‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 103 sur 105 · LETTRE A MADEMOISELLE DE PORTB , SUR LES MIRACLES DU R. P. MARC · texte numérisé non relu

LETTRE A MADEMOISELLE DE PORTB , SUR LES MIRACLES DU R. P. MARC

A Paris, le 15' août 1681.

Comme nous ne sommes pas assurez, mademoiselle, que les lettres que nous avons Fhonneur de vous escrire vous soient toujours rendues, cela fait que nous ne vous assurons pas de nos très humbles respects

aussi souvent que nous ferions, et que nous sommes privez de la joye que nous aurions d'apprendre de temps en temps de vos nouvelles par quelqu'un de vos gens ; mais quoy qu'il en soit, je me suis résolu enfin d'avoir cest honneur là environ une fois le mois. Il se passe ordinairement des choses en ce lieu icy qui sont assez dignes d'estre sçeues, et, pour commencer, je crois que vous seriez bien aise d'apprendre que le capucin qu'on appeUe le père Marc, à force de faire des miracles a esbranlé Tincrédulité des plus obstinez qui disent : Il en fait trop, il faudra enfin le croire : il donne la veue aux aveugles, fait marcher les boiteux, entendre les sourds , les bossus devant et derrière sont redressez. Et tout cela est escrît par plusieurs personnes que 1 on dit estre dignes de bonne foy. J'ay veu une lettre sur cela d'un religieux de Saint Benoist qui passe parmi eux pour un homme qui a beaucoup de solidité et mesme de diSicile créance, qui porte qu'il a veu des gens malades depuis longtemps de diverses maladies comme boiteux, aveugles, etc., et entre autres un qui avoit des douleurs par tout le corps, principalement vers Testomach, qu'il a veu à son aise et visité pendant sa maladie qui avoit duré plus d'un an, qui a esté guéri sur-le-champ. M. de Fesquier a aussi mandé qu'il avoit esté chercher ce père dans un esprit de contradiction plutost que de prévention pdur ses miracles et que devant qu'il eut donné sa bénédiction aux malades, il en considéra plusieurs de près, des boiteux, des aveugles, etc., et qu'après que la bénédiction fut donnée, il alla revoir ces gens, croyant les retrouver comme il les avoit veus, mais il trouva tout le contraire, car ils estoient comme sHls n'avoient jamais eu

de mal. On dit encore que M. de Louvoy en est quasi persuadé, parce qu'on luy a mandé qu'un officier qu'il connoissoit qui avoit les yeux tout perdus parle feu des armes esloit guéri parfaitement, qu'il n'y paroissoit pas. Un père de l'Oratoire, homme estimé, qui est en ce pays-là, confirme tout ce qu'on en dit. Les capucins, mais ils peuvent eslre un peu suspects, en disent de si considérables, et avec des circonstances si particulières qu'on a toutes les peines de ne pas croire que cela est comme ils disent. Cependant il y a quelque chose qui me tient en suspens : premièrement, qu'il n'a fait aucun miracle en France, quoyque dans le temps qu'il passa à Lion tout le monde courut à luy, il donna beaucoup de bénédictions sur les personnes et sur des bouteilles d'huile que plusieurs lui apportèrent pour les bénir. Madame d'Aguesseau,femmedeM. d'Aguesseau, intendant du Languedoc, a un fils incommodé d'une jambe. Cet enfant demanda à madame sa mère de le mener à ce père qui estoit à Lion dans le mesme temps qu'ils y estoient. Elle en fit quelque difficulté, il se mit à genoux devant elle pour l'en prier, elle luy demanda s'il avoit bien de la foy et s'il croyoit que cela le guériroit. Il répondit qu'ouy et qu'il croioit qu'il le guériroit. On pria madame du Guet, l'intendante de Lion, pour obtenir cette grâce du capucin. Ils y allèrent ensemble et d'abord que les portes furent ouvertes, la foule du monde qui attendoit estoit si grande, et se jeta avec tant d'impétuosité que madame d'Aguesseau pensa en estre estouffée. Elle s'en tira comme elle put et pria madame du Guet de faire en sorte qu'on vist ce père en particulier, ce qui fut fait. On Ty mena, il reçeut la bénédiction avec une

