‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 85 sur 105 · M. Cousin a publié cette lettre jusqu'ici · texte numérisé non relu

M. Cousin a publié cette lettre jusqu'ici

Mars (

J E crains que quelque autre personne que nous vous apprenne que les articles furent hier signés à huict heures du soir. Nous prétendons vous l'aller dire; mais par advence je prends la liberté de vous le mender par ce billet de la part de ma belle-sœur, qui crie miséricorde du mal des dents ; ma niepce me prie de vous donner le bonjour de sa part et de vous envoyer un bouquet des fleurs qu'on luy vient d'envoyer.

Aoust (1668).

Je me suis donné Thonneur de vous faire sçavoir la raison qui m'empêchera de vous aller rendre mes respects, car j'ay une telle ponctualité pour ce qui vous regarde, ma très bonne et aimable tante, que je ne veux pas que vous puissiez avoir lieu de m'accuser le moins du monde. Cependant vos deux lettres me rendroient coupable si vous ne voulez bien vous persuader qu'il n'y a point de ma faute; m'estant bien informée de tout ce que vous m'ordonnerez de vous faire sçavoir touchant la poudre; ayant pressé ma mère plusieurs fois de me dire le nom de celuy qui s'est guéri, elle ne le sçait pas ; mais elle est hien certaine que cela fait des merveilles. Son concierge a été guéri, et en a donné à des personnes fort languissantes qui s'en sont tout à fait bien trouvées. Voilà tout ce que j'en sçais ; après cela je vous diray qu'il n'y a plus lors icy que moy qui suis enrhumée, car pour la rougeole elle est fort passée. M. Valant n'avoit garde de l'avoir icy, ni de pouvoir

l'apporter, car j'ai, je vous assure, eu grandes précau- "ftions pour faire fermer les fenêtres et brusler sans cesse cLes odeurs contre le mauvais air, de sorte que quand

il vous a plu d'envoyer

vous rendre compte de mon

obsédée ; je ne sçais pas qui vous en a pu parier, pour moy je trouve cela un peu chimérique, et si j'avois pu avoir le procès verbal je vous Taurois envoyé pour vous en instruire, car je ne m'explique pas trop bien cette affaire que je sçais assez conséquente. L'on dit que cette fille a esté comme ensorcelée par un garçon qui luy a donné une poudre et qu'après luy en avoir fait avaler la nuit mesme elle alla au Sabat,etque quelque temps après ce même garçon ayant quitté le maistre ou estoit cette fille, il ne laissoit pas de se trouver quasi toutes les nuits avec elle, et Ton croit que c'est le diable, car elle le voyoit sans cesse lorsque personne ne le voyoit. Cela a duré quelque temps en des visions et disant des choses assez diaboliques ce qui Ta fait mener chez sa mère, où elle a toujours veu de cette sorte, dans le temps de ces apparitions ; mais hors de là elle est assez raisonnable, on la traite comme malade et frénétique. Elle dit dans le commencement de may qu'il lui arriveroit quelque chose vers ]a saint Jean et la saint Pierre, ce qui ne manqua pas, le soir estant prête à se mettre au lit, elle avoua qu'elle se trou voit mal, et qu'elle alloit prendre l'air ; sa mère la suivit à la porte, et fut bien surprise aussitôt qu'elle fut arrivée que sa fille fut transportée à deux cents pas d'elle, et d'entendre des bruits de trompettes et tambours, aussitôt elle fut avertir le curé du lieu, qui se leva et se revestit des habits sacerdotaux, c'est-à-dire

du surpli et de l'étole seulement, et fit prendre la croix et de l'eau bénite et des cierges bénits, et s'en alla au lieu que la mère lui dit qu'elle avoit esté transportée ; en même temps qu'il en approcha s'éleva un tourbillon de vent et une vapeur noire horrible ; il entendit, et avec luy tous ceux quiestoient présents au nombre de plus de trente, des hurlemens si terribles se

que cela luy fit juger qu'elle estoit transportée; en xdc^i

effet elle le fut de plus de trois cents pas, et après cela j^Mi ils entendirent les mêmes tambours et trompettes, ^ sb,

cela dura deux heures, le curé m'a dit lui mesme que ^ je

le diable ne quitta pas son oreille en sifflant; car -x,«r quand il fut à l'église, Monsieur de Beauvais * en ayant J- jut été informé la fit mener à Oreille où elle a paru assez ^ sz raisonnable, mais ayant été enfermée avec un prêtre ^re on dit qu'elle a fait force hurlemens, ce qui a obligé ô-jé monsieur de Beauvais delà nîettre ailleurs; j'avois ^£s escrit pour en sçavoir quelque chose de nouveau.

