‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 90 sur 138 · I. \ VILLE · texte numérisé non relu

I. \ VILLE

déploie une puissance ic une vertigi-

neuse célérité. Lorsque, en 1867, le palais Bion chrétienne

prit feu, le lire, vovant que ton rdu, mil en

marche sans attendre un instant, <d frappant à la porte dos négoits riches :

— ; .Noire maison brûle 4 dit-il: Les pompes sont à l'œu\ re, mais u. aïs ne sauverons rien! 11 nous faut un autre local, sur-lechamp. Aidez-nous !

Milliers après milliers, les dollars "tombèrent dans l'escan il.* du quêteur : el le feu n'était pas éteint, que la souscription € u- M\aii les irais d'un nouveau bâtiment, plus vaste et plus beau que le premier.

i n'est qu'un échantillon du christianisme fulgurant de Chicago. M. Moody — le fameux prédicateur, secrétaire de l'Union — réalise ce type rare du chrétien éclair !

Rien de pareil à sa mseùmqry school — école missionnaire. — En v assistant, je son feaisà c lu Mississipi, qui dévorent

l'espace en sautenl en l'air ! M. Moody parcourait la salle, s'assura ni ([îe1 chacun était au poste, jetant sur son p; quelques paroles

d'encouragement, communiquant à tous son fluide électrique. s pi e le temp particulières Fut é pulé,

u • 1,-t plate-for ae.Un coup de cloche;l'auditoire entier arrêta les jeux sur lui.

M. M M un bomme aux yeux noirs, perçants, à la voix

strident*; au maintien sérieux. Son enseignement fut bref, net,

précis; - a fréquentes uiterrogati us tenaient l'attention desenfantjs

iveil. M. Mood 3 a pour principe, qu'il s'agisse d'un meeting ou

d'un ■ c île, de m1 j per la i de sis auditeurs.

i. - de certaine réunion monstre — plus de cinq cents délégués devaienl y prendre la parole — M. Moody fit cette motion : Nul n'occupera la tribune durartl plus de trois i linutesl La motion p issa, un nombre prodigieux d' >rateurs purent se faire en! >n Ire, la prolixité américaine rencontra» des bornes, on ahorda d'emblée les questions importantes qu'il il de traiter, et, fait inouï

dans i"- annal ss d rlemetltaires, il n'y eut pas de

temps perdu !

its i i. "i courant de la plume, quetqui -uns provoqués par le sujel < ■•■• \ i ut donnw pkw d'effi-

cacité am sen ices rel iv ?

Discours de M. Moody,

Nos prédications manquent d'intérêt.. Elles n'ont rien de ce qu'il faut pour attirer les inconvertis. Nous nous attendons si peu à les voir entrer, que s'il s'en présentait an, nous resterions stupéfaits.

Secouez-vous, interrogez- vous, posez la question à quelque indifférent. Demandez à ceux qui n'agissent pas, ce qu'il y aurait à faire : Votre question les réveillera. Une fois en chaire, si vous n'avez rien à dire, lisez un verset de l'Ecriture, et laissez la parole à Dieu.

Ne suivez pas les ornières, fuyez les routes battues. Pour ma part, je ne redoute rien tant que cela.

Discours du Rév. Wynn.

Brisez vos plumes, parlez du cœur. Le don de la Pentecôte a été un don de paroles, non de plumes !

Une femme demandait à son mari de réprimander la cuisinière : — Bien ! répondit le brave homme. Je vais écrire une admonition soignée 1 — (Rires.) - Il l'écrit, sa femme prend ïe manuscrit, va le lire à la cuisinière, qui, naturellement, n'en écoute pas un mot ! __ Mme x***, d'abord vexée, réfléchit un instant, remet la prose de son mari en poche, et revenant à la bonne vieille méthode, administre à sa cuisinière une verte semonce, qui produit immédiatement l'effet désiré.

Rappelons-nous le manuscrit et la cuisinière»

Discours de M. W, Reynold.

L'Eglise n'entame pas les masses, pourquoi ? Jésus, lorsque Jean-Baptiste lui fit demander: « Es-tu Celui qui devait venir ? » — répondit : — « L'Evangile est annoncé aux pauvres. » — Et Jean fut convaincu.

En pouvons-nous dire autant ?

Savez-vous ce qui nous paralyse ? - Un christianisme fashionable t Nos sanctuaires appartiennent aux plus forts enchérisseurs. Les places, dans le temple de Dieu, se vendent et s'achètent. Si le Christ y descendait, il reprendrait son fouet de cordes et net-

toierait sa maison. En Europe, où les titres signifient encore quelque chose, j'ai vu riches et pauvres assis côte à côte : tous sont égaux, dans le lieu d'adoration. Réglons- nous là-dessus.

