‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 105 sur 131 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

LES AMOURS d'uN POÈTE 3oi

Un autre jour, il se prit à penser, le 20 février 1849, 'l"^ ^^^^^ ^^^^ mardi gras, à leur doux anniversaire, et ce tendre souvenir lui inspira une page délicieuse. Après seize ans, cette journée restait sacrée dans son cœur :

Je n'oublierai jamais cette matinée oii je sortis de chez toi^ le cœur ébloui. Le jour naissait. Il pleuvait à verse : les masques., déguenillés et souillés de boue., descendaient de la Courtille avec de grands cris et inondaient le boulevard du Temple. Ils étaient ivres., et moi aussi, eux de vin, moi d'amour. A travers leurs hurlements y j'entendais un chant que j'avais dans le cœur ; je ne voyais pas tous ces spectres autour de moi, spectre de la joie morte, fantôme de V orgie éteinte ; je te voyais, toi, douce ombre rayonnante dans la nuit., tes yeux., ton front, ta beauté., ton sourire aussi enivrant que tes baisers. O matinée glaciale et pluvieuse dans le ciel., radieuse et ardente dans mon âme. Tout cela me revient en ce moment, au milieu de cette autre foule de masques qu'on appelle V Assemblée Nationale, et qui, eux aussi., sont des fantômes ' . . .

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