‹ Les amours. CommentéesChapitre 95 sur 443 · Un des grands D. q. m. VA · texte numérisé non relu

Un des grands D. q. m. VA

MURET

Je voudrais estre.) Il dit qu'il seroit content dendurer les plus griefves peines, que les Poètes disent estre aux enfers, à telle condition qu'il peust quelquefois jouvr de sa dame : Par ce que le seul attouchement du tetin le feroit aussi heureux qu'un Prince : le baiser le feroit deniy dieu : et le dernier poinct, le feroit aussi heureux que les dieux mesmes. Ixion.) Ixion, comme raconte Didyme sur le vingt uniesme de l'Odyssée, fut fils à Jupiter. Les interprètes de Pindare disent, qu'il espousa une nommée Die, de laquelle le père eut à nom Deionée. Or la coustume estoit anciennement, que les nouveaux mariez faisoient de beaux presens à ceux, desquels ils espousoient les filles. Ixion, qui estoit de meschante nature, pria son beaupere de venir banqueter en sa maison, et là, suyvant la coustume, recevoir les presens. Ce pendant il fît un grand creux à l'entrée du lieu où se devoit faire le festin, et l'ayant remply de charbons ardans, et couvert quelque peu par le dessus, fit malicieusement tomber ce pauvre homme là dedans, et y mourir misérablement. L'horreur de ce crime mit Ixion en si grande haine et des dieux et des hommes, que par un long temps il erroit çà et là vagabond, ne trouvant personne, qui le voulust recevoir. En fin Jupiter ayant pitié de luy, le purgea de ce forfait, et le fit venir au ciel : mesme luy porta bien tant de faveur, qu'il le faisoit ordinairement boire et manger à sa table. Pour cela toutesfois sa malice ne fut aucunement corrigée. Ains un jour entre autres, s'estant bien enyvré de Nectar, et soulé d'Ambrosie, il fut bien si présomptueux que de s'adresser à Junon, et luy tenir propos deshonnestes : voire jusqu'à la presser de son honneur. Elle grandement courroucée, en fit le rapport à Jupiter, qui pour le commencement eut soupçon que sa femme eust controuvé cela, à cause de la haine qu'elle portoit à tous ceux qu'il avoit engendrez d'autre que d'elle.

[XLIIIIj VARIANTES : 2. Commentaire.

Je voudrais estre.) Il dit... poursuivre. 1553. — L'oscur de mon destin.) Ma condition, qui pour cette heure est basse et o.scure. 15.")3. — Au sort meilleur des princes de l'Asie.) Qui est le... Amours. 1553.

La dernière phrase relative à Baïf, est supprimée en 1587, 1604, 1010,

XLIlIl] 1. LIVRE DES AMOURS 89

Parquoy, voulut par certaine expérience en sçavoir la vérité. Si print une nuée, de laquelle il fit une image moult ressemblante à Junon, et la mit en la chambre où Ixion souloit se retirer. Lequel pensant au vray de ceste image, que ce fust Junon, accomplit son desordonné vouloir avec elle : et dit-on que de lîi nasquirent les Centaures, qui furent à demy hommes, à demy chevaux. A ceste cause Jupiter, ne le pouvant faire mourir (parce qu'il avoit mangé de TAmbrosie) l'envoya tout vif aux enfers, et le lit par les mains, et par les pies attacher à une roue, qui tourne perpétuellement, où il est encor' criant aux hommes, qu'ils apprennent par son exemple, à ne rendre pas mal pour bien, ains à rendre la pareille k ceux qui leur auront fait plaisir. Voy Didyme tout à la fin du vingt-uniesme de l'Odyssée, et Pindare en l'Ode seconde des Pythies. Et Tantale.) On raconte diverses choses de Tantale. Les uns disent qu'il fut admis au banquet des dieux, et qu'il desroba du Nectar, et de l'Ambrosie, pour en donner aux hommes qui avoient coustume de banqueter avec luy. Gela raconte Pindare aux Olympies. Les autres, comme Euripide, qu'il révéla les secrets des dieux aux hommes. D'autres encor, comme un des interprètes de Pindare, qu'on luy avoit donné en garde un chien, qui estoit commis à la garde du temple de Jupiter en Candie, et en avoit esté desrobé, et que quand Jupiter l'envoya quérir par Mercure, il luy dist, qu'il ne l'avoit pas. On dit aussi, que voulant festoyer les dieux, il detrencha par pièces un sien fils nommé Pelops, et l'ayant faitcuii^e, leur en voulut faire manger. Aussi grande est la variété des sentences, quant à la peine qu'il souffre. Les uns disent que Jupiter l'accable d'une montaigne nommée Sipyle. Les autres, qu'il est aux enfers pendu en l'ccr, ayant une grosse pierre sur sa teste, tousjours comme preste à cheoir : et que par ainsi il est tourmenté par une continuelle crainte. Les autres, desquels l'opinion est fondée sur l'authorité d'Homère dans l'onziesme de l'Odyssée, et de tous plus communément receuë, disent qu'il est dans l'eau jusques au menton, et dès qu'il se veut baisser, pour estancher sa soif, l'eau s'enfuit si bien, qu'il n'en sçauroit prendre une goûte. Disent davantage, qu'il est entouré de beaux arbres, comme pommiers, poiriers, grenadiers, et tels autres, qui luy apportent le fruict tout auprès des mains, et quand il en cuide prendre, les arbres se haussent soudain, tellement qu'il n'y peut atteindre. S'ainsin