grande joye et une grande contiance, mais sans aucun effet ; car il est comme il estoit devant et on n'a point encore entendu dire qu'il ait fait aucun autre miracle à Lion. On trouve aussi qu'il y a quelque chose de bien irrégulier dans ses bénédictions qu'il donne partout publiquement, sans mission, et sans permission des évesques, et il y a des choses dans sa prière et dans un acte de contrition , qu'il a dressé et qu'on a fait imprimer pour ceux qui veulent recevoir cette bénédiction, dont tout le monde n'est pas content. Il dit dans un endroit que Dieu a tant d'horreur du péché qu'un seul luy fait plus de peine qu'il ne peut avoir de joye de toutes les bonnes actions des patriarches et des saints. Plusieurs religieuses de TAbbaye-aux-Bois disent qu'elles n'entendent point son acte de contrition, qu'il y cherche trop de mystère, qu'il auroit plutost fait de dire que ce n'est qu'une forte douleur de cœur par un mouvement d'amour de Dieu, qui ne peut venir que du ciel. Le père Lupus \ augustin de Louvain et qui fut un de ceux qui allèrent à Rome, il y a trois ou quatre ans, pour poursuivre la condamnation de plusieurs propositions de moralle (c'estoit im homme fort sçavant, le pape l'aimoit aussi et en faisoit grand cas) ; ce Père estoit malade et à l'extrémité dans le mois dernier. Le père Marc passa dans ce temps-là à Louvain, le bruit de ses miracles porta les reUgieux augustiiis à l'aller prier d'avoir la charité de venir voir leur père Lupus qu'ils

1. Religieux Augustin natifd'Yprès; il enseigna la philosophie à Cologne, puis la théologie à Louvain. Pendant son voyage à Rome, le pape lui offrit un évêché dans ses Etats et l'intendance de la sacristie, mais le Père Lupus refusa l'un et l'autre, préférant l'étude à ces dignités. Il mourut à LouYain en 1681, âgé de 70 ans.

craignoieut fort de perdre. Le bon Père capucin y alla et comme il se faisoit un grand bruit qui n'estoit point ordinaire dans le couvent, à cause de beaucoup de monde qu'on n'avoit pu empescher d'entrer, le Père Lupus demanda à un Frère qui estoit pour lors auprès de luy ce que c'estoit, et comme il l'eut appris, il luy dit : Dans Vestat où je suis^ je ne dois demander que te pardon de mes pèches ;qu il me fasse miséricorde. Je ne veux aussi luy demander autre chose et qu'il dispose de ma vie comme il luy plaira. — Il pria ensuite ce Frère d'aller supplier de sapartlePère Marc de ne se pas donner la peine de venir dans sa chambre, qu'il luy estoit fort obligé de la charité qu'il avoit d'estre venu jusquelà pour luy, mais qu'il n'avoit besoin que de ses prières et de celles de tous ceux qui estoient icy pour obtenir de Dieu le pardon de ses fautes. Cela fust ainsi exécuté, le Père Marc s'en retourna et le Père Lupus demeura toujours dans les mesmes sentiments jusqu'au lendemain qu'il mourust. Beaucoup de personnes qui ont appris cette histoire ont dit qu'ils aimeroient mieux avoir dans leur cœur la véritable soumission de ce bon Père augustin que de faire des miracles comme le Père Mai'C.

Les affaires de Rome ne vont pas si vite qu'on l'avoit espéré. Le pape ne veut pas se relascher de rien et cela ambarasse fort Mgr le cardinal d'Estrée. On croit que l'assemblée du clergé de France se tiendra en cette ville pour cela, dans le mois prochain,

M. de Ponteveaux ^ oncle de M. de Tiange, vient de

1. Philippe-Eugène de Gorrevod, prince du Saint-Empire, duc de Pont-de-Vaux , mort sans alliance; il était fils d'Emmanuel de Gorrevod pour lequel la petite ville de Pontde-Vaux en Bresse avait été érigée en duché, non pairie,

mourir, il luy laissé plus de 30 mille livres de rente qu'il substitue à son fils aisné. Il estoit duc et on croit que le duché passera sinon au père, au moins au fils.

