De sa beauté qui v. t. 1587. 160i
64 I. LIVRE DES AMOURS [xXXIl
de ceste cy, entant qu'ils sont immortels, comme les dieux : de cette-là, entant qu'ils sont subjets à passions et affections, comme les hommes. Disent davantage, que par le moyen d'iceux, les choses humaines sont portées aux dieux, et les divines sont communiquées aux hommes. Voy Platon au Banquet, et Ficin au Commentaire. Le Poëte parle à ces Démons, et leur demande, si montant au ciel, ou en descendant, ils ont point apperceu sa dame. Dit davantage, que si quelcun d'eux la voit, il ne pourra pas s'en refuir au ciel : car ou elle le rendra esclave de sa beauté, ou mesme le changera en pierre, c'est à dire, le rendra du tout insensible. Grand erre.) Grand train. Ainsi ne vous enserre quelque sorcier.) 11 parle selon l'opinion du vulgaire, qui croit, que les sorciers ont pouvoir d'enserrer les esprits. A' vous.) Comme les Latins disent. Sis, pour Si vis. Ainsi les François, A' vous, pour Avez vous. Ainsi qu'une Méduse.) J'ay parlé de Méduse en un autre lieu. jVIII].
BIBLIOGRAPHIE Amours. loo2, 20. — irJo3, 3o ; 1567. 1, 23; lo71,-2. Si. — lo78, o3 ; 1587, lo92, 3i-; IBOi, 1610, 1629, 36.
[XXXIIJ
Quand au premier la Dame ({ue j'adore.
De ses beautez vint embellir les cieux, Le fils de Rhée appella tous les Dieux, 4 Pour faire d'elle encore une Pandore. Lors Apollon richement la décore.
Or" de ses rais luy façonnant les yeux, Or' luy donnant son chant mélodieux.
8 Or' son oracle et ses beaux vers encore.
[XXXfl VARIANTES : 1. Texte.
(). en naissant la I). ((Uc j':.. i:;S7. lliO'l. 1610. 162t). ni cinhcllii- k; st'jour (K' iio/ c. I'».t2. f. eiicor d'elle une aultre Pandore l.').')2. L")-)3. Apollin r. la d. 1552. 1553.
A. de quatre dons l'honore 1587. I60i. 1610. 162'J.
XXXll] I. LIVUE DES AMOURS Oo
Mars luy donna sa fiere cruauté, Venus son ris, Dione sa beauté, 11 Pithon sa voix, Gères son abondance,
L'Aube ses doits, et ses crins déliés, Amour son arc, Thetis donna ses pies, 14 Clion sa gloire, et Pallas sa prudence.
MURET
Quand au premier.) Il dit que quand sa dame vint au monde, tous les dieux d'un commun accord luy donnèrent tout ce qu'un chacun d'eux avoit de singulier. Le fils de Hhéc.) Jupiter fils de Saturne, et de Rhée, autrement nommée Gybele. Pour faire d'elle encore une Pandore.) Apres que Promethée, comme j'ay desja dit, eut desrobé le feu du ciel, Jupiter pour se venger des hommes, donna charge à Vulcan, qu'il fîst de terre une statue de femme la plus belle qu'il pourroit, et qu'il l'animast : ce qui fut fait. Apres qu'elle fut animée par commandement de Jupiter, un chacun des dieux luy donna ce qu'il avoit de plus excellent, comme Venus la beauté, Pallas la sagesse. Mercure l'éloquence : et les autres dieux de mesme. Or en ce temps là les hommes vivoient sans peine, et sans soucy : d'autant que la terre, sans estre labourée, leur produisoit toutes choses nécessaires à vivre. Jamais n'estoient malades, jamais n'envieillissoient. Mais Jupiter mit à Pandore (ainsi se nommoit ceste femme, pour la cause que je diray après) un vase en main, dans lequel estoient encloses les maladies, la vieillesse, les soucis, et telles autres malheuretez : puis l'envoya vers un frère à Promethée, qui se nommoit Epimethée, homme de peu de sens : lequel (combien que son frère l'avoit bien adverty de ne recevoir aucun présent, qui vint de Jupiter) toutes fois se laissa par elle abuser, et la receut. Estant receuë, elle ouvi'it son vase, et remplit tout
[XXXII] VARIANTES : 2. Comiucnlaire.
