Lister, p. loS
?. Au coniluent de l'Indre et de la I.oire, canton dWzayde-Rideau.
LE SURINTENDANT EOUGQIJET
nicur ne perd jamais ses droits; — la terrasse fut faite et, dans la partie inférieure, on réserva une niche tout exprès pour loger les deux Egyptiens.
C’est là c;[ue La Sauvagère les vit en lyèo. Il habitait aux environs, à deux lieues d’Ussé, et s'occupait beaucoup d'antiquités locales; il se passionna pour les sarcophages et publia sur leur compte une dissertation sous forme de lettre adressée à Court de Gébelin, avec deux planches reproduisant un des monuments et la copie des hiéroglyphes*. Trente ans plus tard, en 1780, La Sauvagère se trouvait encore à Ussé; le prince de Montbazon venait d’acquérir le château et notre antiquaire, lui indiquant un des sarcophages, ne put s'empêcher de dire : « Mon prince, vous avez là un morceau qui vaut à lui seul autant que votre terre! — Monsieur, reprit celui-ci, si vous voulez, je vous fais présent de onze cent mille francs : la terre m’en coûte douze cents, et je vous laisse la statue pour cent mille. — La Sauvagère l’aurait pris au mot s'il eût possédé cette somme *. »
A la Révolution, la terre d’Ussé appartenait à Louis-Vincent Roger, marquis de Chalabre, qui avait émigré. Son fils la vendit en 1807 au duc de Duras**; mais, comme il attachait une valeur particulière aux deux tombeaux, il refusa de les comprendre dans la vente, leur lit faire une seconde fois le voyage de Paris, et les installa chez lui, où tout le monde fut admis à les voir b Depuis cette époc|ue ils avaient disparu, sans que personne ait appris ce c^u’ils étaient devenus.
Or, en 1848, un archéologue parisien bien connu, M. Bonnardot, visitant l’ancien cimetière de l’abbaye de Longehamps, démolie à la Révolution et convertie en ferme, découvrit, sur les bords d’un chemin traversé par les charrettes, deux pierres émergeant du sol et pré-
I. Kecueil d antiqnitcs dans les Gaules, par La Sau\'agcrt. Paris, 1770, p. La réponse
de Court de Gebelin est imprimée à la fin du recueil.
■2. nupetit-Thouais, Bio"r. unh>., article La Sauvagère.
-L Chalinel, Hist. de Touraine. Usse appartient aujourd’hui à M"" la marquise de La Rochejacquelein.
4. Dupetit- I hotiars, id. — Chalniel, id., III, àeo, donne une version dilVerente. A cette epoqtie les caisses de bois peint, rentermees dans les sarcophages, tombaient déjà en ruines. M. de Chalabre les laissa a Usse, ou M. Clenient tle Ris en a vu une partie en septembre 1S68. Ces débris (tnt disparu depuis.
sentant la forme de deux tètes coiffées d’une façon bizarre. En fouillant la terre avec sa canne, M. Bonnardot reconnut deux tombeaux égyptiens à face humaine. Il signala sa découverte au propriétaire de la ferme qui habitait Paris et qui n’était autre que M. de Chalabre, le fils de celui dont nous venons de parler. Ce dernier, ne sachant où placer ces deux pièces encombrantes, les avait fait transporter à la ferme de Longchamps pour s'en débarrasser, et avait fini par les oublier '.
11 n’était que temps de les sauver ; on s’empressa de les déterrer pour les ramener une troisième fois à Paris, et voilà nos deux voyageurs encore sur les grands chemins. Sur ces entrefaites, le pro-
priétaire mourut laissant un héritier mineur. Il fallut liciter, faire des annonces, une notice imprimée, une exposition publique; bref, la vente eut lieu le 19 décembre 1844, par le ministère de M'" Malard, commissaire-priseur. M. Roger de Chalabre, avocat, et ses deux sœurs ]yjmcs qq-igant de Beaumont, déclarés adjudicataires, s'empressèrent d’offrir ces précieuses reliques à la Liste civile, et celle-ci les accepta l’année suivante, en 1845 '.
Les sarcophages reposent enfin dans les salles du Musée égyptien, au Louvre, sous les numéros D 5 et D 7 ^ ; ils ont bien gagné
leurs invalides. La science moderne a déchiffré les noms des pro-
priétaires : ils s’appelaient, l’un Hor-Kheb, l’autre Ank-mer, deux personnages inconnus, et vivaient sous la dynastie ; les rois Chéops et ChejDhren ne sont pour rien dans l’aventure.
1. M. Bunnirdot, auquel je dois ces détails, m’a montre le plan des lieux dressé par luiméme d’après un plan de 1 707 que M. de Chalabre lui avait confie. Conf. la version purement imaitinaire de M. Gresy, p. 8, note.