M. R. n'a p. du. Tigre s
358 I. LIVRE DES AMOURS [Elégie à Cassandre
S'il Ta senti, ma coulpe est effacée,
Et sa grandeur ne sera courroucée,
Qu'à mon retour des horribles combas, 56 Hors de son croc mon Luth j'aveigne à-bas,
Le pincetant, et qu'en lieu des alarmes
Je chante Amour, tes beautez, et mes larmes.
» Car l'arc tendu trop violentement, 60 » Ou s'alentit, ou se rompt vistement.
Ainsi Achille après avoir par terre
Tant fait mourir de soudars en la guerre,
Son Luth doré prenoit entre ses mains Ci Teintes encor de meurdres inhumains,
Et vis à vis du fds de Menœtie,
Chantoit l'amour de Briseis s'amie :
Puis tout soudain les armes reprenoit, 68 Et plus vaillant au combat retournoit.
Ainsi, après que l'ayeul de mon maistre
Hors des combats retirera sa dextre,
Se desarmant dedans sa tente à part :
72 Dessus le Luth, à l'heure ton Ronsard
Te chantera : car il ne se peut faire
Qu'autre beauté luy puisse jamais plaire,
Ou soit qu'il vive, ou soit qu'outre le port, 70 Léger fardeau, Gharon le passe mort.
BIliLIOGHAPIHE
Bncaçje. 1554,20 b. Amours. 1567. 1, 110 b; 1571,-2, 265; 1578, 250; 1587, 219; 1592, 222; 160i, IGIO, 1029,231.
Elégie à Cassandre] i. livre des amours 339
MURET
[1] Mon œil, mon cœur.) Par ceste Elégie le Poëte veut rendre sa maistresse jalouse du commandement que le Roy Henry deuxiesme de ce nom, son maistre, luy avoit fait, de ne plus chanter d'Amour, et totalement s'adonner aux vers héroïques, et descrire les faits de Francus, fils d'Hector, tige primitif des Roys de France : et luy dit, qu'il est impossible de pouvoir résister à la volonté d'un si grand et magnanime Prince, veu que mesme un camp armé n'y pourroit résister. Il l'asseure toutefois de jamais ne l'oublier, et s'il peut desrober quelques heures de relasche en chantant son Francus, les employer comme un bon serviteur, à la louange d'elle, à l'augmentation de sa renommée, et à la mémoire éternelle de son nom. Il se plaint après d'avoir perdu le temps en la lecture des livres amoureux, puis que par le commandement de son maistre, le moyen lui est osté de plus escrire d'Amour : et d'avantage que tous ceux qui ont escrit de son temps de leurs mieux aimées, ne l'ont point encore rendu satisfait : et bien qu'ils soient parvenus à un grand avancement, si est-ce que Ion pourroit encore mieux dire, et atteindre (comme a fait Pétrarque) au comble de la perfection. [65] Du fils de Menœtie.) De Patrocle. [66] De Briseis s'amie.) Briseis fut aimée d'Achille, laquelle à la fin luy fut ostée par Agamemnon, dont procéda son ire contre les Grecs : laquelle ire à cause de son amie qui luy avoit esté ravie, bailla l'argument au divin Homère de chanter le vénérable poëme de son Iliade, ainsi que asseure Virgile en ses fragmens :
Principium sacri carminis illa fuit.
[69] Que Vayeul de mon maistre.) Francus ayeul des Rois de France. [76] Léger fardeau .) C'est ce qu'Homère appelle, parlant des Idoles des morts qui sont aux enfers, ày.£ vr,vx y.âp-fjva.
360 I. LIVRE DES AMOURS [Elégie à Muret
ELEGIE A MURET Non Muret, non, ce n'est pas du jour d'huy,
Que l'Archerot, qui cause nostre ennuy,
Cause Terreur qui retrompe les hommes : 4 Non Muret, non, les premiers nous ne sommes,
A qui son arc. d'un petit trait veinqueur,
Si grande playe a caché sous le cœur :
Tous animaux, ou soient ceux des campagnes, 8 Soient ceux des bois, et tous ceux des montagnes
Sentent sa force, et son feu doux-amer
Brusle sous Teau les Monstres de la mer. Hé ! qu'est-il rien que ce garçon ne brûle? 12 Ce porte-ciel, ce tu'-geant Hercule
Le sentit bien : je dy ce fort Thebain
Qui le sangler estrangla de sa main,
Qui tua Nesse, et qui de sa massue 16 Morts abbatit les enfans de la Nue :
Qui de son arc toute Lerne estonna.
Qui des enfers le Chien emprisonna,
Qui sur le bord de l'eau Thermodontée 20 Prit le baudrier de la vierge doutée :
Qui tua l'Ourque, et qui par plusieurs fois
Se remocqua des feintes d'Achelois :
Qui fît mourir la pucelle de Phorce, 2i Qui le Lion desmachoira par force.
Qui dans ses bras Anthée acravanta,
Qui deux grands monts pour ses marques planta.
[Elégie] VARIANTES: 1. Texte.
8. Tous c. d. b., et t. c. d. m. 1')G7. 10. Sentent s. l'e. 1. m. de la m. 15G7. 20. Va (1. g. m. p. s. m. p. I.'JOT. 20. (}. d. piliers [). s. m. p. l.")S7. 1604.
Elégie à Muret] i. livre des amours 361
Bref, cest Herôs correcteur de la terre, 28 Ce cœur sans peur, ce foudre de la guerre,
Sentit ce Dieu, et l'amoureuse ardeur
Le matta plus que son Roy commandeur.
Non pas espris, comme on nous voit esprendre, 32 Toy de ta Janne, ou moy de ma Cassandre,
Mais de tel Tan amour l'aiguillonnoit,
Que tout son cœur, sans raison, bouillonnoit
Au souffre ardent, qui luy cuisoit les veines : 36 Du feu d'amour elles furent si pleines,
Si pleins ses os, ses muscles et ses ners,
Que dans HercuF, qui purgea l'univers,
Ne resta rien sinon une amour foie, 40 Que luy versoient les deux beaux yeux d'Iole. Tousjours d'Iole il aimoit les beaux yeux,
Fust que le char qui donne jour aux cieux
Sortist de l'eau, ou fust que dévalée 44 Tournast sa roue en la plaine salée,
De tous humains accoisant les travaux,
Mais non d'Hercul' les misérables maux.
Tant seulement il n'avoit de sa dame 48 Les yeux colez au plus profond de l'ame :
Mais son parler, sa grâce, et sa douceur
Tousjours colez s'attachoient à son cœur.
[Elégie] VARIANTES : 1. Texte.