estait.) Si ainsi estoit ; ainsin pour Ainsi, à cause de la voyelle qui s'ensuit : à la manière des Grecs, qui disent kc-h pour ka~\, et rXaùxoç £t'.7.t£v à[i,j[xova ^s/.AspsoôvTYjv, pour Iti7,-c, et ainsi des autres. Non dun vautour fussay-Je le repas.) Non, quand bien un vautour se devroit repaistre de nioy, comme on dit, qu il fait de Titye : duquel les Poètes disent, que pour avoir voulu forcer Latone, il fut tué à coups de sag'ettes par Apollon et Diane : et après, aux enfers estendu de son long : et dit-on, qu'il couvre de son corps quatre arpents et demy de terre : là où deux vautours (les autres n'en mettent qu'un) luy rongent perpétuellement le foye. Homère en fait mention dans l'unziesme de l'Odyssée, Pindare aux Pythies, Virgile au sixiesme, et plusieurs autres. Non, qui le roc remonte et redevale.) C'est à dire, non, fussay je celuv, qui remonte et redevale le roc. Geste manière de parler n'est pas encore usitée entre les François : mais elle est divinement ])onne toutesfois, et poétique autant qu'il est possible. Non, qui le roc.) Il entend Sisyphe, lequel Homère dit avoir esté le plus fin homme de tous ceux qui jamais furent. Estant près de sa mort, il donna charge à sa femme, qu'elle ne le fîst point ensevelir. Apres estre arrivé aux enfers, il se vint plaindre à Pluton, disant que sa femme ne tenoit conte de mettre son corps en terre : et fît tant par ses paroles, que Pluton luy donna congé de sortir et revenir encor' au monde, pour tancer et punir sa femme de ceste négligence. Depuis qu'il fut une fois sorty, il n'y vouloit plus retourner, jusqu'à ce que Mercure vint qui l'y ramena par force. Pour punition de ceste tromperie, il fut condamné à porter une grosse pierre au plus haut d'une montaigne. Mais lors qu'il est presque parvenu au sommet, la pierre retombe en bas : tellement (|ue par ce moyen sa peine est infinie. Ainsi le recite Demetrie sur les Olympies de Pindare. Le commentaire sur le sixiesme de l'Iliade le recite encor autrement : mais je n'auroy jamais fait, .si je voulois tout pour- .suyvre. Auv majestcz des Princes de VAsie.) Qui est \e jikis fertile, et le plus riche pays du monde. Ainsi Horace voulant dire, qu'il avoit esté cpielquefois fort heureux, dit, |0d. III, 9, 4] qu'il a esté plus heureux que le Roy des Perses,

l'rrsnruni ni(jui r('(/(' hru/inr.

XLV] 1. r.IVRK BES AMOURS 91

Un demy-dieu me ferait son baiser.) Geste fin est prinse d'un Epigramme Grec de Rufin. [Ant. Pal. V, 94.]

'0[j.lX2x' s'x^iç 'Hpï;ç, MîXî-cï;, xàç y^eipaq 'AO/jvr^ç,

Toùç [xa^obç Ilaf ir,q, xi açupà xf,q ©éxiâoç. E'j5a([ji.tov 0 pXszwv (7£' Tpia'6)v6toç octt'.ç àxoûs'." r,;xi6îoç §' ô cptAwv" àOava-cç o' 6 vajxwv. L'Epigramme entier a esté tourné par Baif au premier livre de ses Amours.

[XLV] Amour me tue, et si je ne veux dire Le plaisant mal que ce m'est de mourir, Tant j'ay grand peur qu'on vueille secourir 4 Ge doux torment pour lequel je souspire.

Il est bien vray que ma langueur désire Qu'avec le temps je me puisse guérir : Mais je ne veux ma dame requérir 8 Pour ma santé, tant me plaist mon martyre.

Tais-toy langueur, je sen venir le jour, Que ma maistresse après si long séjour, 11 Voyant le mal que son orgueil me donne,

A la douceur la rigueur fera lieu, En imitant la nature de Dieu, 14 Qui nous chastie, et puis il nous pardonne.

[XLV] VARIANTES : 1. Texte.

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