‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 78 sur 105 · LA MARQUISE DE PUISIEUX · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE PUISIEUX

Charlotte d'Étampes de Valençay, fille de Jean d'Étampes, seigneur de Valençay, chevalier de Tordre du Roi et conseiller d'État, et de Sarah d'Harlincourt, était la huitième de neuf enfants qu'il laissa, à savoir : le marquis de Valençay , lieutenant général de la cavalerie légère; l'archevêque de Reims; le marquis d'Estiau; le cardinal de Valençay ; J^an d'Etampes, président au grand conseil et ambassadeur; M. d'Estiau; la maréchale de la Châtre- Maisonfort; la baronne de Beauclerc d'Achères. Elle épousa, le 16 janvier 1615, Pierre Brulart, marquis de Sillery et de Puisieux, secrétaire d'Etat, veuf de Madeleine de Neuville-Villeroy *. Elle a laissé une médiocre

1. M. de Brulart n'eut d'enfants que de son second mariage : Louis, marquis de Sillery et de Puisieux, gendre du duc de La Rochefoucauld ;— Nicolas, abbé de Saint-Basle ; — Claude- Charles, chevalier de Malte ; — Léonor, ecclésiastique, mort en 1699; — Charlotte, mariée le 15 mars 1640 à François d'Etampes, marquis de Mauny, lieutenant général; — Eléonore, abbeBse d'Àvenay ; — Françoise, religieuse à la même a.bbaye.

trace dans la société du temps, à cause d'une malignité excessive ot d'une humeur passabrement maussade et diliicilc. « Elle a été belle, dit Tallemant, mais toujours eztrîi valante. » Bussy, qui eut à se plaindre de ses plaisanteries, madame de Sévigné qui l'avait prudemment soignée tant qu'elle vécut, la déchirèrent peu charitablement par la suite.

Tn^s-liée avec madame de LongueTille , madame de Puisicux seconda très-activement mademoiselle de Vertus dans ses tentatives pour marier Mademoiselle avec le comte de Saint-Paul. Cette princesse nous le dit ellemême dans SCS Mi^moirex. Il parait qu'un jour, en présence de mesdames d'Épernon et de Rambures, la marquise aborda franchement ce sujet: « Vous feriez une bonne femme, mo dit-elle, raconte Mademoiselle, et celui qui vous épouseroit ne seroitpas malheureux.... Ce n'est pas avec un roy que je voudrois vous marier. N'est-ce pas, grande princesse, reprit-elle avec sa manière d'autorité ordinaire, que vous seriez touchée d'avoir élevé un honnête homme? Je lui dis que oui, que j'avois été si malheureuse jusque-là, que peut-être serois-je plus heureuse dans le mariage ; qu'au moins j'aurois le plaisir d'être aimée de quelqu'un. Madame de Puisieuxme dit brusquement : Épousez M. de Longueville : l'aîné est prêtre; celuici est un parfait honnête homme, bien fait, qui vivra divinement bien avec vous. » Madame de Puisieui poursuivit avec ardeur cette négociation, au courant de laquelle elle tenait madame de Longueville, mais pour laquelle elle échoua, car, malgré ses protestations, Mademoiselle songeait alors <à Monsieur. Madame de Puisieux lui répétait sans cesse qu'elle se leurait d'un vain espoifi et» revenant sur son sujet favori, elle voulait au moins qoc la princesse lui promît, ce projet ne réussissant pas, de donner suite à celui concernant M. de Longueville.

Mais aussi cette bizarrerie d'humeur, cette persistance exagérée avaient leurs inconvénients. Une fois madame de Puisieux répandit des bruits peu obligeants sur mademoiselle de Vertus, au sujet d'anciens commérages donton* vainement cherché la clef, et mademoiselle de Vertus»*

preuve delà plus généreuse bienveillance « Elle lui a

dit, mande-t-elle à madame de Sablé , au sujet de la rencontre que madame de Puisieux fit d'un des domestiques de mademoiselle de Vertus, qu'elle veut estre flattée, qu'elle n'estoit pas contente de ce que je lui ai escrit trop succinctement, et qu'afin que je ne prétende cause d'ignorance de ce qu'elle veut estre flattée, qu'elle melemandoit. Je prie Notre-Seigneur qu'il lui pardonne ou à elle ou à ceux qui se servent de son nom pour réveiller la grande affaire. On mérite pis que tout cela.» Elle se brouilla également avec madame de Sablé, et ce fut à mademoiselle de Vertus qu'elle s'adressa pour rentrer en grâce près de la toute-puissante marquise , ce qu'elle obtint. Nous voyons encore mademoiselle de Vertus assidue près d'elle quand elle fut atteinte d'une fluxion de poitrine. « La pauvre madame de Puisieux est assez mal, écrit-elle à madame de Sablé. Envoyez sçavoir de ses nouvelles, ou escrivezmoy que je vous en mande, afin que son mal ne se passe pas sans qu'elle entende parler de vous. »