M. Frémont * marie la fille cadette de madame la mareschale de Lorge, avec cent mille pistoles qu'il lui donne, au fils de M. de Groisy-Colbert qui est conseiller au Parlement, et on luy donne en mesme temps la survivance de président à mortier de M. son père ».

Je crois qu'on vous aura mandé que M. de Termes a esté arresté '. On l'a mené à Vincennes. On croit que c'est pour le poison.

Voilà, mademoiselle , tout ce que nous avons des nouvelles. Nous en aurons peut estre de plus agréables dans le mois prochain, et nous aurons toujours une très grande joye de pouvoir vous assurer qu'on ne peut estre avec plus de respect que nous sommes, Mademoiselle, Vostre très (sic).

au mois de février 1623. Le duché s'éteignit avec lui, dernier représentant de sa branche, et le testament produit en faveur du marquis de Thianges fut reconnu faux et déclaré nul. •

1. M. de Fremont, seigneur d'Anneuil, garde du Trésor royal, père de la maréchale.

2. Ce mariage n'eût pas lieu. Geneviève de Durforf» seconde fille de la duchesse de Lorges, épousa^ le 8 avril 1695. le duc de Lauzun, et Jean Baptiste Colbert, depuis marquis de Tofcy et secrétaire d'État, né en 1665, épousa une ûlie de SitncïEi Aïnauid, marquis de Pomponne.

3. Cousin de M. de Montespan, et si pauvre qti^îl ^e fit nommer premier valet de bhambre du roi : accusé de tout répéter à aoti maître, il fut à moitié assommé, en 1684^ par des suiasea aux gages du duc de Bourbon et de la princeaie de Oonti^

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VARIETES

Les trois pièces suivantes, étrangères assurément au sujet de ce volume, m'ont paru cependant bonnes à recueillir. L'une est la copie d'une lettre fort plaisante, par laquelle Charles-Louis de Bavière, électeur palatin, annonce au marquis de Béringhem, premier écuyer du roi, le mariage de sa fille, Elisabeth Charlotte, avec Monsieur, frère du roi, mariage qui fut célébré le 16 décembre 1671. Henry de Béringhem fit brillamment la guerre en Allemagne et fut capitaine de cuirassiers de Maurice de Nassau, charge que ce prince ne conférait ordinairement qu'à des membres de sa famille. L'électeur Charles-Louis y servit quelque temps et s'y lia très-intimement avec Béringhem qu'il n'appela jamais que son « capitaine. » Le marquis épousa une fille du marquis d'Uxelles et mourut le 30 avril 1692.

La seconde est un huitain de Scarron, de Tannée 1651.

La dernière, enfin, one pièce assez plaisante sur les principaux poètes da temps.

Strasbourg, 1/11 novembre 1671.

M... ancien gendarme est pins en danger d'esire appelé devant le commissaire que d^estre conduit devant le prévost pour le mariage dont il s'agit maintenant; on ne m'a pas laissé le temps qu'il Mloit pour en advertîr mon cher capitaine et en cela j'ai suivi le conseil que m'a donné le duc de Gramont en Allemagne de ne pas laisser au diable le loisir de s'en mêler, comme le meilleur et le plus grand gendarme de la chrétienté l'a ainsy voulu. J'ai cru que vous n'auriei pas de peine à me pardonner et que vous seriez encore bien persuadé que ce n'estoit pas manque d'amitié pour vous que de ne pas vous faire plutost part d'un bonheur aussy grand que l'est celuy de ma fille. Je vous prie de l'assister quelquefois de vos bons avis comme vous pourrez le fadre présentement sans scandaliser le sexe aussy peu que moy et de lui tesmoigner toujours que vous aymez ce qui touche M. vostre très affectionné serviteur et ancien gendarme.

Charles Louis, P. Palatin.

A Paris, de mais le neufiesme Qui n'eut ni foire, ni caresme.

L'an que le roy, le jour des roys Partit, pour la seconde fois Se retirant de cette ville Pour gausser Thomme de Sèville Dont bien luy prit, et que Paris Fut assiégé sans estre pris

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