Quand en naissant.) Il àAvYîaT'/is'.v. Lors ApolUn.) Ainsi disoient les
vieux François, non pas, Gomme nous disons aujourd'hui, Apollon. loo3. RoNSAHi». — 1. Livre (les Amours. 5
66 1. LIVRE DES AMOURS [xXXII
le monde des drogues, que j'ay cy dessus nommées. Hésiode le raconte au livre nommé Les œuvres et les jours. La raison de son nom est telle. Pan en Grec signifie tout : et doron est à dire, un don, ou présent. Elle fut donc nommée Pandore, parce que chacun des dieux luy lit un présent. Hésiode, [0. 80.]
llavowpr^v, S~i -avise 'OaÛ[xtïu 0(j')[j.xt' ïyo'mç owpsv èowpiQaav, 7:yj[j.' àvSpiaiv àX<fr,GXff~vj .
Or' son oracle.) La puissance de prédire les choses futures. Il regarde à ceste ancienne Cassandre, qui, comme j'ay dit, fut prophète. Venus son ris.) Venus est appellée par oracle [sic\ Horace. 1553. 1367. 1604], la riante,
Sive tu rnavis Eryciiia rideiis.
Hésiode l'appelle oCKo\i.zior,ç, c'est à dire aime ris : combien qu'aucuns baillent une autre exposition à ce nom, laquelle est moins honneste que vraisemblable. Dionc sa beauté.) Dione, selon Homère au cinquième de l'Iliade, est mère à Venus. Hésiode en la Théogonie, la nombre entre les Nymphes de rOcean. Pithon sa voix.) Pithon est Déesse d'éloquence, ou de persuasion, nommée par les Latins, Suada, ou Suadela. Cercs son abondance.) Ses richesses. Hésiode sur la fin de la Théogonie raconte, que Plulus ;Dieu des richesses fut engendré de Gères, et d'un nommé Jason. L'aube ses doits^ et ses crins déliez.) L'aube, qu'on nomme autrement Aurore, est louée d'avoir beaux doits et beaux crins par les Poètes, qui la nomment ore poo;oâxTUAoç, ores £■!»:: A2/.a;A2ç. Thelis donna ses pieds.) Elle est appellée en Homère, la Déesse au pied d'argent, ©sa Qixiq àpY'jpi-sÇa. Clion sa (jloire.) Glion est une des Muses, de laquelle le nom est dérivé de la gloire, qui se nomme en Grec y.Xés,;. Et Pallas sa prudence.) Pallas autrement nommée Minerve, Déesse de sagesse.
niRLIOGRAPIUK
Amours. 1552, 21 ; 1553, 37; L567. 1, 23 b; i:;7I,-2, 55; 1578, 5i. — L'iS7, I:;!I2, 35; KiOi, ICIO, l(;2!l, .37.
XXXIllj I. LIVllE DES AMOURS 67
[XXXIII
D'un abusé je ne seroy la fable, Fable future au peuple survivant, Si ma raison alloit bien ensuivant 4 L'arrest fatal de ta voix véritable.
Chaste prophète, et vraiment pitoyable.
Pour m'avertir tu me prédis souvent, Que je mourray, Gassandre, en te servant : 8 Mais le malheur ne te rend point croyable. Le fier destin qui trompe mon trespas.
Lequel me force à ne te croire pas, 11 Pour me piper, tes oracles n'accorde.
Puis je voy bien, veu Testât où je suis, Que tu dis vray : toutesfois je ne puis 14 D'autour du col me dénoiier la corde.
MURET
Dun abusé.) Il dit qu'au temps advenir, quand on voudra parler d'un homme qui ait esté bien abusé par amour, on parlera de luy, tellement qu'il
[XXXIII] VARIANTES : 1. Texte.
1. Je ne serois d un abusé la f. 1587. 1604. 1610. 1629. 9. Car ton destin, q. celé m. t. 1552. 1553. 1567. 9. Le f. d. q. haste m. t. 1587. 1604. 1610. 1629.
10. Et qui me f. à ne te c. p. 1552. 1553. 1567. 1587. 1604. 1610. 1629.
11. D'un faulx espoir tes oracles me cache. 1552, 1553. 1567.