‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 16 sur 103 · Œuvres, loc. cit., t. IV, p. 30. Lettre · texte numérisé non relu

Œuvres, loc. cit., t. IV, p. 30. Lettre

Remarquons un passage de cette lettre qui souligne et confirme les confidences précédentes du saint à la Mère Angélique sur Rome et sur le duc de Savoie * : « Vous savez toujours tout, mais ménagez-le. » Quand elle arriva à Maubuisson, l'abbesse de Port-Royal était dans la consternation, M. Arnauld, malade depuis la fin de novembre, d'une « hydropisie de poitrine », était à toute extrémité. Les prévisions du saint évêque n'avaient pas tardé à se vérifier. Angélique n'avait pas cessé de demander à Dieu la conversion de ce père bien-airaé, elle redoubla ses supplications à l'heure du danger, et pendant les trente jours que dura la maladie, elle ne put presque prendre de repos. A toute heure de la nuit elle s'éveillait ayant aux lèvres le verset : Salvum fac servum tuum, et, détail touchant, qui fait comprendre quel degré d'attachement unissait les filles à l'abbesse, autant de fois la sœur Isabelle de Châteauneuf qui couchait auprès d'elle se trouvait éveillée et terminait le verset : Deus meus sperantem in te.

De loin, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantai prévenus veillaient aussi et priaient, et toutes ces prières unies valurent à l'avocat la grâce finale. Quelques jours avant de mourir, il confia ses dernières volontés à son fils aîné et à son confesseur -, se démit de tous ses biens au profit de sa femme et de ses enfants, et ne voulut plus s'occuper que de Dieu. C'est dans cet abandon complet à la volonté du Créateur et dans le détachement de toutes choses que la mort le surprit, le 29 septembre 1619.

\. Première étude, Saint François de Sales ei la Mère Angélique.

2. D'Andilly plus tard éci'ivit ces dernières pensées de son père» mourant sous forme de testament spiritueL Le style pompeux et emphatique de cet écrit est sujet à critique : c'était le langage de l'époque, ce nest plus le nôtre ; mais les pensées en sont belles et touchantes.

Ce qu'avait été celte belle vie, les heures qui suivirent sa mort vont nous l'apprendre. Une foule composée de g-ens de toutes conditions, depuis les plus pauvres artisans jusqu'aux plus grands seigneurs et aux princes, accourut dès que le bruit de sa mort se fut répandu, et la multitude de ceux qu'il avait obligés et qui le pleuraient fut si grande *, qu'on dut le laisser exposé, le visage découvert, pendant deux jours pour que tous pussent avoir la consolation de le voir une dernière fois 2,

La douleur d'Ano^élique fut sans bornes comme l'avait été son affection. C'était pour elle un lien qui se brisait de ce côté du monde pour se renouer de l'autre, et son détachement en devint plus complet. Elle avait eu la suprême consolation de voir ses désirs exaucés, elle eut encore celle d'être encouragée et soutenue par le saint évêque de Genève.

Annecy, 4 février 1620.

« 0 ! ma très chère fille, que vous puis-je dire sur ce trépas 1 Notre bonne Mère de la Visitation 3 m'en a donné

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