« — Le seul moyen de suhvenir aux frais du culte, dit-on, est de faire payer les sièges! » — J'étais membre d'une église, à Peoria laquelle se procurait non sans peine, en vendant ses places, juste seize cents dollars. J'appartiens aujourd'hui à une mission, dont les lieux de culte sont librement ouverts à tous. Une souscription volontaire de cinquante cents par semaine couvre amplement nos déboursés f

Mais quelque chose éloigne encore les pauvres : nos exhibitions de toilettes.

On dirait nos temples destinés à servir d'étalage aux modes les plus risquées, au luxe le plus ébouriffant! Comment s'y hasarderait un indigent mal vêtu ? Si nous n'atteignons pas les pauvres, c'est que les pauvres ne sont pas bienvenus chez nous.

Discours de M. Wines.

Une vieille femme, habillée chétivement mais proprement, entrait un jour dans l'église de X -. - Elle traversa toute une aile, cherchant des yeux, sans que nul lui offrît de place. Le pasteur l'aperçoit, interrompt son discours, descend de la chaire, lui présente le bras, la conduit à son propre banc, et l'y établit.— (Applaudissements.) - Dès lors, on ne laissa personne debout dans l'église de X*".

— Nommez l'homme!

— Le Rév. Tyng ! (Longs applaudissements.)

Sincèrement chrétien, embrasé de zèle, M. Moody ne peut supporter les paroles sans les actions. Volontiers il dirait avec l'apôtre : Tu parles de ta foi, montre-moi tes œuvres !

Je ne sais quel établissement charitable avait convoqué une réunion de gens pieux, dans le but d'aviser aux moyens de combler son déficit. Les faits établis, M. X"*, archi-miïlionnaire, se jeve; d'un accent contrit, il prie Dieu de toucher les cœurs douvm les bourses, d'envoyer la somme qui fait besoin ' - M. Moody, se levant à son tour, déclare que l'établissement en question m .1 besoin que de deux mille dollars, et qu'il trouve '',1' '"'-"• I""11' ll" moins, qu'un homme qui en vaut cinq cent mille M plus, demande au Seigneur ce que lui-môme peut, d'un trait de plume, octroyer sans se gêner !

330 LES A-MÉJUCAiNS CHEZ FAX.

Sitôt M. Moody est-il parvenu à réveiller la conscience d'un individu, il le met à l'œuvre. Aucun lieu, pour mal famé soit-il,ne lui parait inabordable; aucun mauvais sujet, inconvertissable! il lui est arrivé de former un chœur d'enfants, et de conduire cette petite armée à la conquête des ivrognes, des joueurs, des vauriens qui remplissent les débits de liqueurs.

Un jour, Moody entre dans une taverne avec son bataillon de choristes :

— Voulez-vous un chant, Messieurs ? fait-il.

Nul ne répond. Les enfants exécutent un hymne patriotique, on applaudit. M. Moody entonne un cantique, on l'écoute. Il distribue des traités, on les prend.

— Maintenant, prions ! dit-il.

— Non, non! crient plusieurs voix : Pas de prière ici!

— Pourquoi pas?— demande M. Moody. Puis, se mettant à genoux, il adresse à Dieu une fervente prière. Quelques hommes semblent émus ; Moody les engage à le suivre à la réunion du soir, afin d'en entendre davantage. La plupart des buveurs, cédant à son invitation, sortirent avec lui.

— Si Moody descendait en enfer ! ainsi dit-on h Chicago, en moins d'une semaine, il y aurait organisé une mission !

La société des écoles du dimanche compte maintenant trentesix missionary-schools, suivies par six mille cinq cents élèves — enfants et adultes — arrachés à la corruption. L'instruction a marché du même pas que l'industrie et le commerce. Nombre de gens se rappellent encore le temps où l'unique école de Chicago s'abritait dans une cabine formée de troncs d'arbres. Elle avait pour instituteur un soldat en retraite : William Cox.

Chicago possède maintenant trois cent soixante et treize écoles, dirigées par quatre cents instituteurs, et fréquentées par trente mille enfants. Ces écoles coûtent annuellement six cent cinquante mille dollars. Dix-huit mille élèves suivent des institutions particulières. Une université, une école de droit, deux collèges de commerce, trois séminaires, complètent l'arsenal pédagogique de Chicago.

Cela ne va pas mal, pour une ville qui compte à peine quarante années d'existence !

XLIIf

A\XA DICIiI\«O.V

J'eus, dans l'Ouest et dans l'Est, l'heureuse fortune d'entendre miss Anna E. Dickinson, l'éloquente onferenclôre.