Madame de Puisieux, en 1673, se chargea d'arranger une affaire d'intérêt assez importante entre M. de Mirepoix et M. de Grignan, qui avait précédemment épousé une belle-sœur de celui-ci. « Elle se pique d'arranger des choses impossibles. » L'affaire traîna, et madame de Sévigné mande à sa fille, le 25 décembre 1674: «Cette bonne Puisieux nous auroit rendu mille services contre le Mirepoix, et la voilà morte. » Puis, quatre jours après : « Madame de Puisieux est ressuscitée; mais, ajoutet-elle, n'est-ce pas mourir deux fois, bien près Tune de l'autre, car elle a quatre-vingts ans, » Cette résurrection en valait cependant la peine, car ce ne fut que le 8 septembre 1677 que madame de Puisieux se décida définitivement à mourir. Madame de Sévigné ne se tient plus alors : «Nous en voilà délivrés. Ne trouvez-vous pas, madame, qu'elle contraignoit un peu trop ses amis? » — «Il falloit marcher si droit avec elle, » mande Bussy-Rabutin à sa cousine, qui lui répond : « Cette Puisieux étoit bien épineuse. Dieu veuille avoir son âme. Il falloit, comme vous dites, charrier bien droit avec elle. » Bussy lui dit encore, en faisant

allusion ù sa plaisanterie sur sa double mort: c Et moi j'ajoute qu*cllo nous auroit fort obligés de n*en pas faire à deux fois : cola ne valoit pas la peine de se rhabiller. »

Madame de Lonf;ucvillc appréciait ayec beaucoup plus de bienveillance son «épineuse» amie, et mademoiselle de Scudéry écrivait très-franchement* à fiussy, le 10 septembre 1677 : « Je suis triste, monsieur, je viens deTenterrement de madame de Puisieux. On n'a jamais yu une personne mourir si vivante, avec tant de feu et tant de' présence d'esprit. Il n'y avoit pas quinze personnes à l'enterrement de cette femme si connue et si recherchée*.» Tallemant des Réaux parle très-peu brillamment de la marquise, qui a un triste chapitre dans la Description du pays de Braquerie. Elle avait été fort belle et elle entretenait sa maison sur un pied véritablement ruineux. Il paraît qu'elle écouta d'abord le trésorier Morand, puis le chancelier Châteauneuf, et de façon à ce que personnel sauf Texcellent marquis de Puisieux, ne put en ignorer. Elle sut cependant vieillir. Tallemant constate qu'elle avait eu «c le soin de s'habiller modestement, quojqu'elle fust encore fraische. » C'est à ce moment aussi qu'elle 8^ convertit et qu'elle adopta cette sévérité dont madame d^ Sévigné etBussy-Rabutin souffraient si peu volontiers 1^^ atteintes.

Madame de Puisieux avait un goût très-apprécié par Is» marquise de Sablé, et qui devait singulièrement disposer celle-ci en sa faveur: elle était, comme son amie» trèsfriande. Tallemant assure qu'elle mangeaunefois,cdepi^^^ Pasques jusques à la Pentccoste, » pour la somme de di^' sept cents livres de « vedel mongane, » c'est-à-dire ^^ veau qu'on élevait dans un certain canton de la Normandie » à la mode italienne, avec du lait, des œufs et du sucre- ^^ paraît même qu'elle laissa une dette assez considérable ^'^ « friponneries » chez le pâtissier voisin du couyent de^

1. c Ce peu de monde connu à son enterrement, répOï*** Bussy, après avoir esté si recherchée pendant sa vie, mar<l**® non-seulement la lâcheté du cœur humain, mais encore ^* crainte qu'on avoit d'elle quand elle vivoit. »

EVertus, — aujourd'hui TAbbaye-aux-Bois, — où elle t retirée quand , voyant sa fortune diminuer et les es arriver , elle se décida à changer de genre de vie. dant un certain temps, madame de Puisieux fut très-

[tementliée avec madame du Vigean : ces deux dames urant assez loin Tune de l'autre, s'écrivaient sans , comme c'était alors la mode, et même les jours où avaient passé plusieurs heures ensemble. Mais la

|uise était singulièrement jalouse : elle exigeait que T son amie ne reçût personne, quand elle ne pouvait ir. Madame du Vigean finit par se lasser et se donna

duchesse d'Aiguillon.

Buis assurée que M. le Grand Prieur, vostre frère, ous a point dit les nouvelles qu'il a reçu de Marphe, DUS me Tauriez fait sçavoir : il s'est déclaré tout que M. le Grand Maistre ne s'opposoit plus au or de mon nepveu : il Ta dit à sa table il y a deux I, et hier à M. de Verdun *. Permettez moy donc de en rendre de très humbles actions dé grâce, et de e que je ne perdray jamais la mémoire de la ma- I obUgeante dont vous en avez usé. Si je sçavois où estes et que vous voulussiez voir la plus ancienne

enri, fils de Jacques d'Élampes, marquis de Valançay, et par conséquent de madame de Puisieux ; né en 1603 ,

lier de Malte de minorité, grand-croix, ambassadeur de

i à Rome^ à Venise, commanda une escadre au service nce, et devint grand prieur de Champagne et abbé de eil. Il avait eu d'assez vifs démêlés avec le commandeur

ivré et le fit même temporairement disgracier, à ce qu'apune lettre où M. de Longueville le recommande à ma-

de Sablé. Il remplaça ensuite M. de Souvré dans le grand de France, et mourut à Malte, le 10 avril 1678, comme

destinait à recueillir la succession du grand-maltre Co-

— 2G6 — de vos servaiîtos et amies, je sortirois volontiers, quoy que présentement je n'ayme rien tant que de garder

la maison.

De Vallatscat.

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