Voilà ce qu'en dit le procès verbal, et vous jugerez bien que ce n'est pas grand chose, s'il arrive quelque chose digne de vous estre mendé, je vous en entretiendrai. Vraiment je me suis trouvée toute chagrine de vos reproches, car mon cœur ne manque en rien pour vous. J'aurois esté dès la première lettre vous . dire toute Thistoire, si jel'avois sçue. Persuadez vous w donc que votre nièce vous honore plus que peifeonne,^ «, et je vous assure plus qu'elle mesme, car il n'y a rien^ — t? que je ne fasse pour vous plaire, m'estant toutdévouéff=> à ma belle tante *.

1. Nicolas Choart de Buzanval, évêque de BeauvaÎB, de Imam. coterie janséniste.

2. A la suite est la copie du procès- verbal, conforme complfe—

Je ne vous dire qu'un petit mot, ma chère tante, car nous partons pour aller dîner chez M. Renard *, mais je vous menderay demain ce qui s'y cera passé et quand nous pourrons avoir l'honneur de vous voir. Le Roy permit hier à M. de Louvoy d'exercer la charge de Monsieur son père •, de sorte que le voyla secrétaire d'Estat. Je vous envoyé des manches, si c'est de cette sorte t[ue vous disiez, j'en ferai venir de Rouen. Adieu, ma chère tante.

J 'àvois desjà apris comme vous estes visitée de toutes les grandeurs. Le lieu ou vous estes leur est plus commode que celuy de vostre retraitle, mais cachez vous où il vous plaira, on vous cherchera toujours, car il y a si peu de personnes comme vous que toutes celles qui seront raisonnables vous chercheront avec soing.

U'est une estrange chose, ma chère tante, que d'avoir

tement à cette lettre, et cette note : c Catherine Fontaine est devenue grosse à son insçu : morte en mars 1676, on cria au miracle : le curé de Saint-Etienne le déclara.

« Elle épousa un crocheteur.

« M. Nicole dit : — Il 7 a eu fourberie, ou illusion diabolique, ou illusion d'imagination diabolique, ou c'est Dieu. »

1. Joseph de Souvré, baron de Renouard, fils du propre frère de madame de Sablé. C'est M. Paulin Paris qui a trouvé le nom de ce personnage vainement cherché par M. Cousin.

2. C'est en 1666 que le roi lui permit d'exercer les fonctions de secrétaire d'État.

une fille à marier et d'avoir aussy peu d'assistance que ma sœur et moy en avons pour bien réussir dans cette affaire. Cela est cause qu'on manque dans toutes les autres pour se donner trop à celle-là; mais dans peu de jours cela cera terminé de fason ou d'autre, espuis je vous iray faire mes excuses de n'avoir pas esté chez vous, ny de ne vous avoir pas envoyé nos'fllles. J'ay eu l'honneur de voir madame de Chomberg, dont je suis fort satisfaite; pour madame de Longue ville je ne luy ay pas encore rendu mes debvoirs ; car en vérité on n'a pas un moment de temps. On raporta hier les articles qui sont respondus par M. le président Peltier. Je vous advoue que je trouve l'advence qu'on fait si fort audesoubsde ce quejem'estois imaginé que j'en ay fort mal dormy cette nuict. Je feray ce que je pourray pour vous aller consulter la dessus aujourd'huy ou demain; ma niepce n'est plus enrumée, mais ma belle sœur a mal au dents. Je ne vous en dis point davantage parce que j'espère avoir l'honneur de vous entretenir. Bonjour, ma chère tante.

Ce samedj.

VUE l'amitié que j'ay pour vous, ma chère tante, et le plaisir que je prends d'entretenir tous vos amis et les miens de vos bontés s'accomode mal avec le silence qu'il y a si longtemps que je garde. En vérité j'en suis honteuse ; mais c'est plus par ce que vous en pouvez penser que par la faute que j y remarque ; car si vous sçaviez comme je me justifie bien en moy mesmevous demeureriez d'accort avec moy que je ne suis pas