Son hisloi-e tient du roman. Lorsque, en 1861, éclata la guerre, miss Dici.insop, jeun qaakeresse, sévit expuice>, pat les directeurs de la manufacture où elle travaillait à Philadelphie, pour avoir, dans une réunion de jeunes filles, prononcé avec un b\è,me nettement formulé, le nom sac-'o-saint du généra*. M'Cieiian. Les directea-'s ne s'attendaient guère à l'écioiaate vengeance qu'allait tirer de cet aiLont la jeune quakeresse, victime de leurs haines politiques.

Soit s y -npalbi.es aboîiiionnlsie«,soit nécessité de pou-.'voir a. son avenir et à celui des siens, miss Dickinson se mit à parler en public. Son thème était l'abolition de l'esclavage. S'ad.essant au Nord, elle le conjurait d'en finir avec le crime national.

La beauté de miss Dickinson, jointe à son talent oratoire, excitèrent bientôt l'intérêt. — On l'admirait, mais on e:i restait là; et l'hiver de J8G2 trouvait Miss Dlckl son à Concord, dans une pauvreté relat've, donnent, à raison de dix dollars, la de-niére des conférences qu'elle s'était engagée \ faire,, dans la ville d'fimetvon. Cette séance, où éclatèrent la pass'on et l'énergie de la jeune fille, assura son avenir. On é,aii à la veille de l'élection d'Ltat - Siaie election. — Les revers du Nord compromet aient les chances du parti répubi'cain. Frappé de la puissance oratoire que venait de déployer Anna Dickinson :

— Si nous pouvions engager ce" te jeu le fille à répéicr sa séance dans l'Etat! s'écrie le secrétaire du cornue cent al : La victoire serait à nous I

Le comité résolut de tenter l'expérience. 11 s'assura la coopération de miss Dickinson, et la campagne fut reprise à nouveau.

332 U ■ àINS CHEZ l.L.V.

Tous ne partageaient pas l'enthousiasme du comité. M. X"*, candidal de l'un des districts, écrivait au secrétaire : — N'allez pas

nous envoyer cet to femme, pour faire manquer mon election I

Mais, lorsque M. X'"' Ait miss Dickinson, qui parcourait alors la contrée, réunir autour d'elle des milliers d'auditeurs et partout allumer la flamme républicaine, le pauvre homme se ravisant, quoique un peu tard, adressa requête sur requête au comité, demandant à grands cris la célèbre oratrice ! On lui répondit comme dans la chanson :

Quand nous voulions, tu disais : non ! Quand tu voudras, nous dirons : non !

Cette femme ne parut pas ; le candidat fut battu. Ce qui n'empêcha pas le parti républicain de triompher sur toute la ligne.

Dès lors, chaque conférence vint ajouter un rayon à l'étoile de la jeune quakeresse. — Les chefs républicains du Connecticut ne désespéraient de gagner leur Etat à Lincoln. Ils appelèrent Anna Dickinson ; elle vint, vit, et vainquit ! Cette campagne de quinze jours fut une ovation prolongée. Les démocrates eux-mêmes, subissant l'entraînement général, déchirèrent leurs symboles pour le remplacer par le portrait de la jeune fille. Les pasteurs parlaient d'elle dans leurs homélies, le peuple l'appelait : Jeanne d'Arc ! et lorsque Lincoln l'emporta de quelques centaines de voix dans le Connecticut, Anna Dickinson, acclamée par des hourras, saturée de sérénades, écrasée sous une avalanche de bouquets, reçut du comité électoral, plus pratique, quatre cents dollars pour son discours final, et cent dollars pour chacun des précédents.

Partout appelée, miss Dickinson gagnait partout des partisans à la bonne cause. A Washington, la Hall of representatives — salle représentants— lui fat tout d'une voix accordée. Le Vice-président des Etats-Unis conduisit miss Dickinson à la tribune, et pendant une heure dix minutes, l'intrépide quakeresse harangua trois mille auditeurs : soldats, législateurs, savants, citoyens ; sans compter le président Lincoln l

Le triomphe définitif du Nord — 1863 — vint enlever à l'illustre conférencière le sujet brûlant qui embrasait son éloquence. Mais d'autres questions restaient à traiter. Miss Dickinson adopta celleci : Les droits de la femme, et lui consacra son talent.

Le soir où j'eus le privilège de l'entendre, miss Dickinson parut sur la plate-forme, vêtue d'une robe grise. Un. ruban rouge, n autour du cou, relevait les teintes sombres du costume quaker. La jeune fille, de taille moyenne, la figure illuminée du feu de l'en-

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