faite en i85o, il fut acquis par le Louvre au prix de i6,65o francs. Exposé au Louvre sous le n° 319 (Catalogue de 1866).
366-409. Parmesan. Quarante- trois dessins vendus 7,3oo francs.
606. Albert Durer. La Trinité. Cest le dessin du magnifique tableau du Musée de Vienne. Acquis par le général Griois, j'ignore à quel prix, il passa depuis dans la collection de M. Reisset, et appartient aujourd'hui à Mgr le duc d'Aumale.
Les noms d'acquéreurs qui se retrouvent le plus fréquemment sont ceux de Gros le peintre, Revil le célèbre collectionneur, Gatteaux de l'Institut, de Rothschild, Silvestre, de Gouvello, Pérignon l'expert, Saint, de , Pourtalès , Panckoucke , Norblin , de Saint - Aignan , Nieuwenhuys, de La Salle.
Le Catalogue des monuments comprend les divisions suivantps : Antiquités égyptiennes, de 1 à 265. — Monuments babyloniens et persans, 266-271 . — Antiquités grecques, 272-402. — Monuments italiotes, 403-415. — Monuments romains, 416-582. — Monuments historiques, 583-654- — Monuments du moyen âge et modernes, 655-786. — Boîtes, médaillons, etc., 787-828. —
t il
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Meubles , colonnes, vases, 829-868. — Ouvrages orientaux, 869-i33i. — Objets divers, i332-i3go. L'énumération de chaque objet digne d'une mention deviendrait fastidieuse. Je me borne à rappeler les noms des principaux acquéreurs : Turpin de Crissé, Yarmouth (c'est le marquis de Hertford), comte de Survilliers (Joseph-Bonaparte), Constantin, de Clarac (le conservateur des antiques qui achetait pour le Louvre), prince de Beauvau, de Lariboissière, Gourgaud, Lamy, le rival de M. Sauvageot; Sauvageot lui-même, de Monville, du Sommerard, Baron, de Guigne, le collectionneur de chinoiseries; les marchands Roussel, Lherie, Couvreur, Rollin, Dubois, Hazard. Les pièces les plus remarquables cfens la série du moyen âge et de la renaissance passèrent dans le cabinet de M. Sauvageot, et ne constituent pas une des moindres richesses du Louvre. D'autres sont placées au Musée de Cluny.
Enfin le Catalogue des estampes et livres à figures fut rédigé par le vieil ami de M. Denon, M. Duchesne aîné, conservateur du Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale, qui tint à honneur de donner à la mémoire de son ami cette suprême marque d'intérêt. Les estampes sont numérotées de 1 à 604, les livres de 604 à 800. J'indique rapidement, dans la première série, des nielles très-rares, les œuvres de Marc-Antoine, de Lucas de Leyde, de Rembrandt, de Cal lot, provenant du comte Zanetti dont Denon avait acheté la collection entière en 1790. L'œuvre de Callot comprenait quinze cent soixante-quatorze pièces à contenues dans trois volumes
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in-folio. M. Duchesne s'en rendit acquéreur au prix de 1,000 francs pour le Cabinet des estampes, où il est encore. Les principaux acquéreurs sont les peintres Gérard et Saint, et les marchands Defer, Pieri-Benard, Guichardot et Deflorenne.
Les livres sont principalement des livres d'art, des recueils de gravures, des descriptions de musées et de monuments publics et de collections privées, des voyages pittoresques. Ils constituent des instruments de travail plutôt que des desideratum de bibliophiles. Sous le n° 726 figure un exemplaire des Chansons de M. de Laborde, avec estampes par Moreau. Quatre volumes maroquin rouge, dorés sur tranche. Vendu 20 francs en 1826, cet exemplaire monterait certainement à 2,000 francs en 1876. 11 était naturel qu'il ornât la bibliothèque de Denon qui avait gravé le portrait de l'auteur , manquant à beaucoup d'exemplaires.
L'ensemble de la collection, si elle était mise en vente de nos jours, ne suivrait pas la même progression que les Chansons de de Laborde , mais atteindrait un chiffre bien supérieur à celui de 1826. Le total des vacations s'éleva à 25o,ooo francs. Ce n'est pas exagérer de dire qu'aujourd'hui les mêmes objets soumis aux enchères publiques dépasseraient trois millions. Denon n'avait pas eu la main malheureuse.
J'ai déjà dit qu'un certain nombre d'objets furent acquis
par le neveu de Denon, M. Brunet-Denon, dont ils allé*
rent enrichir le cabinet. Après sa mort, on fit une venté
publique, dirigée par M. Bonnefons de La vi aile. Le cata*
4S0 Les oAmateurs d'autrefois.
logue, rédigé comme on les rédigeait alors (1) , c'est-àdire d'une façon hâtive, sans beaucoup de soin et sans grande critique par les deux experts, MM. Roussel et Defer, est divisé en deux parties. La première, comprenant les bronzes , faïences, émaux, bois, ivoires, porcelaines, chinoiseries, meubles et objets divers, va du n* 1 au n° 741 ; la seconde , comprenant les tableaux, dessins, pastels, miniatures, manuscrits, estampes, livres à figures, etc., est numérotée de 1 à 466. La vente dura treize jours, du 2 au 1 5 février, et produisit plus de 3oo,ooo francs. Or la collection Brunçt-Denon se composait d'un tiers à peu près de la collection Denon. Ce tiers, vendu 300,000 francs en 1846, représente donc le tiers des 25o,ooo francs, total de la somme qu'avait atteinte la collection en 1826, soit 82,000 francs. En un mot, ce qui s'était vendu 25o,ooo francs en 1826 aurait atteint en 1846 le chiffre] de 750,000 francs. La valeur des objets d'art avait donc triplé en vingt ans. Que Ton prenne cette base comme proportion de la progression de la valeur de ces objets, et Ton arrive, en 1876, au total exact de 2,25o,ooo francs. Un beau chiffre, on le voit. J'assistai à plusieurs vacations de cette vente, et je vois encore les mouvements d'épaules,
(1) Catalogue et une belle collection et objets d'art et de haute curiosité composant le cabinet de feu M. le baron Brunet- Denon , dont la vente aura lieu le 2 février 1846 et jours suivants, rue des Jeûneurs 16 par le ministère de M. Bonnefons de Lavialle. Paris, 1846 Maulde et Renou, 1 vol. in-8°.
Le Itaron Vtvant-Denon. 4S1
j'entends les cris de détresse des vieux amateurs confondus par l'exagération des prix auxquels montaient des objets qu'ils avaient vu vendre dix fois moins cher vingt ans plus tôt- Le goût était perdu , disaient- ils , et était remplacé par un hofiteux esprit mercantile; la fin du monde était proche. Nous tenons absolument le même langage en 1876; nos fils surenchériront sur nous en 1906, et le monde* n'en marchera pas moins > et les belles choses ne trouveront pas moins des acquéreurs d'un goût fin et délicat comme était le baron Vivant-Derion, persuadés que tout objet où Part a marqué son empreinte n'a de valeur que celle que la passion, une noble et belle passion, lui donne. Le vingtième siècle en aura, gardons-nous d'en douter.
Février 1876.
•JUti*