aussy coupable que j'ay Taparance de Testie, parce qu'il me semble que je n'ay perdu les moments dans lesquels je me pouvois donner l'honneur de vous escrire que pour trouver des heures entières à vous entretenir. Car il me sembloit que j'avois mille choses à vous dire et qu'il falloit estre hors de rembarras des visites et des affaires pour vous entretenir en repos. Vous me direz peut-estre que j'ay bien trouvé celuy d'escrire à ma belle sœur ; mais c'est que nous sommes faites l'un et l'autre une tâche de cela et quand nous y manquons c'est une si grande inquiétude que nous avons de Testât de nos santés qu'il faut nécessairement de fréquentes lettres de part et d'autres pour nous mettre l'esprit en repos sur ce suject; et puis en me mandant de ses nouvelles, elle me dit aussy fort souvent des vostres, ce qui me rasseure sur la peine où je serois si je n'en avois que quand je vous en demende ; car je ne pourrois pas vivre sans cela, parce qu'en vérité vous estes la meilleure amie que j'aye au mondée Et pour continuer à vous parler sans cérémonie je vous advoue, ma chère tante, que j'ay une amitié et une tendresse pour vous que je ne sens pour personne. Mais je serois bien misérable si j'estois dans d'autres sentimens après les bontés que vous m'avez toute ma vie tesmoignées, et particulièrement dans la dernière affaire, où vous avez tellement fait valoir mes interest que vous avez conduit les choses de la façon qu'il falloit pour me donner du repos et ce qui me resjouit

1. Elle revient souvent dans ses lettres sur ce reproche, et cherche toujours à prévenir les plaintes de sa tante. C'est ainsi qu'une autre fois elle lui mande :

« Mon silence ne vient pas d'un méchant fond, et ce n'est que le respect qui me fait passer quelques jours sans vous ren-

encore après cela , c'est que les autres y trouvent le leur. Car elles m'escrivent tous les jours sur la joye qu elles ont d'estre dans ce lieu là; je vous advoue que j'en suis fort ayse. Ce que vous me mendez de madame de Louvoy me donne bien de la joye; mais quoy qu'elle fasse son devoir envers moy je ne serois pourtant pas contente d'elle si elle manque envers la famille et particulièrement à vous à qui je voudrois qu'on rendit toute sorte de respects, sçachant que personne ne les mérite mieux que ma chère tante de qui je suis très obéissante servante.

Ce lundy.

Je pensois, ma chère tante, me donner Thonneur de vous escrire par M® Gallois; mais le jour qu'elle partit je n'en pus avoir le temps quelque impatience que j'eusse de vous remercier de m'avoir adressé des personnes de leur mérite ; vous sçavez qu'il y a des jours si pleins d'occupations qu'on n'est pas assez heureuse pour pouvoir choisir celle qui plaise davantage comme est celle de vous rendre ses debvoirs; car je vous asseure qu'elle m'est une des plus agréable de la vie et quoy que j'en profîtte peu, cela est pourtant très vray qu'il n'y en [a] point qui me donne de joye plus

dre mes debvoirs ; et puis la confiance que j'ai en vostre bonté et amitié m'en fait passer d'autres encore et souvent employer dei moments à écrire à des personnes avec qui on a mille petits commerces d'affaire et amitié et de nouvelles, de sorte que c'est ce qui est cause que vous voyez voler de mes lettres jusque dans les mains de plusieurs de la famille. »

sensible et je pense que c'est pour la punition de mes péchés que Dieu permet que j'en sois privée. Je ne vous peux dire la consolation que j'ay elle de pouvoir demander particulièrement de vos nouvelles à ces dames et de les aprendre aussi bonnes qu'elles me les ont dites. Ne quittez point le lieu ofi vous estes, ma chère tante, puisqu'il contribue si fort à vostre santé, asseurément que celui du Port Royal est très rude et que vous feriez bien pour l'amour de vous et de vos amis de n'y plus retourner ; j'ay bien impatience de savoir vostre sentiment sur mademoiselle de Toussy *, mais je crois qu'elle a eu si peu l'honneur de vous voir que vous me le pouvez dire plus véritablement de sa bonne mine que de son esprit; je vous asseure qu'elle en a et je désirois avec passion qu'elle pat estre quelques jours auprès de vous pour le pollir un peu et luy aprendre de se servir bien à propos de tout ce qu elle sçait; car dans le couvent on n'est point capable décela. J'ay apris avec bien de la joye ce que mon oncle avoit fait pour ma cousine et je vous supplie aussy ', ma chère tante, de vous en resjouir, car asseurément qu'elle fera bien et j'en suis très bien persuadée depuis mon dernier voyage, ce qui méfait désirer fortement que la chose réussisse, car cette abbaye est en lieu où elle pourra vivre heureuse et avec seuretépour recepvoir tout le secours nécesaire et c'est une des choses que vous désiriez pour moy ; il n'y en a point que je désire davan-

1. Louise de Prie, fille de François, baron de Planes, fille d'honneur de la grande-duchesse de Toscane.

2. Dans une lettre à sa cousine de Boisdauphin, l'abbesse l'informe que sa nièce « avoit fait une vie la plus grande du monde » au commandeur, pour le décider à lui servir une pension de 1,000 livres.

tage que d'estre aymèe de ma chère tante à qui je suis, etc.

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